« Elle produit l’électricité qui éclaire cette villa, et une grande partie de l’énergie nécessaire ici provient directement de l’installation sur le toit », a déclaré Gabriel Zuchtriegel, directeur du parc archéologique de Pompéi. Selon Euronews FR, cette solution consiste en des panneaux solaires imitant à la perfection les tuiles romaines anciennes, préservant ainsi l’esthétique des sites patrimoniaux tout en favorisant la transition écologique.
Ce qu'il faut retenir
- À Pompéi, des panneaux photovoltaïques intégrés aux tuiles romaines éclairent la villa des Mystères, réduisant la dépendance au réseau électrique.
- À Évora (Portugal), 20 kWc de tuiles solaires semi-transparentes sont installés sur l’hôtel de ville, produisant de l’électricité pour l’autoconsommation.
- Ces technologies sont développées dans le cadre du projet européen POCITYF, visant à décarboner les villes historiques.
- Une entreprise italienne, Dyaqua, fabrique ces tuiles en résine contenant des cellules photovoltaïques, une innovation déjà testée dans plusieurs sites européens.
- Le projet POCITYF évalue aussi des auvents solaires dans les écoles d’Alkmaar (Pays-Bas) pour mesurer leur potentiel de réplication.
Une innovation discrète pour préserver l’héritage romain
Chaque année, des millions de visiteurs se pressent à Pompéi pour admirer ses fresques et ses vestiges archéologiques. Pourtant, rares sont ceux qui remarquent les panneaux solaires discrets installés sur le toit de la villa des Mystères. Gabriel Zuchtriegel explique que ces tuiles, semblables à s’y méprendre à des tuiles romaines anciennes, abritent en réalité de petits panneaux photovoltaïques.
« Vue de l’arrière, on découvre qu’il s’agit en réalité d’un petit panneau photovoltaïque », précise-t-il. Ces installations alimentent en électricité la villa et pourraient, à terme, être étendues à d’autres zones du parc archéologique situées en dehors du réseau électrique. Une solution qui allie respect du patrimoine et modernité énergétique.
Évora adopte des tuiles solaires pour concilier patrimoine mondial et durabilité
De l’autre côté de l’Europe, la ville portugaise d’Évora mise sur une technologie similaire. Depuis 1986, son centre historique est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, un statut qui impose une responsabilité particulière en matière de préservation. Humberto Queiroz, responsable de projet au centre de R&D d’EDP, détaille cette innovation : « Ce ne sont pas des tuiles ordinaires. Elles sont constituées d’un matériau époxy semi-transparent, avec des cellules solaires intégrées en leur centre, qui produisent l’électricité destinée à l’autoconsommation de ce bâtiment. »
Une surface totale de 20 kWc de tuiles photovoltaïques a été déployée sur le toit de l’hôtel de ville. Conçues pour s’intégrer harmonieusement à l’architecture locale, elles préservent le caractère patrimonial du site tout en produisant une énergie propre et renouvelable.
POCITYF : un projet européen pour décarboner les villes historiques
Nuno Bilo, coordinateur de projet européen à la municipalité d’Évora, souligne les enjeux : « Évora est une ville inscrite au patrimoine mondial et, comme la plupart des villes historiques en Europe, elle a la responsabilité de préserver son centre ancien. Mais elle ne peut pas rester figée dans le temps. » Il ajoute : « Nous devons aller de l’avant et trouver des solutions qui permettent aux villes historiques de relever l’un des plus grands défis actuels : la décarbonation. »
Le projet POCITYF (Positive Energy CITY Transformation Framework), financé par l’Union européenne, teste plusieurs innovations dans ce sens. Outre les tuiles solaires, des toitures vitrées intégrant des panneaux photovoltaïques et des auvents solaires installés dans les cours des écoles du centre historique font partie des solutions évaluées. Alkmaar, aux Pays-Bas, participe également à ce projet pour mesurer le potentiel de réplication de ces technologies à travers l’Europe.
Une fabrication artisanale pour une intégration parfaite
Derrière cette innovation se cache une petite entreprise familiale italienne, Dyaqua, basée dans le nord-est du pays. Matteo Quagliato, collaborateur de l’entreprise, explique le procédé de fabrication : « La tuile est fabriquée à partir d’un composé de résine qui constitue la première couche. Nous insérons ensuite les cellules photovoltaïques, déjà soudées entre elles, à l’intérieur. On ajoute une deuxième couche avec un mélange spécialement formulé avant de retirer le produit fini : une tuile en résine contenant les cellules photovoltaïques. »
Cette méthode permet de créer des tuiles esthétiquement identiques aux modèles traditionnels, tout en intégrant une fonction énergétique. Une avancée technologique qui ouvre la voie à une généralisation de ce type de solutions dans les sites patrimoniaux.
Vers une réplication à grande échelle ?
Pour Gabriel Zuchtriegel, l’expérience de Pompéi envoie un message clair : « Si cette technologie peut fonctionner ici, dans un endroit aussi délicat, aussi surveillé, aussi fragile et aussi vaste, alors elle peut fonctionner partout. » Cette affirmation résume l’ambition de ces innovations : prouver que la transition énergétique et la préservation du patrimoine ne sont pas incompatibles.
Alors que les défis climatiques s’intensifient, des solutions comme celles déployées à Pompéi et Évora pourraient bien devenir des références. Leur succès dépendra cependant de leur capacité à être reproduites à moindre coût et à s’adapter aux spécificités de chaque site historique. Une chose est sûre : l’intégration discrète de panneaux solaires dans des matériaux traditionnels marque une étape importante dans la recherche d’un équilibre entre modernité et héritage.
Contrairement aux panneaux solaires classiques, ces tuiles photovoltaïques sont conçues pour imiter l’apparence des tuiles traditionnelles. À Pompéi, elles ressemblent à des tuiles romaines anciennes, tandis qu’à Évora, elles sont semi-transparentes et intégrées directement dans les matériaux de construction. Leur intégration discrète permet de préserver l’esthétique des sites patrimoniaux tout en produisant de l’énergie renouvelable.
Le coût de ces tuiles solaires reste plus élevé que celui des panneaux photovoltaïques classiques en raison de leur fabrication sur mesure et de leur intégration esthétique. Cependant, leur rentabilité dépend de plusieurs facteurs, dont la localisation, l’ensoleillement et les économies réalisées sur la facture d’électricité. Les projets comme POCITYF visent à évaluer leur viabilité économique à moyen terme.