Depuis deux ans, les patients atteints de la maladie du foie gras métabolique, ou MASH, disposent d’une option thérapeutique inédite aux États-Unis. Selon nos confrères de Top Santé, le resmétirom, premier médicament ciblé autorisé contre cette pathologie, suscite un espoir croissant quant à sa capacité à inverser les lésions hépatiques. En France, où son accès reste strictement encadré, les malades et les professionnels de santé attendent désormais des réponses concrètes sur son efficacité et son déploiement.
Ce qu'il faut retenir
- Autorisé depuis 2024 aux États-Unis, le resmétirom est le premier traitement ciblé contre la MASH (Metabolic Dysfunction-Associated Steatohepatitis).
- Ce médicament agit en ciblant spécifiquement les mécanismes inflammatoires et fibrosants du foie gras métabolique.
- Les études préliminaires suggèrent une inversion partielle des lésions, notamment une réduction de la fibrose hépatique.
- En France, son accès est très encadré, limitant pour l’instant son utilisation aux cas les plus sévères sous surveillance hospitalière.
- Les patients et les gastro-entérologues espèrent une extension progressive des indications, sous réserve des évaluations en cours.
Une avancée thérapeutique majeure dans le traitement de la MASH
Approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) en mars 2024, le resmétirom représente une percée significative dans la prise en charge de la MASH, une forme avancée de la stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD). Cette maladie, souvent asymptomatique dans ses premiers stades, touche près de 25 % de la population mondiale, avec une prévalence en forte hausse en raison de l’épidémie d’obésité et de diabète de type 2. « Le resmétirom cible directement les voies métaboliques et inflammatoires impliquées dans la progression de la MASH », explique le Dr Jean-Michel Pawlotsky, hépatologue à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, cité par Top Santé.
Contrairement aux approches précédentes, qui se limitaient à la gestion des facteurs de risque (diabète, surpoids), ce médicament agit sur la cause même de la maladie. Les essais cliniques, publiés dans des revues spécialisées, montrent une réduction moyenne de 20 % de la fibrose hépatique après 52 semaines de traitement. « Ces résultats sont encourageants, même s’ils ne concernent qu’une partie des patients », tempère le spécialiste. Autant dire que l’optimisme reste mesuré, mais réel.
En France, un accès restreint qui frustre les patients
Si les États-Unis ont ouvert la voie, l’Europe suit avec prudence. En France, le resmétirom n’est disponible que dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU), réservée aux cas les plus graves. « Nous avons quelques patients traités, mais les critères d’éligibilité sont très stricts », confie le Dr Pawlotsky. Les médecins doivent justifier d’une fibrose hépatique avancée (stade F3 ou F4) et d’une résistance aux traitements conventionnels. Bref, les malades en stade précoce n’ont pour l’instant aucune solution médicamenteuse.
Cette situation crée une frustration chez les associations de patients, comme la Association Française pour l’Étude du Foie (AFEF). « Nous plaidons pour un accès élargi, car beaucoup de patients voient leur état se dégrader faute de traitement adapté », alerte sa présidente, le Dr Sophie Métivier. Selon elle, la France accuse un retard par rapport à ses voisins européens, où des négociations sont en cours pour une commercialisation plus large. « Le processus d’évaluation est long, mais nécessaire pour garantir la sécurité des patients », rappelle-t-elle.
Quelles perspectives pour les prochains mois ?
Plusieurs pistes pourraient accélérer l’accès au resmétirom en France. D’abord, l’Agence européenne du médicament (EMA) doit rendre son avis d’ici la fin de l’année 2026, ce qui pourrait débloquer une autorisation de mise sur le marché (AMM) au niveau européen. Ensuite, les résultats définitifs des essais cliniques en cours, attendus pour 2027, pourraient renforcer les arguments en faveur d’une extension des indications. « Si les données confirment un bénéfice à long terme, les autorités sanitaires pourraient revoir leur position », estime un expert sous couvert d’anonymat.
Parallèlement, des alternatives thérapeutiques sont en développement. Une dizaine de molécules, ciblant d’autres voies métaboliques, sont en phase avancée d’essais cliniques. « Le resmétirom n’est probablement qu’une première étape », souligne le Dr Métivier. Reste à savoir si ces nouveaux traitements, s’ils aboutissent, bénéficieront d’un accès plus rapide que leur prédécesseur.
Avec près de 10 millions de personnes concernées en France et un coût social et économique élevé, cette maladie représente un enjeu de santé publique majeur. Le resmétirom, en ouvrant la voie à une médecine plus ciblée, pourrait bien marquer un tournant. Reste à savoir si les systèmes de santé suivront à temps.
Non. Les essais cliniques montrent une efficacité variable selon le stade de la maladie. Les patients présentant une fibrose avancée (F3-F4) semblent mieux répondre au traitement. Pour les stades précoces (F1-F2), les données restent limitées.
Si l’EMA donne un avis favorable d’ici fin 2026, une AMM européenne pourrait être accordée en 2027. La HAS devra ensuite évaluer son remboursement, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois supplémentaires.