D’ici 2030, l’Irlande devrait occuper la première place du classement européen du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA), devant le Luxembourg qui dominait jusqu’ici, selon les projections du World Economic Outlook du Fonds monétaire international (FMI), analysées par Euronews FR. Ces données, qui couvrent 41 pays européens – incluant les États membres de l’UE, les candidats à l’adhésion, les membres de l’AELE et le Royaume-Uni –, révèlent une tendance générale à la hausse du PIB par habitant, mais aussi des disparités persistantes entre les nations.
Ce qu'il faut retenir
- L’Irlande devrait dépasser le Luxembourg en 2030 pour devenir le pays européen avec le PIB par habitant en PPA le plus élevé, selon les projections du FMI analysées par Euronews FR.
- La Norvège, la Suisse et le Danemark complètent le top 5, leurs positions restant stables entre 2025 et 2030.
- Parmi les grandes économies européennes, l’Allemagne se classe 12e, devant la France (15e) et le Royaume-Uni (16e), tandis que l’Espagne ferme la marche des cinq premières à la 22e place.
- Les écarts de richesse restent marqués : le PIB par habitant de l’Irlande est projeté à 182 000 $ (168 000 €) en PPA, contre seulement 7 276 € en Ukraine, dernier du classement.
- Les pays candidats à l’UE, à l’exception de la Turquie (29e), occupent majoritairement les neuf dernières places, avec des niveaux de PIB par habitant inférieurs à 30 000 $.
L’Irlande en tête grâce à la PPA, mais un indicateur biaisé
Selon les projections du FMI, l’Irlande devrait détrôner le Luxembourg en 2030 avec un PIB par habitant en PPA de 182 000 $ (environ 168 000 €), contre 167 000 $ (environ 154 000 €) pour le Grand-Duché. Cette performance s’explique en partie par la forte présence des multinationales dans l’économie irlandaise, un facteur qui fausse les indicateurs économiques, comme le souligne Alan Barrett, directeur de l’Institut de recherche économique et sociale irlandaise. « Le revenu national brut (RNB) est un indicateur bien plus fiable pour évaluer la réalité économique du pays », a-t-il déclaré. En se basant sur les données de RNB 2024 de la Banque mondiale, l’Irlande ne figurerait même pas parmi les quatre premiers pays européens.
Les pays nordiques et la Suisse dominent le classement
Derrière l’Irlande et le Luxembourg, la Norvège, la Suisse et le Danemark complètent le top 5 du classement en PPA, avec des PIB par habitant dépassant les 115 000 $ (environ 106 000 €) pour les deux premiers et 100 000 $ (environ 92 000 €) pour le Danemark. Ces pays, réputés pour leur stabilité économique et leur faible chômage, affichent une cohérence remarquable dans leurs performances entre 2025 et 2030. Leur position reflète une tendance générale : les économies d’Europe du Nord et de l’Ouest concentrent les niveaux de richesse les plus élevés du continent.
Les grandes économies européennes dans le classement
Parmi les cinq plus grandes économies européennes, l’Allemagne se distingue avec une 12e place, devant la France (15e) et le Royaume-Uni (16e). L’Italie occupe la 18e position, tandis que l’Espagne, avec un PIB par habitant en PPA de 66 000 $ (environ 61 000 €), ferme la marche des cinq premières. Cette hiérarchie souligne les écarts persistants au sein du bloc européen, avec un écart de 31 % entre l’Allemagne et l’Espagne. « Même au sein des grandes économies, les disparités sont marquées », précise l’analyse d’Euronews FR.
Les pays candidats à l’UE en queue de classement
Les neuf dernières places du classement sont majoritairement occupées par des pays candidats à l’adhésion à l’UE, avec l’Ukraine, le Kosovo et la Moldavie en bas de tableau. La Turquie, seule exception notable, devrait se hisser à la 29e place en 2030, devançant ainsi trois États membres de l’UE : la Bulgarie, la Lettonie et la Grèce. Cette dernière, qui occupait la 29e position en 2025, chute à la 32e place en 2030, tandis que Chypre enregistre la plus forte progression, passant de la 16e à la 13e place.
Des écarts de richesse qui se creusent en euros courants
En euros courants, les disparités sont encore plus visibles. Le FMI projette un PIB par habitant allant de 7 276 € en Ukraine à 152 417 € au Luxembourg d’ici 2030. Même en excluant l’Irlande (137 819 €) et le Luxembourg, l’écart reste marqué au sein de l’UE. Le Danemark arrive en troisième position avec 84 128 €, suivi des Pays-Bas (79 613 €), de la Suède (73 104 €) et de l’Autriche (67 406 €). L’Allemagne, avec 65 924 €, est la seule des cinq plus grandes économies à figurer dans le top 10, devant le Royaume-Uni (64 360 €).
Hors de l’UE, la Suisse (127 846 €), l’Islande (108 366 €) et la Norvège (93 046 €) figurent dans le top 5 général, entre l’Irlande et le Luxembourg. Ces chiffres illustrent une tendance claire : les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest dominent les classements, tandis que l’Europe de l’Est et les pays candidats à l’adhésion restent à la traîne.
PPA vs PIB nominal : des écarts révélateurs
Les écarts entre les classements en parité de pouvoir d’achat (PPA) et en euros nominaux révèlent des réalités économiques différentes. Par exemple, Malte, la Roumanie, la Pologne et la Turquie se situent bien plus haut en PPA qu’en euros nominaux, signe que leur pouvoir d’achat réel dépasse les chiffres bruts. À l’inverse, des pays comme l’Estonie, le Royaume-Uni, l’Islande et la Lettonie affichent des positions moins favorables en PPA qu’en euros nominaux. « Ces écarts montrent que les comparaisons économiques doivent tenir compte des différences de prix entre les pays », souligne l’analyse.
Ces données, issues du World Economic Outlook du FMI, dessinent une Europe à deux vitesses, où les écarts de richesse persistent malgré une croissance générale du PIB par habitant. Les prochaines révisions des prévisions économiques, attendues d’ici la fin de l’année 2026, pourraient apporter des éclairages supplémentaires sur ces tendances.
Le PIB par habitant de l’Irlande est gonflé par la présence massive de multinationales, dont les bénéfices sont comptabilisés dans le pays sans toujours refléter la réalité économique locale. Selon Alan Barrett, directeur de l’Institut de recherche économique et sociale, le revenu national brut (RNB) est un indicateur plus fiable pour évaluer la richesse réelle des Irlandais.
