Depuis plusieurs décennies, l’œuvre de J.R.R. Tolkien, et notamment Le Seigneur des anneaux, fascine autant les lecteurs que les autorités religieuses. Comme le rapporte Le Figaro, le pape Léon XIV a récemment fait référence à Gandalf, personnage central de la saga, dans son encyclique dédiée à l’intelligence artificielle. Une démarche qui n’est pas nouvelle : son prédécesseur, le pape François, avait déjà cité Tolkien lors de sa messe de Noël en 2023. Mais pourquoi cet auteur, mort en 1973, continue-t-il d’inspirer la hiérarchie catholique ?

Ce qu'il faut retenir

  • Le pape Léon XIV a cité Gandalf, personnage de Le Seigneur des anneaux, dans son encyclique sur l’intelligence artificielle.
  • Son prédécesseur, le pape François, avait déjà évoqué Tolkien en 2023 lors de la messe de Noël.
  • Selon le prêtre dominicain Philippe Verdin, Le Seigneur des anneaux est un roman « profondément catholique », inspiré des grands thèmes de la foi chrétienne.
  • Le livre, le plus vendu de l’histoire après la Bible, est souvent présenté comme un « mythe du XXe siècle ».
  • Tolkien lui-même avait affirmé que son œuvre s’inspirait de la Bible et des valeurs chrétiennes.

Un roman chrétien, selon son auteur

Pour le père Philippe Verdin, dominicain et auteur de Mon Précieux : Bonne nouvelle en Terre du Milieu (2019), l’attrait des papes pour Tolkien n’a rien d’étonnant. « Comme le disait lui-même Tolkien, il s’agit d’un ouvrage profondément catholique », explique-t-il dans les colonnes du Figaro. Le prêtre souligne que le génie de l’écrivain britannique a été de transposer les grands thèmes de la foi chrétienne dans un récit fantastique accessible à tous. « Le Seigneur des anneaux » n’est donc pas une simple aventure épique, mais une allégorie des valeurs spirituelles, où la lutte entre le bien et le mal, la quête du salut ou la rédemption occupent une place centrale.

Un mythe du XXe siècle devenu phénomène culturel

Publié entre 1954 et 1955, Le Seigneur des anneaux s’est imposé comme l’un des livres les plus lus de l’histoire, avec plus de 150 millions d’exemplaires écoulés dans le monde. Selon Philippe Verdin, ce succès s’explique aussi par son ancrage dans la tradition biblique et chrétienne, très présente dans la littérature anglo-saxonne. « C’est le roman le plus lu de l’histoire de l’humanité après la Bible », rappelle-t-il. Une popularité qui en fait un outil idéal pour transmettre des messages spirituels à un public large et diversifié.

D’ailleurs, le père Verdin précise que l’intérêt des papes pour Tolkien s’inscrit dans une logique plus large : « Si les papes citent Le Seigneur des anneaux, c’est parce que c’est le plus grand mythe du XXe siècle. Il s’agit du roman le plus lu de l’histoire de l’humanité. » Une dimension culturelle qui dépasse le cadre religieux, mais qui offre une porte d’entrée vers des réflexions plus profondes sur la condition humaine.

Tolkien, un pont entre la culture populaire et la spiritualité

L’engouement des autorités religieuses pour Tolkien ne se limite pas aux encycliques ou aux prêches. Dès les années 1960, des théologiens et des prêtres ont vu dans son œuvre une ressource précieuse pour illustrer des concepts chrétiens auprès des fidèles. Philippe Verdin, qui a consacré un essai à ce sujet, rappelle que Tolkien lui-même avait conçu son récit comme une « mythologie chrétienne ». « Il a su transformer par son art l’histoire de l’Église, des saints ou des sacrements », explique-t-il. Des thèmes comme la Providence, la résilience face au mal ou l’importance du sacrifice y sont abordés de manière subtile, sans tomber dans le moralisme.

« Tolkien a écrit un livre qui s’inspire des grands thèmes de la foi chrétienne. Son génie réside dans sa capacité à les rendre accessibles à travers une aventure épique. »
— Père Philippe Verdin

L’intelligence artificielle, nouveau terrain de dialogue

L’allusion à Gandalf dans l’encyclique sur l’IA n’est pas anodine. Le pape Léon XIV, comme son prédécesseur, semble voir dans l’œuvre de Tolkien une métaphore des défis contemporains. Gandalf, guide et protecteur, incarne une forme de sagesse face à des forces obscures et désordonnées – une allégorie qui peut s’appliquer aux enjeux éthiques posés par les avancées technologiques. Selon Philippe Verdin, cette référence vise à rappeler que « la technologie, si elle peut servir le bien commun, doit être encadrée par des valeurs humaines et spirituelles ».

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait consister en une réflexion plus poussée de l’Église sur la place de la technologie dans la société. Des initiatives comme des conférences ou des documents officiels pourraient être publiées d’ici la fin de l’année 2026 pour approfondir ce dialogue entre foi et innovation. Reste à voir si d’autres personnalités religieuses suivront cette voie tracée par les papes François et Léon XIV.

En intégrant Tolkien à ses discours, la hiérarchie catholique ne cherche pas seulement à séduire un public jeune ou familier de la culture populaire. Elle s’appuie sur un héritage littéraire pour rappeler que les grandes questions éthiques – qu’elles concernent l’IA, l’environnement ou la société – trouvent souvent leurs réponses dans des récits intemporels. Une stratégie qui, selon les observateurs, pourrait se renforcer dans les années à venir.

Gandalf incarne plusieurs vertus associées à la foi chrétienne : il est un guide spirituel, un protecteur face au mal, et un symbole de sacrifice et de résurrection. Son rôle rappelle celui du Christ ou des saints dans les récits traditionnels. Tolkien lui-même a confirmé que son personnage s’inspirait de figures comme le dieu nordique Odin, mais aussi de concepts chrétiens comme la Providence.

Oui, depuis plusieurs décennies, l’Église catholique a recours à la culture populaire pour toucher un public plus large. Des films comme Star Wars, des séries comme Harry Potter ou des œuvres comme celles de Tolkien ont été mobilisés pour illustrer des enseignements moraux ou spirituels. Cette approche vise à rendre les messages plus accessibles, notamment auprès des jeunes générations.