La Chine a appelé mardi ses ressortissants à quitter « dès que possible » l’Eswatini, dernier État africain à entretenir des relations diplomatiques avec Taïwan, invoquant des raisons de sécurité. Cette annonce intervient trois mois et demi après une visite officielle du président taïwanais Lai Ching-te dans ce petit royaume d’Afrique australe, rapporte le Figaro. Pékin, qui considère Taïwan comme une province chinoise à « réunifier », a multiplié les pressions diplomatiques et militaires contre Taipei ces dernières années, notamment depuis l’arrivée au pouvoir du Parti démocrate progressiste (DPP) en 2016.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine exige l’évacuation immédiate de ses ressortissants de l’Eswatini, dernier allié africain de Taïwan.
- Cette mesure est justifiée par une « situation sécuritaire complexe » et une hausse des activités criminelles dans le pays.
- Le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu en Eswatini début mai, malgré des pressions de Pékin sur plusieurs États pour bloquer son voyage.
- Seuls 12 États dans le monde reconnaissent encore Taïwan sur le plan diplomatique.
- L’Eswatini, anciennement Swaziland, est un enclavé situé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique.
Une décision motivée par des « risques extrêmement élevés » en matière de sécurité
Selon le service consulaire du ministère chinois des Affaires étrangères, « la situation sécuritaire en Eswatini est actuellement complexe ». Les autorités chinoises pointent notamment la prolifération des activités criminelles, comme la fraude en ligne et les jeux d’argent illégaux, ainsi qu’une dégradation de l’ordre public. Dans un communiqué diffusé sur WeChat, elles ont ainsi « déconseillé aux ressortissants chinois de se rendre en Eswatini dans un proche avenir » et invité ceux déjà présents à évacuer « dès que possible ».
Cette recommandation intervient dans un contexte de tensions accrues entre la Chine et Taïwan, l’île étant perçue par Pékin comme une province séparatiste. Le voyage de Lai Ching-te en Eswatini début mai avait déjà suscité la colère de la Chine, qui accuse Taipei de promouvoir l’indépendance. « Lai Ching-te est une bête noire pour les autorités chinoises, qu’il accuse de visées séparatistes », précise le Figaro.
Un voyage taïwanais en Eswatini sous haute tension diplomatique
Le déplacement du président taïwanais en Eswatini, initialement prévu en avril, avait été reporté après que les Seychelles, Maurice et Madagascar eurent retiré leurs autorisations de vol à l’avion présidentiel. Selon Taipei, ces annulations faisaient suite à des « fortes pressions » exercées par Pékin. Cette affaire illustre la stratégie chinoise de diplomatie coercitive, visant à isoler diplomatiquement Taïwan, dont l’influence se réduit désormais à une poignée d’alliés.
L’Eswatini, dirigé par le roi Mswati III, reste le seul pays africain à entretenir des relations officielles avec Taipei. Cette relation remonte à 1968, lorsque le royaume avait rompu ses liens avec la Chine continentale pour se rapprocher de Taïwan. Malgré l’isolement croissant de Taipei, des échanges économiques et culturels subsistent avec plusieurs États, dont le Vatican, le Paraguay et certains pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
Un contexte géopolitique tendu autour de Taïwan
La question taïwanaise reste un sujet de friction majeure entre Pékin et Washington, ainsi qu’avec les capitales européennes. La Chine, qui n’exclut pas le recours à la force pour « réunifier » l’île, a intensifié ses manœuvres militaires autour de Taïwan depuis 2022, notamment après la visite de la présidente américaine de l’époque, Nancy Pelosi. Taipei, pour sa part, affirme vouloir défendre sa souveraineté tout en cherchant à maintenir des relations pacifiques avec ses voisins.
Côté eswatinien, la visite de Lai Ching-te s’inscrivait dans le cadre d’un renforcement des liens avec Taïwan, notamment sur les plans économique et sanitaire. L’île fournit une aide médicale et des financements aux petits États qui la reconnaissent diplomatiquement, un soutien devenu essentiel pour des pays comme l’Eswatini, dont l’économie dépend en partie de ces partenariats.
Reste à voir si d’autres États africains suivront l’exemple de l’Eswatini ou, au contraire, maintiendront leurs relations avec Taïwan, malgré les pressions chinoises. La situation géopolitique autour de l’île risque en tout cas de continuer à alimenter les tensions en 2026.
Pékin considère Taïwan comme une province chinoise inaliénable et rejette toute reconnaissance officielle de l’île en tant qu’État souverain. La « politique d’une seule Chine » est un principe fondamental de la diplomatie chinoise, qui exige des États qu’ils rompent tout lien avec Taipei pour établir des relations avec la Chine continentale. Cette position est défendue par la résolution 2758 de l’ONU, adoptée en 1971.