À travers l’Europe, des communautés locales et des artistes s’emparent du sujet des PFAS – ces substances chimiques dites « éternelles » en raison de leur persistance dans l’environnement – pour alerter, sensibiliser ou simplement exprimer leur opposition à cette pollution invisible. Selon Le Monde, cette contamination, qui touche aussi bien les sols que les organismes vivants, inspire désormais des initiatives culturelles et citoyennes dans plusieurs pays du continent.
Ce qu'il faut retenir
- Des PFAS sont des composés chimiques artificiels utilisés depuis les années 1950 dans de nombreux produits (ustensiles de cuisine antiadhésifs, mousses anti-incendie, textiles imperméables, etc.).
- Leur nom vient de leur structure : des liaisons carbone-fluor quasi indestructibles, ce qui les rend extrêmement résistants à la dégradation naturelle.
- Plusieurs régions européennes, comme la Flandre (Belgique) ou le Land de Bade-Wurtemberg (Allemagne), sont particulièrement touchées par des taux élevés de PFAS dans les sols et les eaux.
- Des collectifs citoyens et artistes transforment cette problématique en œuvres militantes, installations ou performances pour interpeller les pouvoirs publics.
- L’Union européenne travaille sur une interdiction progressive de ces substances, mais leur élimination complète reste un défi scientifique et industriel.
En Belgique, dans la région flamande, les riverains de sites industriels pollués ont choisi de s’exprimer à travers la création artistique. « Nous voulions donner une visibilité à un problème invisible », explique Lien De Doncker, membre d’un collectif local. Des fresques murales, réalisées avec des pigments naturels et des matériaux recyclés, ont été peintes sur les murs des villes concernées. Ces œuvres, souvent accompagnées de panneaux explicatifs, détaillent les risques sanitaires liés aux PFAS – cancers, troubles thyroïdiens, effets sur le développement fœtal – et dénoncent l’inaction des autorités.
En Allemagne, où les sols de certaines zones agricoles sont fortement contaminés par des épandages passés de boues issues de stations d’épuration, des artistes ont imaginé des performances éphémères. « On a organisé une cueillette symbolique de « pommes PFAS » », raconte Markus Löffler, plasticien berlinois. Les participants récoltaient des fruits en plastique, sur lesquels étaient imprimés des taux de contamination réels. L’installation, suivie d’un débat public, visait à montrer l’absurdité d’une agriculture où les terres restent impropres à la culture pendant des décennies. « Bref, on a transformé une donnée scientifique en une expérience sensorielle et politique. »
Ces initiatives ne se limitent pas à l’Europe de l’Ouest. En Suède, où des lacs entiers sont contaminés, des collectifs d’artistes et de scientifiques collaborent pour créer des œuvres immersives. « On a immergé des sculptures biodégradables dans les eaux polluées, puis on a organisé une exposition où le public pouvait toucher des échantillons de sédiments sous contrôle strict », précise Sara Andersson, biologiste et artiste. L’objectif ? Rendre tangible l’invisible et pousser à l’action. « Les gens repartent avec une meilleure compréhension, mais aussi avec une colère légitime. »
D’ici là, les artistes et les riverains concernés continuent de multiplier les actions. En Allemagne, un festival dédié à la « résistance créative » est prévu pour l’automne 2026, avec des ateliers pour transformer des déchets industriels en œuvres d’art. « L’art ne résoudra pas la pollution, mais il peut faire bouger les lignes », estime Löffler. Et dans un contexte où les PFAS s’accumulent dans les chaînes alimentaires, autant dire que le débat est loin d’être clos.
Une question, malgré tout, persiste : ces initiatives parviendront-elles à faire pression là où les rapports scientifiques et les alertes sanitaires ont jusqu’ici échoué ?
Le terme fait référence à la structure chimique de ces molécules, composées de liaisons carbone-fluor extrêmement stables. Ces liaisons résistent à la chaleur, aux acides, et même aux processus naturels de dégradation comme la lumière ou les micro-organismes. Résultat : une fois relâchées dans l’environnement, elles persistent pendant des décennies, voire des siècles, sans se décomposer. Selon l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), certains PFAS peuvent mettre plus de 1 000 ans à disparaître naturellement.
