La personnalité ne se fige pas à l’approche de la quarantaine. C’est la conclusion d’une vaste étude menée par l’Université de Zurich, dont les résultats ont été relayés par Top Santé. En analysant les données de 26 500 adultes, les chercheurs ont mis en évidence une dynamique bien plus complexe que le dogme selon lequel la personnalité se stabiliserait après 30 ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude zurichoise portant sur 26 500 adultes remet en cause l’idée d’une personnalité figée après 30 ans
  • Les traits de caractère continuent d’évoluer tout au long de la vie adulte, avec des variations observées chez les participants
  • Les chercheurs soulignent des changements significatifs dans des dimensions comme l’ouverture d’esprit ou la stabilité émotionnelle
  • Ces évolutions pourraient avoir des implications en psychologie clinique et en gestion des ressources humaines

L’équipe de l’Université de Zurich a suivi pendant plusieurs années des adultes de tous âges, en s’appuyant sur des questionnaires standardisés pour évaluer cinq grands traits de personnalité : l’ouverture à l’expérience, la conscience, l’extraversion, l’agréabilité et la névrose. Les résultats, publiés récemment, révèlent que ces dimensions ne sont pas immuables, contrairement à une croyance largement répandue dans la littérature scientifique.

« On a longtemps cru que la personnalité se cristallisait autour de 30 ans, mais nos données montrent que les changements se poursuivent bien au-delà », a expliqué le Dr Brent Roberts, coauteur de l’étude. « Même après 50 ans, on observe des ajustements notables, notamment en matière d’ouverture d’esprit et de gestion des émotions. » Ces variations, bien que moins marquées qu’à l’adolescence, restent statistiquement significatives, autant dire que l’idée d’un profil psychologique définitif dès la maturité doit être nuancée.

Parmi les découvertes les plus surprenantes figure l’évolution de la stabilité émotionnelle. Contrairement aux idées reçues, les participants ont montré une amélioration progressive de leur capacité à gérer le stress et les conflits après 30 ans. À l’inverse, l’ouverture à l’expérience — souvent associée à la curiosité intellectuelle et à la créativité — a tendance à diminuer avec l’âge, un phénomène qui s’accentue après 60 ans.

Ces résultats pourraient avoir des répercussions dans plusieurs domaines. En psychologie clinique, ils invitent à repenser les approches thérapeutiques, qui pourraient être adaptées en fonction de l’âge du patient. Dans le monde du travail, les entreprises pourraient mieux comprendre les motivations et les besoins de leurs employés, même seniors. « Cette étude montre que les individus restent malléables tout au long de leur vie », a précisé le Dr Roberts. « Cela ouvre la voie à des stratégies de développement personnel plus flexibles. »

Et maintenant ?

Les chercheurs zurichois prévoient d’approfondir leurs analyses en intégrant des données sur des populations plus diversifiées, notamment en incluant davantage de participants issus de milieux socio-économiques variés. Leurs travaux pourraient également être repris par d’autres équipes pour explorer les mécanismes biologiques sous-jacents à ces changements. Une prochaine publication est attendue d’ici la fin de l’année 2026.

Cette étude s’inscrit dans un courant plus large de remise en question des modèles traditionnels de développement humain. Elle rejoint des travaux antérieurs, comme ceux du psychologue Paul Costa, qui avait déjà souligné la plasticité de la personnalité. Pour autant, elle apporte des preuves plus robustes grâce à son échantillon particulièrement large. « Ces résultats ne signifient pas que tout change en permanence », a tempéré le Dr Roberts. « Ils montrent simplement que la personnalité n’est pas un bloc de granit, mais plutôt une structure dynamique, façonnée par l’expérience. »

Selon l’étude zurichoise, les dimensions les plus mobiles sont l’ouverture à l’expérience — qui tend à diminuer — et la stabilité émotionnelle, qui s’améliore généralement avec l’âge. Les autres traits comme la conscience ou l’extraversion évoluent de manière plus modérée.