Avec 150,4 milliards d’euros d’encours et 12,9 millions de titulaires fin 2025, le Plan d’Épargne Retraite (PER) s’impose comme le placement long terme le plus dynamique en France. Pourtant, l’idée selon laquelle les fonds seraient définitivement bloqués jusqu’à la retraite reste un frein majeur pour de nombreux épargnants, au point de leur faire préférer l’assurance-vie, plus liquide. Cette crainte est-elle justifiée ? Selon Capital, la loi PACTE de 2019 a prévu six exceptions permettant un déblocage anticipé, dont certaines peuvent même être anticipées.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PER est bloqué par défaut jusqu’à la liquidation des droits à la retraite, mais six exceptions permettent un déblocage anticipé depuis 2019.
  • Le cas le plus fréquent reste l’achat de la résidence principale, sous conditions fiscales spécifiques.
  • Cinq autres motifs concernent les « accidents de la vie » : invalidité, décès du conjoint, expiration des allocations chômage, surendettement ou liquidation judiciaire d’une activité non salariée.
  • Le déblocage pour résidence principale est taxé selon l’origine des versements, tandis que les « accidents de la vie » bénéficient d’une exonération fiscale complète.
  • Les PER obligatoires d’entreprise (PERO) ne sont éligibles qu’aux motifs liés aux accidents de la vie.
  • La fiscalité varie selon la nature des fonds (déductibles ou non) et leur origine (capital ou plus-values).

Un produit d’épargne en plein essor, mais méconnu

Introduit en 2019, le PER a séduit 12,9 millions de Français fin 2025, avec un encours total de 150,4 milliards d’euros. Pourtant, son principal atout – sa fiscalité avantageuse – se double d’une contrainte majeure : l’indisponibilité des fonds jusqu’à la retraite. Cette rigidité explique pourquoi certains épargnants hésitent encore à y placer leur argent, préférant la flexibilité de l’assurance-vie. Selon Capital, cette crainte est en partie infondée. Depuis l’adoption de la loi PACTE, six situations permettent en effet de récupérer son épargne avant l’heure, même si elles restent encadrées.

Parmi ces exceptions, une se distingue par sa fréquence et son utilité sociale : l’achat de la résidence principale. « Le cas de déblocage qu’on voit le plus, en pratique, c’est celui pour l’achat de sa résidence principale », confirme Benjamin Pedrini, cofondateur et directeur général d’Epsor. Pour l’expert, cet usage s’inscrit pleinement dans la logique du PER : « Car cet achat est aussi un élément qui contribue à la préparation de la retraite. Prévoir sa retraite, ce n’est pas seulement prévoir des sources de revenus additionnels, c’est aussi atténuer les charges qui pèsent sur son foyer. Le fait d’être propriétaire de sa résidence principale en fait partie. »

Fiscalité et conditions : ce qu’il faut savoir avant de débloquer son PER

L’achat de la résidence principale est donc autorisé, mais attention à la fiscalité. « Le déblocage pour résidence principale est fiscalisé selon les règles classiques du PER. Il va donc dépendre de l’origine des flux », précise Benjamin Pedrini. Concrètement, si les versements ont été déduits à l’entrée – ce qui est le cas le plus courant –, la part correspondante du retrait est réintégrée dans le revenu imposable et taxée selon la tranche marginale d’imposition (TMI) du titulaire.

Les plus-values, elles, sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu plus 18,6 % de prélèvements sociaux). Autant dire que ces taxes peuvent réduire significativement le capital disponible. Autre point crucial : ce motif de sortie anticipée ne s’applique pas aux PER d’entreprise obligatoires (PERO). Pour ces derniers, seuls les « accidents de la vie » permettent un déblocage anticipé.

Les cinq autres motifs de déblocage anticipé

En dehors de l’achat immobilier, cinq autres situations ouvrent droit à une récupération anticipée des fonds, mais uniquement pour les PER classiques. Ces cas, qualifiés d’« accidents de la vie » par les assureurs, visent à protéger les épargnants confrontés à des difficultés majeures. Il s’agit de :

  • L’invalidité de 2e ou 3e catégorie du titulaire, de son conjoint, partenaire de PACS ou enfants ;
  • Le décès du conjoint ou partenaire de PACS ;
  • L’expiration des droits aux allocations chômage ;
  • Le surendettement reconnu par la commission compétente ;
  • La cessation d’activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire.

Dans ces situations, la fiscalité est plus clémente. « En cas de déblocage pour accident de la vie, le capital est exonéré d’impôt sur le revenu, peu importe la déduction à l’entrée ou pas, et les plus-values sont exonérées de prélèvements sociaux », rappelle Capital. L’objectif est clair : ne pas aggraver la situation financière d’épargnants déjà en difficulté.

PER classique vs PER obligatoire : des règles différentes

Cette distinction entre PER classique et PER obligatoire (PERO) est essentielle. Alors que le premier offre six possibilités de sortie anticipée, le second n’en propose que cinq, réservées aux « accidents de la vie ». « Ce motif de sortie anticipée ne s’applique pas aux PER d’entreprise obligatoires », souligne l’article. Pour les salariés dont l’employeur a souscrit à un PERO pour eux, la marge de manœuvre est donc réduite. Une nuance à bien garder à l’esprit avant de choisir son PER.

Autre point de vigilance : la fiscalité appliquée à chaque motif. Si l’invalidité ou le décès permettent une exonération totale, ce n’est pas le cas pour l’achat immobilier. Dans ce dernier cas, la taxation dépend de la nature des versements effectués. « Si les versements ont été déduits à l’entrée, la part correspondante du retrait est réintégrée dans le revenu imposable », explique Benjamin Pedrini. Autant dire que le calcul peut vite devenir complexe, surtout pour les gros versements.

Et maintenant ?

Avec un encours en hausse et une popularité croissante, le PER devrait continuer à s’imposer comme un pilier de l’épargne retraite en France. Pourtant, ses règles strictes, bien que nécessaires à son équilibre, restent un frein pour certains épargnants. D’ici à 2030, les pouvoirs publics pourraient être amenés à réévaluer les conditions de déblocage anticipé, notamment pour l’achat immobilier, afin de mieux répondre aux attentes des Français. En attendant, les futurs souscripteurs devront peser soigneusement les avantages et les contraintes de ce placement avant de se décider.

Comment choisir entre PER et assurance-vie ?

Face à cette complexité, certains épargnants pourraient être tentés de se tourner vers l’assurance-vie, plus flexible. Pourtant, les deux produits ne répondent pas aux mêmes besoins. L’assurance-vie offre une liquidité immédiate, mais avec une fiscalité moins avantageuse après huit ans, tandis que le PER promet des avantages fiscaux à long terme, mais avec des restrictions fortes. Le choix dépend donc de la stratégie d’épargne et de la situation personnelle de chacun.

Pour les ménages déjà propriétaires, le PER peut représenter un complément intéressant, surtout s’ils anticipent des revenus imposables élevés à la retraite. Pour les autres, les « accidents de la vie » restent les seuls motifs valables pour un déblocage anticipé. Dans tous les cas, une analyse personnalisée avec un conseiller financier est recommandée pour optimiser son placement.

Non. Selon Capital, le déblocage anticipé pour l’achat d’une résidence principale ne s’applique qu’aux PER classiques. Pour les PER obligatoires d’entreprise (PERO), seuls les « accidents de la vie » (invalidité, décès, chômage, surendettement, liquidation judiciaire) permettent une récupération anticipée des fonds.

La fiscalité dépend de l’origine des versements. Si les fonds ont été déduits à l’entrée (cas le plus courant), la part correspondante du retrait est réintégrée dans le revenu imposable et taxée selon la tranche marginale d’imposition (TMI). Les plus-values sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026).