Les Pays-Bas ne parviendront pas à atteindre leur objectif national de stockage de gaz pour l’hiver 2026-2027, a averti Gasunie, l’opérateur public néerlandais des infrastructures gazières. Selon nos confrères de Euronews FR, l’entreprise a confirmé dans un communiqué publié le 26 août que le pays ne remplira pas les 115 TWh initialement prévus, soit près de la moitié de sa consommation hivernale.
Ce qu'il faut retenir
- Les Pays-Bas ne rempliront pas leur objectif de stockage de 115 TWh avant l’hiver, contre 44,26 % remplis au 23 août.
- L’objectif européen de 74 % de remplissage des stocks est également hors de portée pour le pays.
- Les prix élevés du gaz en été rendent le stockage non rentable pour les énergéticiens, et la canicule réduit les volumes disponibles.
- Le gouvernement néerlandais a autorisé l’entreprise publique Energie Beheer Nederland (EBN) à stocker jusqu’à 80 TWh en complément.
- Gasunie alerte sur le risque d’un hiver rigoureux sans mesures politiques supplémentaires.
L’objectif de 115 TWh, fixé pour couvrir le scénario d’un hiver aussi rigoureux que le plus froid des trente dernières années, dépasse largement l’exigence européenne imposant un remplissage minimal de 74 % des capacités. Or, selon les dernières données disponibles, les installations de stockage néerlandaises n’étaient remplies qu’à 44,26 % le 23 août, soit le taux le plus faible parmi les pays de l’Union européenne pour lesquels des chiffres étaient alors communiqués.
Cette situation s’explique en partie par l’évolution des marchés. Les prix du gaz européen se négociaient en effet autour de 64 € par mégawattheure (MWh) le 26 août, soit plus du double de leur niveau en début d’année. Cette hausse rend peu rentable pour les énergéticiens l’achat de gaz en été pour le stocker et le revendre ultérieurement, alors que les prix hivernaux sont traditionnellement plus bas. « Sur la base des derniers développements, les Pays-Bas n’atteindront plus l’objectif de remplissage fixé auparavant pour cet hiver », a indiqué Gasunie dans son communiqué.
Une conjonction de facteurs défavorables
Plusieurs éléments expliquent cette dégradation de la situation. D’abord, la flambée des prix du gaz, alimentée par les craintes d’un prolongement du blocus du détroit d’Ormuz, qui pourrait retarder les expéditions de gaz naturel liquéfié (GNL) qatari. Bien que des progrès aient été signalés dans les discussions géopolitiques au Moyen-Orient, les risques persistent et pèsent sur l’offre européenne.
Par ailleurs, la canicule qui frappe l’Europe cet été aggrave la pression sur les infrastructures gazières. Les vagues de chaleur record ont boosté la demande d’électricité pour la climatisation, tandis que la sécheresse a réduit la production des centrales hydroélectriques et nucléaires. Résultat : les fournisseurs d’électricité ont dû brûler davantage de gaz pour produire de l’électricité, limitant d’autant les volumes disponibles pour reconstituer les stocks avant l’hiver. « Nous examinons actuellement comment maintenir l’approvisionnement en gaz aussi robuste que possible dans ces nouvelles conditions géopolitiques et de marché », a déclaré Gasunie.
Le rôle clé de l’entreprise publique EBN
Face à ce constat, le gouvernement néerlandais a accordé à l’entreprise publique Energie Beheer Nederland (EBN) le droit de stocker jusqu’à 80 TWh de gaz, une capacité qui s’ajoute aux réserves déjà en cours de remplissage par les acteurs privés. EBN a obtenu l’accès au site de stockage de Norg dès avril 2026, mais Gasunie estime que le rythme actuel reste insuffisant pour combler le retard accumulé.
« Gasunie estime qu’EBN remplit correctement sa mission, mais que le rythme de remplissage des stocks reste trop lent », a précisé l’opérateur. Depuis plusieurs semaines, Gasunie a alerté le ministère néerlandais du Climat et de la Croissance verte sur la lenteur du processus. L’entreprise assure qu’elle continuera à surveiller la situation et à informer les autorités, tout en soulignant que les décisions concernant d’éventuelles mesures de soutien supplémentaires relèvent du gouvernement. « En fin de compte, il revient au ministre de prendre des décisions politiques sur la base des avis reçus et des développements en cours », a-t-elle rappelé.
Quelles conséquences en cas d’hiver rigoureux ?
Gasunie a tenu à préciser que l’incapacité à atteindre l’objectif de stockage ne signifie pas nécessairement une pénurie de gaz cet hiver. Cependant, sans mesures correctives, le pays ne serait pas préparé à affronter un scénario aussi rigoureux que le plus froid des trois dernières décennies. « Sans mesures politiques supplémentaires, les Pays-Bas ne sont pas suffisamment préparés à un scénario impliquant l’un des hivers les plus rigoureux », a mis en garde l’entreprise.
Les Pays-Bas, qui étaient jusqu’à récemment un pays exportateur de gaz, dépendent désormais davantage des importations depuis la fermeture progressive de leur gisement de Groningue. Cette transition accroît leur vulnérabilité face aux fluctuations du marché et aux tensions géopolitiques, notamment autour des routes d’approvisionnement en GNL en provenance du Qatar et du Moyen-Orient.
La Commission européenne, de son côté, n’a pas encore réagi publiquement à la situation néerlandaise. Bruxelles avait pourtant rappelé en 2022 l’importance de remplir les stocks à 90 % avant l’hiver pour éviter des tensions sur les prix. Les États membres restent donc sous surveillance, d’autant que l’hiver 2025-2026 avait déjà été marqué par des tensions sur les approvisionnements dans plusieurs pays européens.
Les prix du gaz en Europe ont fortement progressé en raison de plusieurs facteurs. D’abord, les craintes d’un prolongement du blocus du détroit d’Ormuz, qui pourrait perturber les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) qatari, ont alimenté les inquiétudes sur l’offre. Ensuite, la demande asiatique, notamment chinoise et indienne, reste soutenue, ce qui limite les volumes disponibles pour l’Europe. Enfin, les vagues de chaleur estivales ont accru la consommation d’électricité, poussant les producteurs à brûler davantage de gaz pour compenser la baisse de production des centrales hydroélectriques et nucléaires.