Depuis le début du mois d’avril 2026, les prix de l’essence aux États-Unis ont franchi un seuil symbolique : plus de 4 dollars le gallon, soit l’équivalent de 86 centimes d’euro le litre, selon les données compilées par BFM Business. Ce niveau, inédit depuis quatre ans outre-Atlantique, alimente un mécontentement croissant parmi les ménages américains. Pourtant, à ce tarif, le carburant reste deux fois moins cher qu’en France, où le litre dépasse désormais les 2 euros. Comment expliquer cette contradiction apparente ?
Ce qu'il faut retenir
- Le prix moyen de l’essence aux États-Unis s’élève à 86 centimes d’euro le litre en avril 2026, contre plus de 2 euros en France.
- Les taxes sur le carburant représentent moins de 16,5 % du prix final aux États-Unis, contre 50 à 60 % en Europe.
- Près de 69 % des Américains déclarent être très préoccupés par le coût de l’essence, selon une enquête relayée par Business Insider.
- Les recettes fiscales liées au carburant atteignent près de 95 milliards de dollars aux États-Unis, mais seulement 1,8 fois plus que dans un pays six fois plus peuplé.
- En France, les taxes sur l’essence rapportent près de 50 milliards d’euros par an à l’État et aux collectivités.
Une hausse récente qui crispe les ménages américains
Après avoir dépassé les 3 dollars le gallon en mars 2026, les prix de l’essence ont continué leur progression jusqu’à franchir la barre des 4 dollars. Un seuil psychologique qui a ravivé les tensions autour du pouvoir d’achat des Américains. BFM Business souligne que cette flambée intervient dans un contexte où la dépendance à la voiture reste très forte : les ménages parcourent en moyenne 21 000 km par an, contre 12 000 km en France, selon les chiffres officiels.
Les conséquences se font déjà sentir. Une étude menée par LendingTree révèle que 31 % des consommateurs ont déjà modifié leurs habitudes de dépenses pour faire face à cette hausse, tandis que 62 % anticipent un impact significatif sur leur situation financière dans les mois à venir. « Cette sensibilité accrue s’explique par le poids du carburant dans le budget des ménages, mais aussi par son caractère visible et quotidien », explique un économiste interrogé par BFM Business.
Des prix bas, mais une fiscalité radicalement différente
La différence de prix entre les deux rives de l’Atlantique s’explique avant tout par un écart abyssal en matière de fiscalité. Aux États-Unis, les taxes sur l’essence s’élèvent à 60 cents par gallon (soit 16,5 % du prix final), contre une fourchette de 50 à 60 % en Europe. La taxe fédérale américaine ne représente que 18,4 cents le gallon, soit l’équivalent de 5 centimes d’euro par litre. Le reste des taxes est prélevé par les États, avec de fortes disparités locales.
Cette approche, en place depuis la création du Highway Trust Fund en 1956 sous l’administration Eisenhower, repose sur le principe du « user pays » (« l’usager paye »). Les recettes sont principalement destinées à l’entretien des routes et des autoroutes, avec une part marginale allouée aux transports publics. « Cette logique explique pourquoi les taxes sur les carburants restent parmi les plus basses au monde », précise BFM Business.
L’Europe mise sur le carburant comme levier fiscal et écologique
À l’inverse, en Europe, le carburant est un outil central de la politique énergétique et fiscale. En France, les taxes (TVA, accises, taxes environnementales) représentent près de 50 milliards d’euros par an, faisant de l’essence une source majeure de revenus pour l’État et les collectivités. Depuis la flambée des prix en mars 2026, 170 millions d’euros de surplus de taxes ont été enregistrés, dont 80 millions reviennent à l’État. Le solde est réparti entre les collectivités territoriales et la Sécurité sociale, selon les précisions fournies par le ministère de l’Économie.
Cette différence de traitement se reflète dans les prix à la pompe. En Allemagne, un litre d’essence coûte en moyenne 2 euros, au Royaume-Uni 1,80 euro, et en Chine 1,20 euro. Aux États-Unis, malgré une consommation bien plus élevée, le litre reste à 98 centimes d’euro en moyenne, selon les dernières données disponibles au 20 avril 2026. BFM Business note que cette situation place les États-Unis parmi les pays où l’essence est la moins chère au monde, aux côtés de producteurs pétroliers comme l’Arabie Saoudite, où le litre coûte moins de 60 centimes.
La production américaine, un atout malgré tout secondaire
Si la puissance pétrolière des États-Unis joue un rôle dans la modération des prix, elle n’explique pas à elle seule l’écart avec l’Europe. Le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial de pétrole, dépassant largement son niveau des chocs pétroliers des années 1970. Cette autonomie lui permet d’amortir les crises internationales et de limiter l’impact des tensions géopolitiques sur les prix domestiques. Pourtant, d’autres grands producteurs, comme la Norvège, affichent des prix comparables à ceux de la France, prouvant que la production n’est pas le seul facteur déterminant.
« La fiscalité reste l’élément clé de cette différence », rappelle BFM Business. En effet, les États-Unis ne sont pas les seuls à produire massivement du pétrole : l’Arabie Saoudite, par exemple, vend son essence à moins de 60 centimes le litre, tandis que la Norvège, où les taxes sont élevées, affiche des prix similaires à ceux de l’Europe. « Le modèle américain montre que la production locale permet de limiter les coûts, mais c’est bien la structure fiscale qui fait la différence », conclut le média.
Si les prix américains restent bien inférieurs à ceux pratiqués en Europe, leur impact économique et psychologique est loin d’être négligeable. Aux États-Unis comme en Europe, le carburant reste un poste de dépense incontournable pour des millions de ménages, dont les alternatives à la voiture restent limitées. La moindre variation des prix à la pompe devient ainsi un marqueur direct du pouvoir d’achat, influençant autant le quotidien que les choix politiques.
Elles sont historiquement destinées à financer l’entretien des routes et des autoroutes via le Highway Trust Fund, créé en 1956. Le principe du « user pays » (« l’usager paye ») veut que ceux qui utilisent le réseau routier contribuent directement à son financement. Les taxes fédérales sont ainsi très faibles (18,4 cents le gallon), et les États peuvent ajouter leurs propres prélèvements, avec de fortes disparités locales.
Oui, mais de manière limitée. Les États-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole, ce qui leur permet d’amortir les crises internationales et de stabiliser les prix domestiques. Cependant, d’autres pays producteurs comme l’Arabie Saoudite ou la Russie maintiennent des prix bas sans pour autant afficher des taxes aussi faibles. La fiscalité reste donc le principal levier de différence avec l’Europe.