Le 1er septembre 2026 marque la fin de l’Instance nationale indépendante (INI), créée en 2021 pour recueillir et traiter les demandes de victimes de pédocriminalité au sein de l’Église catholique. Comme le rapporte Libération, cette structure sera remplacée dès demain par « Renaître », un réseau de cellules d’écoute déployées dans les diocèses français. Une réforme qui suscite déjà des inquiétudes parmi certains collectifs de victimes.
Ce qu'il faut retenir
- L’Instance nationale indépendante (INI), active depuis 2021, a traité près de 2 000 demandes de victimes de pédocriminalité au sein de l’Église.
- Son mandat arrive à échéance le 1er septembre 2026, date à laquelle elle sera remplacée par le dispositif « Renaître ».
- Ce dernier repose sur la création de cellules d’écoute dans chaque diocèse, une organisation décentralisée qui interroge les associations de victimes.
- Plusieurs collectifs dénoncent un manque de garanties d’indépendance et de transparence pour les nouvelles structures.
- La réforme s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur l’Église, après des décennies de scandales liés aux abus sexuels.
Une instance née sous la pression des victimes
Créée en 2021 sous la pression des associations de victimes et de l’opinion publique, l’Instance nationale indépendante avait pour mission de recueillir les témoignages et d’évaluer les demandes d’indemnisation des personnes ayant subi des agressions sexuelles commises par des membres du clergé. Selon Libération, elle a reçu en cinq ans près de 2 000 dossiers, un chiffre qui reflète l’ampleur des violences subies au sein de l’institution ecclésiale.
Cette structure, placée sous l’égide de la Conférence des évêques de France (CEF), a permis à certaines victimes d’obtenir réparation, même si les montants versés et les délais de traitement ont souvent été critiqués. Son mandat, initialement prévu pour cinq ans, arrive donc à terme aujourd’hui, ouvrant la voie à une refonte de l’accompagnement des victimes.
« Renaître » : une réforme contestée pour sa décentralisation
À compter du 1er septembre, l’Église mise sur « Renaître », un dispositif qui confie la prise en charge des victimes à des cellules d’écoute implantées dans chaque diocèse. L’objectif affiché est de rapprocher les structures d’aide des personnes concernées, en s’appuyant sur un réseau local. Pourtant, cette organisation décentralisée inquiète plusieurs collectifs de victimes.
Dans un communiqué publié la semaine dernière, l’association La Parole libérée a souligné que cette réforme « risque de fragiliser l’indépendance des procédures et de minimiser la portée des abus ». Pour ces associations, le risque est double : une dilution des responsabilités et une possible minimisation des cas les plus graves, selon une logique de « proximité » avec les évêques locaux.
« Confier la gestion des dossiers aux diocèses, c’est prendre le risque de reproduire les mêmes erreurs que par le passé », a déclaré une porte-parole de l’association, dont les propos sont rapportés par Libération.
Un contexte toujours tendu pour l’Église
Cette réforme intervient alors que l’Église catholique fait face à une crise sans précédent en matière de pédocriminalité. Les révélations se succèdent depuis les années 2010, avec des rapports accablants comme celui de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), publié en 2021. Ce dernier estimait à plus de 330 000 le nombre de mineurs ayant subi des violences sexuelles de la part de membres du clergé ou de laïcs depuis les années 1950.
Face à ces chiffres, les attentes des victimes et de la société civile restent fortes. L’Église, de son côté, affirme vouloir tourner la page et mettre en place des mécanismes de prévention et de réparation plus efficaces. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, a rappelé lors d’une conférence de presse en juillet que « la crédibilité de l’Église passe désormais par une réponse concrète et rapide aux victimes ».
Pour l’heure, l’Église s’est engagée à publier un premier bilan de « Renaître » d’ici la fin 2027. Une échéance à suivre de près, alors que les victimes, elles, attendent des actes concrets.