Au CHU de Rouen, comme dans de nombreux services de néonatalogie français, la prise en charge des nouveau-nés prématurés a connu des avancées significatives ces dernières années. Pourtant, selon Le Monde, cette amélioration des soins ne se traduit pas par une baisse des indicateurs de mortalité, bien au contraire.

Ce qu'il faut retenir

  • 30 000 naissances prématurées sont enregistrées chaque année en France, représentant 6 % des naissances totales
  • Les services de néonatalogie misent sur des soins favorisant le développement des prématurés et une implication accrue des parents
  • Malgré ces progrès, les taux de mortalité néonatale restent en hausse depuis trois ans
  • Les causes de cette dégradation font l'objet de débats parmi les spécialistes

Une prise en charge en constante évolution

Dans les unités de néonatalogie françaises, les pratiques ont évolué pour mieux accompagner les bébés nés trop tôt. Les équipes médicales privilégient désormais des approches favorisant le développement cérébral et physique des prématurés, comme le peau à peau systématique ou l’allaitement maternel encouragé dès que possible. À Rouen, comme dans d’autres CHU, les parents sont invités à participer activement aux soins, un changement de paradigme qui vise à améliorer les chances de survie des nouveau-nés.

Cette évolution s’inscrit dans une volonté nationale de réduire la mortalité et les séquelles à long terme. Pourtant, les chiffres récents contredisent ces efforts. « On a eu peur de perdre le bébé. Un jour ça allait, un jour ça n’allait plus », confie une mère, comme le rapporte Le Monde. Son témoignage illustre l’incertitude qui plane encore sur l’issue des grossesses à risque.

Des indicateurs de mortalité en hausse malgré les avancées

Malgré les progrès technologiques et les protocoles médicaux renforcés, les indicateurs de mortalité néonatale se dégradent depuis 2023. Selon les dernières données disponibles, le taux de mortalité des prématurés a augmenté de 4 % entre 2022 et 2025. Une tendance qui interroge les spécialistes, alors que les moyens alloués à la néonatologie n’ont cessé de croître.

Les causes de cette hausse restent mal comprises. Certains experts évoquent une augmentation des naissances extrêmement prématurées, tandis que d’autres pointent du doigt les conditions de travail des équipes soignantes, soumises à une pression croissante. « Les services sont saturés, et le manque de personnel aggrave la situation », a déclaré un médecin du CHU de Rouen, cité par Le Monde.

Les défis persistants de la prématurité en France

La prématurité reste l’une des premières causes de mortalité infantile en France. Chaque année, près de 2 500 enfants décèdent avant l’âge d’un an en raison de complications liées à une naissance prématurée. Ces chiffres placent la France dans une situation préoccupante par rapport à ses voisins européens, où la mortalité néonatale a tendance à diminuer.

Parmi les pistes explorées pour inverser cette tendance figurent le renforcement des effectifs dans les services de néonatalogie et l’amélioration des parcours de soins entre les maternités et les CHU. « Il faut mieux anticiper les risques et mieux organiser les transferts », a expliqué un néonatologiste interrogé par Le Monde.

Et maintenant ?

Les autorités sanitaires devraient annoncer d’ici la fin de l’année 2026 de nouvelles mesures pour renforcer la prise en charge des prématurés. Une réflexion est en cours sur l’ouverture de 10 nouvelles unités spécialisées d’ici 2028, afin de désengorger les services existants. Reste à voir si ces initiatives permettront de faire reculer la mortalité néonatale.

Pour les familles concernées, cette situation reste un sujet de préoccupation majeure. Les associations de parents d’enfants prématurés appellent à une mobilisation accrue des pouvoirs publics, tout en saluant les progrès réalisés dans les soins. « Les équipes font de leur mieux, mais nous avons besoin de plus de moyens », a souligné une porte-parole de l’association SOS Préma.

Les experts évoquent plusieurs facteurs : une augmentation des naissances extrêmement prématurées, la saturation des services de néonatalogie et les difficultés de recrutement de personnel soignant. Certains soulignent aussi l’impact des conditions socio-économiques défavorables sur la santé des nouveau-nés.