Selon Courrier International, les Philippines se retrouvent aujourd’hui face à un paradoxe économique et démographique de taille : après avoir officiellement franchi le cap de leur dividende démographique il y a plus de dix ans, le pays craint désormais de devenir « le pays qui sera devenu vieux avant d’être devenu riche ». Une crainte illustrée par un dessin de Beppe Giacobbe, publié dans la presse italienne et repris par le média français.

Ce qu'il faut retenir

  • Les Philippines sont entrées dans leur phase de dividende démographique avant 2015, un potentiel de croissance économique lié à une population en âge de travailler majoritaire.
  • En 2013, le pays obtenait sa première notation financière, affichait un PIB en forte croissance et un marché boursier parmi les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est.
  • Plus de dix ans après, la corruption endémique et un manque de réformes structurelles ont limité l’exploitation de ce dividende.
  • Le quotidien Philippine Star, fondé en 1986 après la chute du régime Marcos, reste une source majeure d’informations nationales pour les 7 millions de Philippins de la diaspora.
  • Le dividende démographique n’est pas une garantie de prospérité : il doit être accompagné de politiques éducatives, d’emploi et de lutte contre la corruption pour produire des effets durables.

Le dividende démographique, une fenêtre qui ne s’ouvre pas automatiquement sur la richesse

Le dividende démographique désigne une période où la proportion de la population active dépasse celle des dépendants (jeunes et personnes âgées). Ce phénomène, souvent associé à une croissance économique accélérée dans les pays développés, s’est produit aux Philippines à une époque où l’espoir était grand. « Nous entrons officiellement dans [la période de] notre dividende démographique », affirmait un article cité par Courrier International, qui s’appuyait sur des projections de croissance de la population. Autant dire que, pour la première fois depuis des années, le pays semblait enfin en mesure de transformer sa démographie en atout économique.

Pourtant, cette transition n’a rien d’automatique. Comme le rappelle l’économiste Rose Fres Fausto, dont l’article est traduit par Isabelle Boudon, le dividende démographique est avant tout un potentiel – une occasion à saisir par des réformes structurelles et une gouvernance efficace. Pendant des années, les Philippins ont cru que cette fenêtre s’ouvrirait en 2015. Or, si le calendrier a été respecté, les résultats économiques espérés tardent à se matérialiser.

Un contexte économique prometteur… en 2013

À l’époque, les indicateurs semblaient favorables. En 2013, les Philippines obtenaient leur première notation financière, une étape symbolique pour un pays longtemps isolé des marchés internationaux. Le taux de croissance du PIB atteignait des niveaux comparables à ceux des économies les plus dynamiques de la région, tandis que l’inflation restait maîtrisée. Les investisseurs étrangers commençaient à s’intéresser au marché boursier philippin, l’un des plus performants d’Asie du Sud-Est. Pourtant, ces avancées ne suffiraient pas à garantir une transformation durable de l’économie.

Comme le souligne Courrier International, « voilà plus de dix ans qu’on entend parler du dividende démographique » aux Philippines. Or, malgré l’entrée dans cette phase clé, le pays peine à concrétiser ses ambitions. Les défis structurels, notamment la corruption gargantuesque et l’absence de réformes profondes, ont limité l’impact positif attendu.

Le Philippine Star, témoin d’un demi-siècle d’évolutions politiques

Fondé en 1986, à la chute du régime autoritaire de Ferdinand Marcos, le Philippine Star s’est imposé comme un média de référence dans le paysage médiatique philippin. Initialement créé pour informer la diaspora, le journal a évolué pour devenir un portail complet d’actualités nationales, mêlant information et débats d’opinion. Son indépendance, acquise après la fin de la dictature, lui a valu une réputation d’objectivité, incarnée par sa devise : « le triomphe de la vérité ».

Pourtant, malgré son ancrage dans la société civile, le Philippine Star n’a pu, à lui seul, compenser les lacunes des politiques publiques. Le site du journal, lancé en 1997 puis modernisé en 2000, offre aujourd’hui une plateforme numérique riche, intégrant des forums, des revues people et des liens commerciaux. Mais ces outils n’ont pas suffi à inverser la tendance : la corruption et le manque de vision à long terme continuent de freiner le développement.

Un dividende gaspillé ? Les leçons d’une décennie perdue

Plus de dix ans après l’ouverture de cette fenêtre démographique, le constat est amer. Le Philippine Star, comme d’autres médias, alerte régulièrement sur les freins à la croissance. L’économiste Rose Fres Fausto rappelle que le dividende démographique n’est pas une garantie de prospérité. Pour en tirer profit, il faut des politiques actives : éducation de qualité, création d’emplois stables, lutte contre la corruption et investissements dans les infrastructures. Or, ces conditions n’ont pas été remplies.

Le paradoxe philippin réside dans ce décalage entre le potentiel et la réalité. D’un côté, une population jeune et nombreuse, source potentielle de main-d’œuvre et d’innovation. De l’autre, un système politique et économique qui peine à transformer cette ressource en avantage concurrentiel. Les experts s’accordent à dire que le temps presse : si le pays ne réforme pas en profondeur son modèle de développement, il risque de voir son dividende démographique se transformer en fardeau.

Et maintenant ?

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les Philippines pourront encore saisir cette opportunité avant qu’il ne soit trop tard. Les prochaines années seront cruciales : le pays devra accélérer ses réformes, notamment en matière d’éducation et de lutte contre la corruption, tout en attirant des investissements étrangers. La fenêtre démographique, bien que toujours ouverte, pourrait se refermer si la croissance économique ne suit pas. D’ici 2030, les projections démographiques indiquent que le ratio de dépendance pourrait à nouveau augmenter, réduisant l’avantage actuel. Autant dire que le compte à rebours est lancé.

La situation aux Philippines rappelle une vérité universelle : un dividende démographique ne se transforme pas en richesse sans un cadre institutionnel solide. Comme le note Courrier International, les pays qui ont réussi à exploiter leur dividende – la Corée du Sud ou la Chine dans les années 1980 – l’ont fait grâce à des politiques volontaristes. Pour les Philippines, le défi est désormais de passer des promesses aux actes, avant que leur fenêtre ne se referme définitivement.

Le dividende démographique est une période où la proportion de la population en âge de travailler (15-64 ans) dépasse celle des dépendants (moins de 15 ans et plus de 65 ans). Cette situation, si elle est bien exploitée, peut stimuler la croissance économique en offrant une main-d’œuvre abondante et un ratio de dépendance favorable.

Plusieurs facteurs expliquent cet échec relatif : une corruption endémique, un manque de réformes structurelles (éducation, emploi, infrastructures), une gouvernance inefficace et une dépendance persistante à des modèles économiques peu innovants. Ces lacunes ont empêché le pays de transformer son dividende en croissance durable.