Alors que s’ouvre aujourd’hui l’assemblée générale annuelle du Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), un organe indépendant placé auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les alertes se multiplient sur l’incapacité persistante des États à se prémunir efficacement contre les prochaines crises sanitaires. Selon Libération, le GPMB, qui évalue chaque année l’état de préparation mondiale aux épidémies, souligne dans son dernier rapport une stagnation, voire un recul, des dispositifs de protection collective face aux menaces infectieuses.
Ce qu'il faut retenir
- Le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), organe indépendant lié à l’OMS, alerte sur l’insuffisance des préparations des États face aux prochaines pandémies.
- L’assemblée générale annuelle du GPMB s’ouvre aujourd’hui, mettant en lumière les lacunes structurelles des systèmes de santé publique.
- Le dernier rapport du GPMB indique une absence de progrès significatifs depuis plusieurs années dans la lutte contre les risques pandémiques.
- Les États peinent à renforcer leurs infrastructures sanitaires et leurs mécanismes de coordination internationale.
Un bilan alarmant malgré les leçons du Covid-19
Trois ans après l’émergence de la pandémie de Covid-19, qui a révélé les failles des systèmes de santé mondiaux, les conclusions du GPMB sont sans appel : le monde n’est pas mieux protégé, malgré des milliards d’euros investis et des promesses répétées de réformes. Comme le rapporte Libération, l’organe souligne que moins de 5 % des 194 États membres de l’OMS disposent désormais de plans nationaux de préparation aux pandémies jugés « complets et opérationnels » — un chiffre quasi stable depuis 2023. « Nous avons échoué à transformer les leçons du Covid-19 en actions concrètes », a déploré Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, cité par le rapport.
Les raisons de cette impasse sont multiples : désengagement politique, manque de financement durable, et surtout, une vision à court terme des dirigeants. Le GPMB pointe également du doigt l’absence de mécanismes de réponse rapide transfrontaliers, alors que les risques de zoonoses — transmission d’agents pathogènes de l’animal à l’homme — ne cessent de croître avec la déforestation et la mondialisation des échanges.
Les lacunes structurelles pointées du doigt
Parmi les faiblesses les plus criantes, le rapport met en avant l’insuffisance des stocks stratégiques de matériel médical (masques, respirateurs, tests) dans de nombreux pays, y compris en Europe. En France, par exemple, seulement 30 % des besoins en équipements de protection individuelle avaient pu être couverts lors de la première vague en 2020, un ratio qui n’a que marginalement progressé depuis. Le GPMB rappelle que 13 % des pays membres de l’OMS ne disposent même pas de laboratoires capables de détecter des pathogènes émergents en moins de 48 heures — un seuil minimal pour une riposte efficace.
Autre faille majeure : la coordination internationale. Le système actuel, basé sur des alertes tardives et des décisions souveraines des États, a montré ses limites avec le Covid-19. Le GPMB plaide pour la création d’un fonds mondial dédié à la préparation aux pandémies, doté d’au moins 10 milliards de dollars par an, mais ce projet peine à trouver un consensus parmi les grandes puissances. « Sans une gouvernance mondiale renforcée, nous courons droit vers la prochaine catastrophe », a averti Elhadj As Sy, co-président du GPMB et ancien secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge.
Reste à savoir si ces initiatives suffiront à briser le cycle des promesses non tenues. Pour le GPMB, une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option. « Si nous n’agissons pas maintenant, la prochaine pandémie sera encore plus meurtrière que la précédente », conclut le rapport.
Le GPMB recommande trois axes principaux : la création d’un fonds mondial de préparation aux pandémies doté d’au moins 10 milliards de dollars par an, le renforcement des laboratoires de détection rapide dans les pays vulnérables, et l’adoption d’un « indice de préparation » pour évaluer annuellement les progrès des États. Ces mesures visent à combler les lacunes structurelles mises en lumière par la pandémie de Covid-19.