La guerre en Iran et la possible fermeture du détroit d’Ormuz pourraient bien plonger l’industrie aérienne dans une crise inédite : une pénurie de kérosène à l’échelle mondiale. Selon Courrier International, jamais le transport aérien n’a connu de blocage aussi massif, en dehors des crises sanitaires ou des catastrophes naturelles comme l’éruption du volcan islandais en 2010. Cette fois, la menace ne concerne plus seulement quelques aéroports, mais l’ensemble des compagnies aériennes, dont les réserves pourraient s’épuiser si les livraisons de carburant sont interrompues.
Ce qu'il faut retenir
- Une pénurie généralisée de kérosène est possible si la guerre en Iran s’éternise et que le détroit d’Ormuz reste bloqué.
- Le secteur aérien n’a jamais connu une crise de carburant à l’échelle mondiale depuis son essor.
- Les perturbations passées (volcan islandais, Covid-19, pannes électriques) ont eu des impacts limités dans le temps et l’espace.
- Les conséquences pourraient toucher les voyageurs, les économies et les gouvernements, sans que l’on sache encore comment y faire face.
- La question de l’indépendance énergétique du secteur aérien est désormais sur la table.
Comme le rapporte Courrier International, d’après un article du Guardian, la situation actuelle est radicalement différente des crises précédentes. En 2010, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande avait paralysé le trafic aérien européen pendant huit jours, entraînant un coût estimé à 3,75 milliards d’euros. Pourtant, ce blocage était temporaire et localisé. En 2020, la pandémie de Covid-19 avait cloué au sol la quasi-totalité des avions dans le monde, mais pour une durée limitée. En revanche, une pénurie prolongée de kérosène pourrait contraindre les compagnies à réduire drastiquement leurs vols, voire à les suspendre.
Cette hypothèse, bien que redoutée, reste incertaine. « On n’a jamais connu de panne sèche généralisée », souligne Courrier International, citant des experts du secteur. Pourtant, les tensions géopolitiques actuelles rendent ce scénario moins improbable qu’il n’y paraît. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un tiers du pétrole mondial, est une zone de conflit depuis des décennies. Si l’Iran, qui contrôle partiellement ce passage stratégique, venait à bloquer le trafic maritime, les livraisons de brut seraient immédiatement affectées. Résultat : les raffineries, qui transforment le pétrole en kérosène, verraient leurs stocks s’amenuiser rapidement.
Les compagnies aériennes, qui stockent généralement entre deux et quatre semaines de carburant, pourraient se retrouver à court de réserves en quelques jours. « Une panne sèche n’est pas un scénario catastrophe ponctuel, mais une crise qui pourrait durer des mois », explique un analyste du secteur aérien, cité par Courrier International. Contrairement aux pannes électriques localisées, comme celles qui ont paralysé Heathrow ou les aéroports espagnols en 2025, une pénurie de kérosène toucherait l’ensemble des vols internationaux, plongeant le secteur dans une instabilité sans précédent.
Des conséquences en cascade pour l’économie et les voyageurs
Si une telle crise devait survenir, ses répercussions seraient multiples. Pour les voyageurs, les conséquences seraient immédiates : annulations de vols, hausse des prix des billets, ou encore reports de vacances et déplacements professionnels. « Les compagnies aériennes devraient prioriser les vols les plus rentables, ce qui signifierait une réduction drastique des lignes secondaires et des vols low-cost », indique un responsable du syndicat des pilotes. Les aéroports, déjà fragilisés par les crises successives, verraient leur fréquentation chuter, menaçant des milliers d’emplois dans le tourisme et la logistique.
Côté économique, les répercussions pourraient être encore plus graves. Le transport aérien représente plus de 2 % du PIB mondial et emploie des millions de personnes. Une crise prolongée pourrait plonger plusieurs pays dans la récession, surtout ceux dont l’économie dépend fortement du tourisme, comme la France, l’Espagne ou les États-Unis. « Une pénurie de kérosène serait un choc asymétrique : les pays dépendants du pétrole importé seraient les plus touchés », précise un économiste interrogé par Courrier International.
Les gouvernements se retrouveraient alors face à un dilemme : faut-il subventionner le secteur aérien pour éviter un effondrement économique, ou laisser le marché se réguler au risque de voir des pans entiers de l’industrie disparaître ? Certains pays pourraient être tentés de nationaliser des compagnies en difficulté, comme ce fut le cas pendant la pandémie. D’autres pourraient accélérer leurs recherches sur des carburants alternatifs, bien que ces solutions prennent des années à se concrétiser.
Le kérosène, un carburant toujours plus stratégique
Cette crise potentielle soulève une question de fond : l’aviation est-elle condamnée à dépendre éternellement du pétrole ? Aujourd’hui, 99 % du kérosène utilisé dans le monde provient du raffinage du pétrole, un produit dont les réserves s’amenuisent et dont les prix fluctuent au gré des tensions géopolitiques. Face à cette dépendance, plusieurs pistes sont envisagées : les biocarburants, l’hydrogène vert, ou encore les carburants synthétiques. Pourtant, aucune de ces alternatives n’est encore déployée à grande échelle.
« Le secteur aérien est un dinosaure énergétique », déclare un expert de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). « Il a mis des décennies à se décarboner, mais il reste prisonnier de sa dépendance au pétrole. » En Europe, l’Union européenne a bien lancé des programmes pour développer des carburants durables (SAF), mais leur production reste marginale. Aux États-Unis, l’administration Biden a promis 3 milliards de dollars pour accélérer la recherche, mais les résultats ne seront visibles qu’à moyen terme.
Dans l’immédiat, les compagnies aériennes n’ont d’autre choix que de constituer des stocks de kérosène en prévision d’une crise. « Personne ne veut revivre le scénario du Covid-19, où les avions sont restés cloués au sol faute de carburant », confie un responsable d’Air France-KLM. Pourtant, cette stratégie a un coût : stocker du kérosène coûte cher, et les compagnies doivent arbitrer entre sécurité et rentabilité.
Un débat qui dépasse le simple cadre technique
Au-delà des aspects économiques, la question de la pénurie de kérosène interroge aussi sur l’avenir du transport aérien dans un monde en transition énergétique. Faut-il maintenir un modèle aussi énergivore, ou faut-il repenser radicalement la façon dont on voyage ? Certains écologistes plaident pour une réduction drastique du trafic aérien, pointant du doigt son empreinte carbone : le transport aérien représente 2,5 % des émissions mondiales de CO₂.
« Une pénurie de kérosène pourrait être le coup de massue dont le secteur aérien a besoin pour se transformer », estime une militante de l’association Stay Grounded. « Peut-être que cette crise forcera les compagnies à innover, à réduire leurs émissions, et à imaginer un avenir où l’avion ne serait plus le seul moyen de voyager sur de longues distances. » Pourtant, cette vision reste utopique pour l’instant : malgré les promesses de décarbonation, le nombre de vols ne cesse d’augmenter chaque année.
Dans les couloirs du pouvoir, la question divise. Certains gouvernements, comme celui de la France, misent sur le développement du train à grande vitesse pour remplacer les vols domestiques. D’autres, comme les États-Unis ou la Chine, continuent d’investir massivement dans l’aviation traditionnelle. « La transition énergétique est un marathon, pas un sprint », rappelle un conseiller du ministère de la Transition écologique. « Mais une pénurie de kérosène pourrait accélérer les choses… ou tout faire s’effondrer. »
La question n’est donc plus de savoir si une pénurie de kérosène aura lieu, mais quand elle surviendra. Et surtout, comment le monde sera prêt à y faire face.
Les pays les plus dépendants du pétrole importé, comme ceux d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord, seraient les plus exposés. Les pays producteurs de pétrole, comme ceux du Golfe ou la Russie, pourraient en revanche profiter de la situation pour augmenter leurs exportations.
Plusieurs pistes sont étudiées : les biocarburants, l’hydrogène vert et les carburants synthétiques. Cependant, aucune de ces solutions n’est encore déployée à grande échelle, et leur production reste coûteuse et limitée.