Près de 8 000 Français vivent désormais à l’année en Grèce, selon Franceinfo - Culture. Parmi eux, certains ont choisi les îles des Cyclades, comme Paros, pour y reconstruire leur vie professionnelle et familiale. Entre reconversion professionnelle, cadre de vie idyllique et solidarité entre expatriés, leur quotidien tranche radicalement avec celui qu’ils menaient en France métropolitaine.

Ce qu'il faut retenir

  • 8 000 Français vivent en Grèce à l’année, dont une partie dans les Cyclades, selon Franceinfo - Culture.
  • Axel Brizard, ancien cuisinier parisien, est devenu propriétaire d’un restaurant à Paros après plus de sept ans sur place.
  • Nicolas Bourget et Marie, un couple d’instituteurs et restaurateurs nantais, se sont lancés dans la viticulture sur l’île en 2021.
  • Leur motivation ? Un cadre de vie « exceptionnel » et un rythme de vie moins effréné qu’en France.

Des Français en quête d’un nouveau départ

Sur le port de Naoussa, à Paros, Axel Brizard incarne cette nouvelle génération de Français installés dans les Cyclades. Originaire de Bretagne, ce cuisinier de 34 ans a quitté Paris il y a sept ans pour ouvrir son propre établissement, le « Mediterraneo Paros ». « J’étais à Paris, j’essayais de travailler avec des producteurs avec le moins d’intermédiaires pour avoir le poisson plus frais, mais c’est vrai que c’est compliqué, et ça a un prix aussi. Ici, c’est plus accessible, et ça a du sens. On est ici, au bord de la mer, il y a les pêcheurs, on prend ce qu’il y a sur place », a-t-il expliqué à Franceinfo - Culture. Son choix de vie, motivé par une rencontre avec une Grecque et un besoin de ralentir, lui permet désormais de proposer des plats préparés avec des produits locaux, souvent pêchés quelques heures plus tôt.

« On a un cadre de vie qui est assez exceptionnel », se réjouit-il. Le restaurant, situé en bord de mer, attire une clientèle majoritairement francophone. « C’est très agréable de se faire servir dans un restaurant en français », confie une cliente de passage. Un détail qui rappelle que, malgré la distance, la France reste proche dans le quotidien de ces expatriés.

La viticulture, une reconversion audacieuse

À quelques kilomètres de là, Nicolas Bourget et sa compagne Marie, tous deux originaires de Nantes, ont troqué leur vie d’instituteurs et de restaurateurs contre celle de vignerons. Leur projet ? Cultiver un domaine viticole sur l’île de Paros, une aventure qui a débuté en plein cœur de la pandémie. « En juin, on a vendu le restaurant, en juillet, la maison et en août, la voiture », raconte Marie. Un choix radical, motivé par l’envie de donner un sens à leur vie et de profiter d’un cadre de vie « super » avec « la vue, la vie, les choses comme ça ».

Leur domaine, Myrsini, s’étend sur un hectare où ils cultivent plusieurs cépages, dont le vin « Amos », un blanc issu d’un sol sablonneux. « Ce vin date de 2024, tous les raisins ont été récoltés juste devant vous. Il s’appelle Amos, ça veut dire sable parce qu’il vient d’un sol sablonneux », explique Marie aux visiteurs. Leur parcours, partant de zéro, illustre la diversité des profils attirés par ce mode de vie : instituteurs, cuisiniers ou cadres en reconversion, tous y trouvent une forme de liberté.

Une solidarité entre expatriés

Sur place, les Français forment une communauté soudée. Entre deux verres de vin ou des plats servis en français, les échanges entre néo-insulaires sont fréquents. « Je me rappelle que tu avais commencé la saison et que le vin n’était pas encore étiqueté. Et donc, moi aussi, tu étais notre premier client », se souvient Nicolas Bourget, en s’adressant à Axel Brizard. « Entre Français, c’est le petit soutien local », glisse ce dernier. Une entraide qui facilite l’intégration et permet de surmonter les défis liés à la vie sur une île.

Pour ces expatriés, le temps n’a plus la même valeur. « On a plus le temps de vivre un peu comme tout le monde, finalement. Donc j’avoue, je ne reverrai pas avoir un rythme en coupure comme on avait en France », admet Nicolas. Même si la France reste dans leur cœur, leur quotidien est désormais rythmé par les saisons, les marées et le soleil grec.

Un phénomène qui dépasse les frontières

Leur histoire n’est pas isolée. Selon Franceinfo - Culture, plus de 8 000 Français vivent aujourd’hui en Grèce à l’année, un chiffre qui reflète une tendance plus large d’expatriation vers des destinations ensoleillées et moins coûteuses. À Paros, l’île attire particulièrement pour son climat méditerranéen, ses paysages préservés et son coût de la vie moins élevé qu’en France. Les prix de l’immobilier, bien que en hausse ces dernières années, restent accessibles pour des profils en reconversion ou des entrepreneurs souhaitant lancer une activité.

Les nouveaux arrivants s’installent souvent dans les villages de l’intérieur, loin des stations balnéaires surpeuplées en été. Leur présence dynamise l’économie locale, notamment dans les secteurs de la restauration, de l’agriculture et du tourisme. « On est très heureux d’avoir la vigne comme ça, qui symbolise aussi un petit peu notre enracinement ici », confie Nicolas Bourget, soulignant l’attachement croissant de sa famille à cette terre d’adoption.

Et maintenant ?

Alors que le nombre d’expatriés français dans les Cyclades continue de croître, les défis restent nombreux. L’accès à la propriété, la gestion des ressources en eau ou encore l’intégration des nouveaux arrivants dans la vie locale pourraient devenir des sujets de débat. Par ailleurs, les autorités grecques pourraient renforcer les réglementations pour encadrer cette migration, notamment en matière de fiscalité et d’urbanisme. Pour l’heure, ces Français semblent déterminés à poursuivre leur expérience, quitte à laisser derrière eux une partie de leur vie d’avant.

L’attrait pour ces îles, où le temps s’écoule différemment, interroge : jusqu’où cette tendance peut-elle aller ? Et dans quelle mesure ces néo-insulaires parviendront-ils à concilier leur rêve méditerranéen avec les réalités d’une vie loin de leur pays d’origine ? Autant de questions qui pourraient façonner l’avenir des Cyclades dans les années à venir.

Pour s’installer à l’année dans les Cyclades, il faut généralement obtenir un titre de séjour valable un an, renouvelable sous conditions. Les démarches incluent la preuve de ressources financières suffisantes, une assurance santé et, pour les travailleurs indépendants, l’enregistrement auprès des autorités locales. Certains choisissent aussi de créer une entreprise sur place.

Le coût de la vie dans les Cyclades est généralement moins élevé qu’en région parisienne ou dans les grandes villes françaises, notamment pour l’immobilier et les produits locaux. Cependant, les prix peuvent varier fortement selon les îles et la saison. Les loyers et les prix des terrains ont augmenté ces dernières années en raison de l’afflux d’expatriés et de touristes.