Depuis le début de l'année 2026, les marchés pétroliers affichent une volatilité marquée, comme l'a souligné l'émission Tout pour investir, diffusée ce mercredi 27 mai sur BFM Business. Antoine Larigaudrie y a reçu deux experts du secteur : Laurent Grassin, directeur des médias chez Boursorama, et Olivier Lechevalier, directeur général de Defthedge, pour analyser les raisons de cette instabilité persistante. Une analyse qui s'inscrit dans un contexte géopolitique et économique particulièrement tendu.
Ce qu'il faut retenir
- Une volatilité extrême des cours du pétrole est observée depuis plusieurs semaines, avec des fluctuations quotidiennes significatives.
- Les tensions géopolitiques, notamment en mer de Chine méridionale, alimentent les craintes sur l'approvisionnement.
- Les analystes interrogés par BFM Business pointent du doigt les incertitudes liées aux politiques énergétiques mondiales.
- Le Brent et le WTI évoluent en dents de scie, avec des écarts parfois supérieurs à 5 % en une seule séance.
- Les marchés anticipent un été 2026 sous haute tension, avec des risques de rupture d'approvisionnement dans plusieurs régions clés.
Un contexte géopolitique toujours aussi instable
Les experts présents dans l'émission de BFM Business ont rappelé que la volatilité actuelle des prix du pétrole s'inscrit dans un cadre géopolitique toujours aussi fragile. « Les tensions en mer de Chine méridionale, combinées aux incertitudes autour de l'Iran et du Venezuela, maintiennent une pression constante sur les marchés », a indiqué Olivier Lechevalier. Les craintes d'un conflit ouvert entre grandes puissances, notamment entre la Chine et les États-Unis, pèsent lourdement sur les anticipations des traders. Autant dire que les fondamentaux du marché, déjà fragiles, s'en trouvent exacerbés.
D'après les intervenants, les stocks de pétrole restent à des niveaux historiquement bas dans certaines régions, ce qui limite la marge de manœuvre en cas de choc. « Les réserves stratégiques sont insuffisantes pour absorber un choc d'offre ou une interruption brutale des exportations », a précisé Laurent Grassin. Une situation qui rappelle, selon lui, les crises pétrolières des années 1970, même si les mécanismes de marché ont évolué.
Des prix qui oscillent entre espoirs et craintes
Les cours du pétrole affichent depuis plusieurs semaines des mouvements erratiques. Entre le 20 et le 27 mai 2026, le baril de Brent a fluctué entre 85 et 92 dollars, tandis que le WTI a connu des variations similaires, entre 82 et 89 dollars. Ces écarts, bien que courants sur les marchés de matières premières, restent exceptionnels par leur amplitude et leur fréquence. « On observe des mouvements de plus de 3 % en une seule séance, ce qui est rare en temps normal », a expliqué Olivier Lechevalier. Une telle instabilité rend les prévisions des analystes particulièrement difficiles, voire impossibles à moyen terme.
Côté demande, les signaux sont tout aussi contradictoires. La croissance économique en Chine, premier importateur mondial de pétrole, montre des signes d'essoufflement, tandis que les États-Unis affichent une résilience inattendue. « Les anticipations de demande varient selon les régions, ce qui ajoute une couche de complexité supplémentaire », a souligné Laurent Grassin. Dans ce contexte, les traders peinent à trouver un équilibre, oscillant entre achats spéculatifs et prises de bénéfices rapides.
Les politiques énergétiques au cœur des débats
Les experts interrogés par BFM Business ont également pointé du doigt les politiques énergétiques des grandes puissances. La transition vers les énergies renouvelables, bien qu'inéluctable, crée des distorsions sur le marché du pétrole à court terme. « Les investissements massifs dans les énergies vertes réduisent la part des énergies fossiles dans le mix énergétique, mais cette transition prend du temps », a rappelé Olivier Lechevalier. Pendant ce temps, les pays producteurs, comme l'Arabie saoudite ou la Russie, maintiennent leurs niveaux de production, voire les augmentent, pour compenser la baisse de la demande future.
D'après Laurent Grassin, les annonces récentes de certains pays européens visant à accélérer la sortie des énergies fossiles ont également joué un rôle dans la volatilité. « Les marchés anticipent une réduction de la demande à moyen terme, ce qui pousse les investisseurs à se retirer progressivement du secteur », a-t-il déclaré. Une tendance qui pourrait s'accentuer si les politiques climatiques se durcissent dans les mois à venir.
Réactions et prises de position attendues
Les intervenants de l'émission de BFM Business ont appelé à une plus grande transparence des pays producteurs et consommateurs pour éviter une crise pétrolière majeure. « Il est urgent que les grands acteurs du marché communiquent clairement sur leurs intentions, que ce soit en termes de production ou de politiques énergétiques », a insisté Olivier Lechevalier. Une meilleure coordination internationale pourrait, selon lui, atténuer les chocs d'offre et de demande.
Laurent Grassin, de son côté, a rappelé l'importance des stocks stratégiques, notamment en Europe et aux États-Unis. « Sans une gestion proactive des réserves, les marchés resteront vulnérables à la moindre crise », a-t-il conclu. Des déclarations qui devraient alimenter les débats dans les prochaines semaines, alors que les prix du pétrole continuent de faire la une des médias économiques.
La volatilité actuelle s'explique par plusieurs facteurs : les tensions géopolitiques en mer de Chine méridionale et au Moyen-Orient, les incertitudes sur l'offre (notamment en Iran et au Venezuela), et les craintes d'une réduction de la demande à moyen terme en raison de la transition énergétique. Ces éléments créent un environnement propice aux mouvements erratiques des prix, selon les experts interrogés par BFM Business.
Les risques principaux sont une interruption brutale des exportations (notamment en mer Rouge ou dans le détroit d'Ormuz), une dégradation de la croissance économique en Chine, ou encore un durcissement des politiques climatiques en Europe qui pourrait réduire la demande. Les analystes surveillent particulièrement les réunions de l'OPEP+ en juin 2026, qui pourraient décider d'un nouveau tour de vis sur la production.