Investir dans une vache laitière plutôt qu’en Bourse ou en SCPI ? Pour des milliers d’épargnants français, l’idée n’a rien de farfelue. Selon Capital, ces actifs dits « passion » ou « atypiques » séduisent de plus en plus de particuliers, prêts à y consacrer 10 à 15 % de leur épargne.
Ce qu'il faut retenir
- Les investissements « passion » (vaches, montres, vignobles, etc.) ont connu un essor marqué depuis cinq à six ans, porté par des plateformes digitales facilitant l’accès à ces actifs tangibles.
- L’indice Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII) affiche une progression de 38,6 % sur dix ans, malgré un repli de 0,4 % en 2025, avec des écarts importants selon les segments (ex. : +125 % pour les montres, -10,9 % pour le whisky rare en 2025).
- Des plateformes comme MyMarguerit (vaches laitières) ou Bolero (droits musicaux) permettent d’investir à partir de quelques centaines d’euros, avec des rendements annoncés entre 5,89 % et 9,3 % nets de frais.
- L’AMF rappelle que ces placements, bien que tangibles, comportent des risques : illiquidité, volatilité sectorielle, et nécessité de bien choisir le véhicule juridique (obligation, nue-propriété, tokenisation, etc.).
- Les performances passées ne garantissent pas les rendements futurs : un sac Birkin s’est vendu 10,1 millions de dollars en 2025, mais le whisky rare a chuté de 10,9 % la même année.
Des vaches laitières aux droits musicaux : la diversification par l’investissement tangible
Sébastien, cadre parisien de 42 ans, en est convaincu : ses 102 vaches laitières dans le Jura représentent la meilleure idée d’investissement de 2026. Grâce à un système de location via la société MyMarguerit, il touche chaque mois 2 856 euros, versés par les éleveurs partenaires, avec un avantage fiscal notable : « C’est totalement défiscalisé », précise-t-il. Comme lui, des milliers de Français se tournent vers ces placements « atypiques », attirés par leur dimension concrète et leur faible corrélation avec les marchés financiers.
Les plateformes digitales ont démocratisé l’accès à ces actifs, autrefois réservés aux institutionnels. Elles proposent des investissements dans des domaines variés : forêts, chevaux de course, voitures de sport, œuvres d’art, ou même droits musicaux. Le Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII), qui suit dix segments de biens « collectibles » (montres, vins, whiskies, art, sacs, bijoux, etc.), affiche une progression moyenne de 38,6 % sur dix ans, malgré un léger recul de 0,4 % en 2025. Derrière cette moyenne, les disparités sont marquées : les montres ont bondi de 125 % en dix ans, tandis que le whisky rare a reculé de 10,9 % en 2025 après avoir été un segment phare.
Des rendements attractifs, mais des risques bien réels
Pour Carl Darjinoff, directeur de la relation investisseurs chez MyMarguerit, ces placements répondent à une quête de stabilité et de sens : « Les Français cherchent des investissements tangibles, peu soumis aux fluctuations des marchés. » Une vache continue de produire du lait quand le CAC 40 plonge, et une Ferrari n’est pas affectée par les décisions de la BCE. L’aspect extra-financier joue aussi : investir dans une vache, c’est soutenir un éleveur ; acheter des droits musicaux, c’est financer la création artistique. Une dimension qui séduit particulièrement les trentenaires.
Pourtant, l’Autorité des marchés financiers (AMF) met en garde : « L’aspect ludique de ces investissements ne réduit pas leurs risques. » Plusieurs plateformes de crowdfunding immobilier ont fait défaut depuis 2023, et la BBC a révélé la faillite d’un fonds écossais gérant plus de 80 millions de dollars en fûts de whisky, sans pouvoir restituer les actifs aux investisseurs. Les rendements à deux chiffres affichés par certaines plateformes sont des « cibles », pas des promesses. Les performances historiques du KFLII ne présagent en rien de la valorisation future d’une œuvre, d’une montre ou d’un cheval.
Véhicules juridiques, fiscalité et vigilance : les clés d’un investissement maîtrisé
Derrière chaque actif, le choix du véhicule juridique est déterminant. Selon que l’on achète une obligation, une part de copropriété, une fraction tokenisée ou une nue-propriété, les risques, la fiscalité et l’horizon de placement diffèrent radicalement. « C’est cette mécanique qui sépare les bonnes affaires des mirages », souligne un expert. Trois vérifications s’imposent avant tout engagement : consulter le registre des agents financiers (Regafi) pour les prestataires comme Caption, vérifier l’enregistrement auprès de l’Orias pour les conseillers en investissements financiers (CIF), et s’assurer que l’acteur est enregistré comme intermédiaire en biens divers auprès de l’AMF (ex. : MyMarguerit ou Collectionneurs).
Il faut ensuite lire attentivement le document d’information, en particulier les sections « risques » et « grille des frais ». Enfin, dimensionner correctement son investissement : les spécialistes recommandent de ne pas y consacrer plus de 10 à 15 % de son patrimoine, et d’éviter d’y placer des fonds dont on pourrait avoir besoin à court terme. « Pas plus de 10 à 15 % du patrimoine, et jamais d’argent dont on pourrait avoir besoin à court terme », insiste l’AMF.
Trois exemples concrets de placements passion en 2026
1. Investir dans des vaches laitières avec MyMarguerit : Pour 2 145 euros (frais d’entrée inclus à 8 %), l’investisseur achète une vache laitière et perçoit chaque mois 28 euros de loyer versé par l’éleveur. Le rendement net annoncé atteint 5,89 %, défiscalisé via le régime des bénéfices agricoles. Sur 100 000 euros placés, le souscripteur peut espérer 175 000 euros nets après dix ans, frais de sortie déduits. La plateforme gère 40 millions d’euros d’actifs pour 5 000 clients et 1 000 éleveurs partenaires. Le principal risque reste une épidémie majeure, comme la dermatose nodulaire en 2025, mais la plateforme garantit le remplacement des animaux décédés.
2. Acheter des droits musicaux via Bolero : Lancée en 2021 par l’ancien de la tech William Bailey, cette plateforme permet d’investir dès 100 euros dans un panier de chansons (Ed Sheeran, The Weeknd, Beyoncé, etc.). L’épargnant souscrit une obligation et perçoit chaque trimestre une part des royalties générées par le morceau : streaming, droits de diffusion, synchronisations, etc. Un million de streams sur Spotify France rapporte environ 4 500 euros bruts aux ayants droit. Bolero affiche un rendement annuel moyen de 9,3 % nets de frais depuis 2023, pour un objectif minimum de 7,5 % par an sur huit ans. La plateforme privilégie les titres intemporels plutôt que les paris sur des futures stars.
3. Devenir copropriétaire d’une supercar avec Collectionneurs : Fondée fin 2023 par Sacha Gallo Parouty et enregistrée à l’AMF en mars 2025, cette fintech propose la nue-propriété fractionnée de voitures de collection dès 250 euros. La première opération portait sur une Ferrari F40 estimée à 2,2 millions d’euros, découpée en 11 000 parts. Les véhicules sont exposés au Coligny Car Muséum, près de Lyon, et roulent moins de 100 kilomètres par an pour préserver leur valeur. Le taux de rendement interne (TRI) cible affiché atteint 15 % par an sur cinq ans, avec 10 % de frais d’entrée, 3 % par an et 5 % sur la plus-value.
Montres, art, chevaux et voiliers : le panorama des actifs atypiques
Le marché des montres de luxe a progressé de 125,1 % sur dix ans, avec une résistance en 2025 (+5,1 %), tirée par des marques comme Patek Philippe (+12,1 %) et Rolex (+4,6 %). Une Patek Philippe Grandmaster Chime 6300 s’est vendue 5,4 millions de dollars en juin 2024. Pour les particuliers, l’investissement direct reste complexe, mais des plateformes comme Caption proposent des obligations adossées à des paniers de montres, avec des rendements de 9 à 11 % annuels.
Côté art, après deux années difficiles, le marché a rebondi en 2025 avec une progression de 11 % aux enchères. Une œuvre comme le Portrait d’Elisabeth Lederer de Gustav Klimt s’est adjugée 236,4 millions de dollars chez Sotheby’s en novembre 2025. La plateforme Matis, agréée par l’AMF, permet de co-investir dans des œuvres (Yayoi Kusama, Andy Warhol, etc.) à partir de 20 000 euros, avec une performance nette moyenne de 16,7 % sur les 25 œuvres déjà revendues depuis 2023.
Les chevaux de course, enfin, restent un placement très aléatoire. Les ventes de pur-sang en France ont progressé de 27 % entre 2021 et 2023, atteignant 220 millions d’euros, avec un prix moyen en hausse de 50 % sur trois ans. Des plateformes comme Pur-Sang Invest ou Part of Dream proposent d’y accéder via des étalons ou des parts de carrière dès 1 000 à 10 000 euros, mais avec un horizon recommandé d’au moins cinq ans et un risque de perte en capital bien réel.
Reste à voir si ces placements parviendront à maintenir leur attractivité face à la volatilité des marchés traditionnels. Une chose est sûre : leur popularité ne se dément pas, portée par une quête de sens et de diversification que les produits financiers classiques peinent à offrir.
Selon Capital, les rendements varient fortement selon l’actif. Pour les vaches laitières via MyMarguerit, le rendement net annoncé est de 5,89 %, défiscalisé. Pour les droits musicaux via Bolero, il atteint 9,3 % nets de frais depuis 2023. Les obligations adossées à des montres via Caption promettent 9 à 11 % annuels, tandis que les supercars via Collectionneurs ciblent 15 % par an sur cinq ans.
L’AMF souligne plusieurs risques : illiquidité (difficulté à revendre), volatilité sectorielle (ex. : le whisky rare a chuté de 10,9 % en 2025), et perte en capital. Il existe aussi un risque juridique lié au véhicule d’investissement choisi (obligation, nue-propriété, tokenisation, etc.) et un risque de faillite des plateformes, comme l’a montré la chute d’un fonds écossais en whisky en 2025. Enfin, ces placements ne doivent pas dépasser 10 à 15 % du patrimoine et doivent être évités pour des fonds à court terme.