Près de 30 % des Français ont consommé une eau du robinet contaminée par des pesticides ou des composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS) entre 2021 et 2024, selon Reporterre. Ces substances, issues des activités industrielles ou agricoles, dépassent désormais les seuils maximaux autorisés par les réglementations européennes. Face à cette situation, les pouvoirs publics estiment que le coût de la dépollution pourrait atteindre 5,7 milliards d’euros.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2024, 29 % de la population française a été exposée à une eau potable contaminée par des pesticides ou des PFAS, selon Reporterre.
  • Ces polluants dépassent les limites de qualité européennes, posant un risque pour la santé publique.
  • Le ministère de la Transition écologique évalue à 5,7 milliards d’euros le coût de la dépollution des eaux destinées à la consommation humaine.
  • En septembre 2025, Monique Barbut, alors ministre de la Transition écologique, a commandé une étude sur les solutions de traitement.

Une contamination généralisée des ressources en eau

Les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) en France sont exposées à une multitude de polluants d’origine industrielle, agricole ou domestique. Parmi les substances les plus préoccupantes figurent les PFAS, des composés chimiques persistants utilisés dans la fabrication de produits antiadhésifs, d’emballages alimentaires ou de mousses anti-incendie. « Ces molécules sont qualifiées de “polluants éternels” en raison de leur résistance à la dégradation naturelle », précise Reporterre.

Selon les dernières données disponibles, les pesticides et les PFAS ne sont pas les seuls en cause. Les nitrates, les métaux lourds ou encore les résidus médicamenteux contribuent également à dégrader la qualité de l’eau distribuée. En 2024, 29 % des Français ont été concernés par des dépassements des seuils réglementaires, un chiffre qui pourrait encore s’aggraver avec l’amélioration des méthodes de détection.

Un coût colossal pour assainir les réseaux

Face à l’ampleur de la pollution, le gouvernement français a évalué les besoins financiers pour épurer les réseaux d’eau potable. Les chiffres avancés par le ministère de la Transition écologique, obtenus par Reporterre, s’élèvent à 5,7 milliards d’euros. Ce montant inclut les investissements nécessaires pour moderniser les stations de traitement, remplacer les canalisations contaminées et mettre en place des systèmes de filtration performants.

Pour mettre ce chiffre en perspective, cela représente plus de 80 euros par habitant sur dix ans, un budget qui soulève des questions sur sa répartition entre l’État, les collectivités locales et les consommateurs. « La dépollution des eaux est un impératif sanitaire, mais son financement reste un défi de taille », a souligné une source proche du dossier.

Des actions en cours, mais des délais encore incertains

Dès septembre 2025, Monique Barbut, alors ministre de la Transition écologique, avait commandé une étude pour identifier les zones les plus touchées et proposer des solutions adaptées. Parmi les pistes envisagées figurent l’installation de filtres à charbon actif, déjà déployés dans certaines régions, ou le recours à des technologies de traitement par osmose inverse. Ces méthodes permettent d’éliminer jusqu’à 99 % des PFAS, mais leur coût reste prohibitif pour de nombreuses communes.

Un rapport parlementaire, attendu pour fin 2026, devrait détailler les priorités d’action et les modalités de financement. Pour l’heure, les associations environnementales réclament un plan national ambitieux, avec des échéances claires et un suivi rigoureux des progrès.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser les engagements pris. Le rapport parlementaire prévu à la fin de l’année 2026 devrait préciser les modalités de financement et les échéances pour les travaux. D’ici 2028, les premières stations pilotes pourraient être mises en service, mais leur généralisation prendra plusieurs années. En parallèle, les agences régionales de santé (ARS) devraient renforcer les contrôles pour identifier les foyers de contamination les plus critiques.

Reste à voir si les moyens alloués seront à la hauteur des enjeux. Pour les associations, une mobilisation accrue des industriels et une meilleure régulation des substances chimiques s’imposent. « Sans une action coordonnée, des millions de Français continueront à boire une eau potentiellement nocive », avertit une experte interrogée par Reporterre.