Le premier long métrage de Phuong Mai Nguyen, « In Waves », est sorti en salles le 1er juillet 2026. Ce projet, adapté de la bande dessinée éponyme d’AJ Dungo, marque une nouvelle étape pour cette réalisatrice formée à l’École des Gobelins, après avoir déjà marqué le public avec l’adaptation animée de la série « Culottées » de Pénélope Bagieu, selon Franceinfo - Culture.

Présenté en compétition officielle au Festival international du film d’animation d’Annecy, le film a également été projeté à Cannes avant sa sortie nationale. « In Waves » raconte une histoire personnelle et intime, mêlant le récit du surf californien à celui de l’auteur, marqué par la lutte de sa compagne contre le cancer. Une œuvre où la frontière entre réalité et émotion se fait particulièrement ténue.

Ce qu'il faut retenir

  • Phuong Mai Nguyen signe son premier long métrage animé avec « In Waves », adapté de la bande dessinée d’AJ Dungo, selon Franceinfo - Culture.
  • Le film, sorti le 1er juillet 2026, s’inspire d’un récit autobiographique mêlant surf et lutte contre le cancer.
  • La réalisatrice a opéré un changement esthétique majeur pour passer de la BD à l’animation, en s’éloignant du trait original d’AJ Dungo.
  • Le film utilise un mélange de 2D et de 3D pour créer une impression de peinture immersive, avec David Hockney comme référence visuelle.

Une adaptation marquée par l’émotion et la responsabilité

Phuong Mai Nguyen a découvert la bande dessinée d’AJ Dungo au Festival d’Angoulême, mais a dû marquer une pause en cours de lecture tant le récit l’a touchée. « J’ai beaucoup pleuré en la lisant », confie-t-elle. Lorsqu’on lui a proposé d’en faire un film, elle a hésité avant d’accepter, consciente de la responsabilité que représentait l’adaptation d’une histoire aussi personnelle et vraie. « Il y avait une telle responsabilité à raconter une histoire qui est vraie, qui est très intime », explique-t-elle. Après un mois de réflexion, elle a finalement accepté le défi, portée par la confiance d’AJ Dungo lui-même.

L’auteur, dont la compagne Kristen a lutté contre le cancer, a partagé avec la réalisatrice des photos et vidéos personnelles, parfois difficiles à voir. « Il m’a envoyé beaucoup d’images, même des moments en chimiothérapie », précise Phuong Mai Nguyen. AJ Dungo lui a confié un objectif simple : « Je veux juste que ce film porte encore Kristen à l’écran. » Une mission que la réalisatrice a prise très au sérieux, tout en s’autorisant une liberté artistique pour adapter le récit à l’écran.

De la bande dessinée à l’animation : les défis de la transposition

Adapter une bande dessinée en animation représente un défi de taille, notamment en raison des différences fondamentales entre les deux supports. « Dans un film, on a besoin de l’immédiateté des choses », souligne Phuong Mai Nguyen. Là où une case de BD peut laisser planer le mystère sur les émotions ou les lieux, le film doit rendre ces éléments compréhensibles instantanément. Pour cela, la réalisatrice a opéré un changement radical par rapport au trait d’AJ Dungo, parfois très épuré, voire dépourvu de visages pour certains personnages.

« J’ai précisé les visages, les décors et la lumière pour créer de l’immersion », explique-t-elle. Ce travail graphique s’accompagne d’un autre défi : représenter la Californie de manière fidèle, tant sur le plan géographique qu’émotionnel. Pour y parvenir, Phuong Mai Nguyen s’est rendue sur place, visitant les lieux emblématiques de l’adolescence d’AJ Dungo, y compris son lycée. Elle a également collaboré avec Florianne Marchix, une ancienne de Gobelins aujourd’hui installée aux États-Unis, spécialiste des décors chez DreamWorks.

Une esthétique entre peinture et animation

Le cœur de l’innovation visuelle de « In Waves » réside dans son mélange entre 2D et 3D. La technique utilisée donne l’impression de projeter une peinture sur un mur, créant une sensation de trompe-l’œil. « C’est comme si on vidéoprojetait une peinture sur un mur », résume la réalisatrice. Plutôt que de modéliser intégralement un décor en 3D, l’équipe a opté pour des plaques sur lesquelles sont projetées des peintures, offrant à la fois du relief et une impression organique.

Cette approche, bien que chronophage — « les animateurs 2D et 3D ne parlent pas du tout le même langage » — a permis de créer une esthétique unique, bien loin d’un rendu hyperréaliste. Pour les couleurs et la lumière, Phuong Mai Nguyen s’est inspirée de l’œuvre de David Hockney, dont l’univers pictural correspondait parfaitement à l’ambiance recherchée. « Artistiquement, c’était beaucoup plus intéressant que de reproduire un décor hyperréaliste », souligne-t-elle.

Un hommage à Kristen et à la persévérance

Au-delà de son ambition esthétique, « In Waves » est avant tout un hommage à Kristen, la compagne d’AJ Dungo, décédée des suites de son cancer. Le film cherche à capturer l’esprit de Kristen à travers des détails visuels et narratifs, tout en rendant hommage à sa force et à sa résilience. AJ Dungo a joué un rôle clé dans ce processus, en partageant des souvenirs et des émotions avec la réalisatrice, lui permettant de donner vie à un personnage aussi complexe que touchant.

Pour Phuong Mai Nguyen, l’enjeu était double : honorer la mémoire de Kristen tout en offrant au public une expérience immersive et universelle. « Ce n’est pas juste un film sur le surf ou sur la maladie, c’est une histoire sur l’amour, la perte et la persévérance », confie-t-elle. En adaptant cette bande dessinée, elle a cherché à traduire en images et en mouvements ce que le texte d’AJ Dungo avait su exprimer avec justesse.

Et maintenant ?

Si « In Waves » a déjà été salué lors de sa présentation à Cannes et à Annecy, son succès en salles pourrait bien déterminer la suite du projet. Une projection internationale ou une diffusion sur une plateforme dédiée pourrait permettre à ce film d’atteindre un public plus large. Reste à voir si la critique et le public sauront reconnaître l’audace de cette adaptation, entre fidélité au matériau original et liberté artistique.

Pour Phuong Mai Nguyen, cette expérience ouvre également de nouvelles perspectives. Après « Culottées » et « In Waves », elle pourrait s’attaquer à d’autres adaptations ambitieuses, toujours avec cette même exigence de respect et de créativité. Quant à AJ Dungo, son rôle dans ce projet ne s’arrête pas à l’écriture : il pourrait continuer à collaborer avec des réalisateurs souhaitant adapter ses œuvres, à condition de trouver des partenaires aussi investis que Phuong Mai Nguyen.

Une chose est sûre : « In Waves » confirme que l’animation française, portée par des talents comme Phuong Mai Nguyen, sait se renouveler en puisant dans des récits à la fois personnels et universels. À suivre, donc, pour voir comment ce film marquera l’histoire du cinéma d’animation.

Le film utilise un mélange de 2D et de 3D pour créer une impression de peinture immersive, en s’inspirant de l’œuvre de David Hockney pour les couleurs et la lumière. Cette technique donne une sensation de trompe-l’œil, où des plaques 3D servent de support à des peintures projetées.

Le film est sorti en salles le 1er juillet 2026 et a été présenté en compétition officielle au Festival international du film d’animation d’Annecy, après avoir été projeté à Cannes.