Comme le rapporte Libération, la philosophe Edwige Chirouter s’insurge contre une situation qu’elle juge inacceptable : l’exclusion des élèves de la voie professionnelle de l’enseignement de la philosophie au baccalauréat. Une omission qui, selon elle, participe à un système scolaire reproduisant des inégalités sociales et culturelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Absence de philosophie pour les bacheliers professionnels, alors que cette matière est réservée aux filières générales et technologiques.
  • Critique d’Edwige Chirouter, philosophe et spécialiste des questions éducatives, qui dénonce un « privilège » accordé à certains élèves.
  • Inégalités sociales renforcées par cette exclusion, la philosophie étant souvent perçue comme un marqueur de distinction culturelle.

Une matière réservée à une minorité

Depuis des années, la philosophie au baccalauréat reste l’apanage des élèves des filières générales et technologiques. Libération souligne que cette discipline, considérée comme un pilier de la culture humaniste, est systématiquement écartée des programmes des bacheliers professionnels. Un choix qui, pour Edwige Chirouter, « ne se justifie par aucun argument pédagogique ou philosophique ».

Selon la philosophe, cette exclusion participe à une forme de « ghettorisation » des parcours éducatifs. Les élèves de la voie professionnelle, souvent issus de milieux sociaux moins favorisés, se voient ainsi privés d’un accès à une matière qui forge l’esprit critique et la réflexion sur le monde. « On prive des jeunes de la possibilité de penser par eux-mêmes, simplement parce qu’ils suivent une voie professionnelle », a-t-elle déclaré.

Un enjeu d’égalité républicaine

Edwige Chirouter rappelle que la philosophie, en tant que discipline, ne devrait pas être réservée à une élite sociale ou scolaire. « La pensée critique n’a pas de classe sociale », a-t-elle souligné. Pour elle, cette exclusion est d’autant plus paradoxale que le bac professionnel, souvent présenté comme une voie de réussite pour l’insertion professionnelle, devrait aussi offrir les mêmes opportunités de développement intellectuel.

La philosophe pointe également le caractère arbitraire de cette restriction : « Pourquoi limiter la philosophie à un seul âge de la vie ou à un seul milieu ? » s’interroge-t-elle. Elle rappelle que cette matière, enseignée depuis des siècles, a toujours été un outil de démocratisation du savoir, et non l’inverse. — Autant dire que cette exclusion est avant tout un héritage d’un système éducatif inégalitaire.

Un débat qui dépasse le cadre scolaire

La question de l’accès à la philosophie au bac professionnel s’inscrit dans un débat plus large sur l’égalité des chances dans l’éducation. Libération rappelle que les inégalités scolaires persistent malgré les réformes successives du système éducatif français. La voie professionnelle, souvent perçue comme une filière de relégation, concentre les critiques sur son manque d’ambition académique.

Pourtant, les chiffres montrent que les élèves de la voie professionnelle représentent près de 40 % des effectifs du lycée (ministère de l’Éducation nationale, 2025). Une proportion qui rend d’autant plus criante l’absence de philosophie dans leur cursus. « On parle beaucoup d’inclusion, mais les actes ne suivent pas », regrette Edwige Chirouter. Bref, cette exclusion illustre une forme de « deux poids, deux mesures » dans l’accès à la culture.

Et maintenant ?

La question de l’introduction de la philosophie dans le programme du bac professionnel pourrait être relancée lors des prochaines négociations sur les programmes scolaires. Une réforme n’est cependant pas attendue avant la rentrée 2027, le temps pour le ministère de l’Éducation nationale d’étudier les modalités pratiques d’une telle mesure. Rien n’est encore acté, mais le débat est désormais posé.

Interrogée par Libération, Edwige Chirouter a indiqué qu’elle comptait poursuivre son plaidoyer auprès des instances éducatives et des associations de parents d’élèves. « Il est temps de mettre fin à cette injustice », a-t-elle affirmé. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques et pédagogiques.

Selon les programmes officiels du ministère de l’Éducation nationale, la philosophie reste réservée aux filières générales et technologiques. Aucune explication pédagogique claire n’est fournie pour cette exclusion, qui semble davantage liée à des habitudes historiques qu’à des choix éducatifs réfléchis.

Les défenseurs de cette mesure estiment qu’elle permettrait de réduire les inégalités d’accès à la culture et de renforcer l’esprit critique des élèves. Les opposants craignent en revanche un alourdissement des programmes ou une dilution du contenu pédagogique.