Selon BFM Bourse, le groupe de spiritueux français a enregistré une croissance inattendue au troisième trimestre de son exercice 2025-2026, malgré un contexte sectoriel toujours aussi tendu. Si le conflit au Moyen-Orient a poussé l’entreprise à revoir ses perspectives à la baisse, les investisseurs restent focalisés sur une possible fusion avec l’américain Brown-Forman. Une opération qui, si elle aboutissait, pourrait redessiner la carte mondiale des spiritueux.

Ce qu'il faut retenir

  • Pernod Ricard affiche une croissance de 0,1 % en données comparables au troisième trimestre 2025-2026, contre une baisse de 0,5 % attendue par les analystes.
  • Le chiffre d’affaires du groupe atteint 1,95 milliard d’euros, en baisse de 15 % en données publiées, mais en léger repli par rapport au consensus.
  • L’Asie (hors Japon) et l’Europe enregistrent une progression, tandis que l’Amérique du Nord reste en difficulté.
  • La guerre en Iran a conduit le groupe à réviser ses prévisions pour l’exercice en cours, tablant désormais sur un repli de 3 % à 4 % en données comparables.
  • Une fusion entre Pernod Ricard et Brown-Forman est en discussion, mais son impact sur les actionnaires fait débat.
  • Un concurrent, Sazerac, aurait proposé 15 milliards de dollars pour racheter Brown-Forman, compliquant les négociations.

Un troisième trimestre en demi-teinte, mais mieux que prévu

Dans un environnement marqué par un ralentissement de la consommation d’alcool dans les deux plus grands marchés mondiaux, les États-Unis et la Chine, Pernod Ricard a surpris les observateurs. Au troisième trimestre de son exercice clos en juin 2026, le groupe a dégagé un chiffre d’affaires de 1,95 milliard d’euros, en baisse de 15 % en données publiées, mais en légère hausse de 0,1 % en données comparables (hors effets de change et de périmètre). Un résultat qui contraste avec le repli de 5 % enregistré lors des trois mois précédents.

Cette performance reste contrastée selon les régions. Si l’Amérique du Nord a reculé de 8 % en données comparables, l’Asie (hors Japon) a affiché une croissance de 6 %, portée par l’Inde (+11 %), tandis que l’Europe progressait légèrement (+1 %). « La consommation de spiritueux évolue vers des formats plus petits et des produits prêts à boire », expliquait en février dernier Dave Lewis, PDG de Diageo, cité par Pierre Tegner, analyste chez Oddo BHF, dans une analyse rapportée par BFM Bourse.

Le conflit au Moyen-Orient pèse sur les perspectives

Malgré ce rebond relatif, Pernod Ricard a dû revoir ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice 2025-2026. Le groupe anticipe désormais un repli de ses revenus en données comparables compris entre 3 % et 4 %, contre une baisse de 3,1 % attendue par les analystes. Initialement, la direction espérait une amélioration au second semestre par rapport au premier. Une révision imputable à la guerre en Iran, dont les répercussions sur le commerce international commencent à se faire sentir.

Sans les impacts directs du conflit, la croissance aurait pu atteindre 0,5 % à 0,6 % en données comparables, selon les estimations de Barclays. « La large présence géographique de Pernod Ricard le protège en partie, mais les régions touchées par la crise subissent des perturbations durables », a souligné la banque britannique dans une note publiée ce jeudi 16 avril.

L’action Pernod Ricard en repli malgré le bon trimestre

Le marché n’a pas réagi avec enthousiasme à ces résultats. L’action du groupe a cédé 0,45 % en fin de journée, clôturant à 17 heures à un cours qui ne reflète pas la légère amélioration enregistrée. « L’absence de surprises majeures et la valorisation jugée faible devraient maintenir la stabilité du titre », anticipait Citi avant la publication. Une prévision qui s’est révélée exacte.

Pourtant, l’attention des investisseurs se porte ailleurs : vers une possible fusion avec Brown-Forman, propriétaire de marques emblématiques comme Jack Daniel’s. Depuis l’annonce, le 16 mars 2026, des négociations exclusives ont été engagées pour une fusion entre égaux. Une opération qui, si elle aboutissait, créerait un géant des spiritueux aux portefeuilles complémentaires.

Une fusion entre Pernod Ricard et Brown-Forman : une aubaine ou un piège ?

Fondé en 1870 à Louisville (Kentucky), Brown-Forman affiche un chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars (soit 3,5 milliards d’euros), trois fois inférieur à celui de Pernod Ricard. Ses marques phares, Jack Daniel’s, Jimador ou Diplomatico, couvrent des segments variés : whiskies, tequilas, rhums, gins ou encore liqueurs. Une complémentarité qui pourrait tirer parti du réseau commercial de Pernod en Europe, en Chine et en Inde, tandis que ce dernier renforcerait sa présence sur le whisky américain, un marché où il est encore peu implanté.

« Une telle union permettrait de gagner en taille et de se rapprocher du leader du secteur, Diageo », explique Barclays. La taille est en effet un atout majeur face à la consolidation des distributeurs américains, qui privilégient les groupes disposant de portefeuilles plus vastes et de volumes de ventes importants. Cependant, les risques ne manquent pas.

Les risques d’une fusion pour les actionnaires de Pernod

Plusieurs scénarios inquiètent les analystes. D’abord, la possibilité que les termes de l’opération soient défavorables aux actionnaires de Pernod, qui pourraient devoir payer une prime de contrôle sur Brown-Forman. Un scénario comparable à celui de la fusion Peugeot-Fiat Chrysler, donnant naissance à Stellantis. Ensuite, le contrôle familial des deux groupes – la famille Ricard pour Pernod, la famille Brown pour Brown-Forman – pose question : l’une des deux devra céder le contrôle.

« Bien qu’il soit difficile de se prononcer sur la création de valeur sans connaître les termes de l’opération, nous serions surpris qu’une telle fusion génère une valeur significative pour les actionnaires de Pernod », tranche Deutsche Bank. Barclays va plus loin : « Les fusions entre égaux sont rares pour une bonne raison. Les difficultés à venir devraient être prises très au sérieux. »

Sazerac, un rival inattendu dans la course à Brown-Forman

Le paysage s’est encore complexifié avec l’arrivée d’un nouvel acteur : Sazerac, groupe américain propriétaire notamment de Sazerac de Forge et Imperial Scotch. Selon le Wall Street Journal, Sazerac aurait approché Brown-Forman le 9 avril 2026, proposant un rachat à 15 milliards de dollars. Ni Pernod Ricard ni Brown-Forman n’ont commenté cette information.

Pour Barclays, l’intérêt de Sazerac pourrait être double : soit une tentative de bloquer la fusion Pernod-Brown-Forman, soit une manœuvre pour faire monter les enchères. Dans les deux cas, cette intervention a déjà eu un effet immédiat : le cours de l’action Brown-Forman a progressé à Wall Street, rendant une fusion avec Pernod Ricard potentiellement « dilutive » pour les actionnaires du groupe français, selon UBS.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Les négociations entre Pernod Ricard et Brown-Forman pourraient aboutir d’ici l’été 2026, à condition de trouver un terrain d’entente sur les termes de l’opération. Une annonce officielle, si elle intervient, devrait préciser la répartition des actions et le rôle des familles fondatrices. En parallèle, l’évolution du conflit au Moyen-Orient et la reprise de la consommation en Chine et aux États-Unis resteront des facteurs clés pour Pernod Ricard. Enfin, la réaction de Sazerac, qui pourrait soit se retirer soit maintenir sa pression, ajoutera une dose d’incertitude à ce dossier déjà complexe.

Quoi qu’il arrive, une chose est sûre : dans un secteur en pleine mutation, où les consommateurs se tournent vers des formats plus petits et des prix plus accessibles, les marges de manœuvre des grands groupes de spiritueux se réduisent. Une fusion réussie pourrait leur offrir une bouffée d’oxygène. Une opération ratée, en revanche, risquerait d’aggraver leurs difficultés face à des concurrents toujours plus agressifs.

La direction du groupe a revu ses anticipations en raison de la guerre en Iran, qui perturbe le commerce international et affecte directement certaines régions clés de son activité. Selon Barclays, sans ces impacts, la croissance aurait pu atteindre 0,5 % à 0,6 % en données comparables.

Une telle opération permettrait à Pernod Ricard de renforcer sa présence sur le marché américain du whisky, où il est actuellement peu implanté, tout en bénéficiant du large réseau commercial de Brown-Forman en Europe, en Chine et en Inde. Elle offrirait aussi un avantage stratégique face aux distributeurs américains, dont la consolidation favorise les groupes les plus importants.