Le président polonais Karol Nawrocki a annoncé, vendredi 28 mai 2026, vouloir proposer au Parlement de Varsovie le retrait de l’ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction nationale, à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. Cette initiative fait suite à la décision de ce dernier de nommer une unité militaire ukrainienne en hommage à l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne), une organisation nationaliste controversée accusée de massacres de civils polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • Karol Nawrocki, président polonais d’orientation nationaliste, propose de retirer à Volodymyr Zelensky l’ordre de l’Aigle blanc, la plus haute décoration polonaise.
  • Cette demande intervient après que Zelensky a nommé une unité militaire ukrainienne en hommage à l’UPA, une organisation nationaliste ukrainienne.
  • L’UPA est accusée d’avoir participé à des massacres de Polonais entre 1943 et 1944, notamment dans la région de Volhynie et de Galicie orientale.
  • Nawrocki s’est dit « indigné » par cette décision, selon ses déclarations à la presse.
  • La proposition doit encore être examinée par le Parlement polonais avant une éventuelle adoption.

Une décision symbolique aux relents historiques

Le président polonais Karol Nawrocki a justifié sa proposition en invoquant le « caractère inacceptable » de la décision ukrainienne. « Je suis indigné par le fait que le président ukrainien ait honoré une unité militaire du nom d’une organisation responsable de crimes contre des Polonais », a-t-il déclaré à la presse. Selon lui, cette nomination équivaut à une « glorification indirecte » de l’UPA, une organisation nationaliste ukrainienne dont les actions, durant le conflit mondial, restent un sujet de tensions mémorielles entre les deux pays.

L’UPA, active entre 1942 et 1956, est notamment connue pour ses opérations contre les forces allemandes, mais aussi pour des exactions commises à l’encontre de populations civiles polonaises, comme les massacres de Volhynie en 1943, où des dizaines de milliers de Polonais ont été tués. Ces événements, qualifiés de « nettoyage ethnique » par certains historiens, ont profondément marqué les relations polono-ukrainiennes et restent un sujet sensible dans le débat public des deux pays.

Un contexte diplomatique déjà tendu

La proposition de Nawrocki s’inscrit dans un contexte où les relations polono-ukrainiennes, bien que globalement solides sur le plan stratégique en raison du conflit russe, sont régulièrement émaillées de tensions mémorielles. Varsovie soutient activement Kiev dans sa résistance à l’invasion russe, mais les questions historiques continuent de peser sur les échanges bilatéraux. Dès 2023, des responsables polonais avaient déjà exprimé leur mécontentement face à des commémorations ukrainiennes rendant hommage à des figures controversées de l’UPA.

Karol Nawrocki, élu en octobre 2025 à la tête de l’État polonais avec un discours résolument nationaliste, a souvent mis en avant la nécessité de défendre la « vérité historique » polonaise. Son parti, proche des milieux conservateurs et souverainistes, a fait de la lutte contre les « réécritures de l’histoire » un axe central de sa politique étrangère. « La Pologne ne peut accepter que des criminels de guerre soient présentés comme des héros », a-t-il affirmé, sans pour autant remettre en cause le soutien militaire à l’Ukraine face à la Russie.

Une procédure parlementaire qui s’annonce complexe

La proposition de retrait de l’ordre de l’Aigle blanc, qui doit être adoptée par le Parlement polonais (la Diète), pourrait rencontrer des obstacles. Si la majorité nationaliste au pouvoir est favorable à cette mesure, l’opposition libérale et pro-européenne pourrait s’y opposer, au nom du maintien des relations avec Kiev. Le président Nawrocki, dont les prérogatives en matière de politique étrangère sont limitées, devra composer avec ce rapport de force politique.

Rappelons que l’ordre de l’Aigle blanc, créé en 1705 et restauré en 1921, est traditionnellement décerné aux chefs d’État étrangers pour services rendus à la Pologne. Son retrait serait donc un geste politique fort, bien que symbolique, puisque cette distinction n’a pas de valeur contraignante sur le plan juridique. Aucun précédent n’existe à ce jour pour un retrait de cette décoration en temps de paix.

Et maintenant ?

La proposition de Karol Nawrocki doit désormais être examinée par la Diète polonaise, où elle pourrait être débattue dans les prochaines semaines. Si elle est adoptée en première lecture, le processus législatif pourrait s’étendre sur plusieurs mois, le temps que les différents groupes parlementaires s’accordent. Dans l’immédiat, aucune réaction officielle n’a été enregistrée du côté ukrainien, où Volodymyr Zelensky n’a pas encore réagi publiquement à cette annonce.

Cette affaire illustre une fois encore les défis mémoriels qui persistent en Europe de l’Est, malgré les alliances stratégiques forgées face à l’aggression russe. Pour Varsovie, la défense de la « mémoire polonaise » semble primer sur les considérations diplomatiques immédiates, même si le risque d’un refroidissement des relations avec Kiev n’est pas exclu. Quant à l’Ukraine, elle devra probablement gérer cette crise symbolique tout en maintenant son front commun avec ses alliés européens dans la guerre contre Moscou.

Reste à voir si cette proposition, pour l’heure limitée à un geste politique, pourrait avoir des répercussions concrètes sur les relations bilatérales ou si elle restera sans suite au-delà de l’effet d’annonce.

L’ordre de l’Aigle blanc est la plus haute distinction honorifique polonaise, créée au début du XVIIIe siècle et restaurée en 1921. Il est traditionnellement décerné aux chefs d’État étrangers pour services rendus à la Pologne. Son retrait, bien que symbolique, serait un geste politique fort, car il n’existe aucun précédent de privation de cette décoration en temps de paix. Il s’agirait donc d’un message clair adressé à Volodymyr Zelensky, sans conséquence juridique ou pénale.