La France comptait, à l’été 2026, plus de 2 300 enfants dormant dans la rue, selon le dernier baromètre publié conjointement par l’Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité. Ce chiffre, en progression constante, marque une hausse de 9 % par rapport à 2025 et de 42 % depuis 2022. Une situation d’autant plus préoccupante qu’elle survient quatre ans après la réaffirmation par le gouvernement d’un objectif ambitieux : « zéro enfant à la rue ».
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 2 300 enfants sont sans abri en France à l’été 2026, selon l’Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité.
- Ce chiffre a augmenté de 9 % par rapport à 2025 et de 42 % depuis 2022.
- Le gouvernement avait pourtant fixé en 2022 l’objectif de « zéro enfant à la rue ».
- Les associations dénoncent un échec des politiques publiques à endiguer cette crise.
Une dégradation continue malgré les engagements politiques
D’après nos confères du Monde – Éducation, cette hausse s’inscrit dans une tendance lourde. En quatre ans, le nombre d’enfants concernés est passé de 1 600 à plus de 2 300, soit une augmentation moyenne de 10 % par an. Pour les associations, cette situation reflète l’incapacité des pouvoirs publics à traduire leurs promesses en actions concrètes. « Les discours sur la protection de l’enfance ne suffisent plus. Il faut des moyens financiers et humains immédiats », a déclaré Marie-Rose Moro, présidente de l’Unicef France, lors de la présentation du baromètre.
Côté gouvernement, la réponse reste insuffisante aux yeux des observateurs. Malgré des plans comme le « Logement d’abord », lancé en 2023, les structures d’accueil d’urgence peinent à absorber l’afflux de familles en grande précarité. « On observe un décalage entre les annonces et la réalité des dispositifs sur le terrain », a souligné Christophe Robert, délégué général de la Fédération des acteurs de la solidarité. Les départements les plus touchés – Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France – concentrent à eux seuls 60 % des cas.
Des causes multiples et un système à bout de souffle
Les raisons de cette explosion du sans-abrisme infantile sont multiples. D’abord, la crise du logement, aggravée par la hausse des loyers et la pénurie de logements sociaux. Ensuite, l’inflation persistante, qui réduit le pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles. Enfin, le durcissement des critères d’accès aux aides sociales, qui exclut de plus en plus de familles des dispositifs existants.
— Autant dire que les dispositifs d’urgence, comme les nuitées hôtelières, sont saturés. En 2025, plus de 15 000 enfants ont été accueillis dans des hébergements précaires, un chiffre en hausse de 25 % sur un an. Les associations pointent aussi du doigt les délais d’attente pour l’attribution de logements sociaux, qui s’allongent dangereusement : plus de 18 mois en moyenne dans certaines villes.
Un enjeu de société qui dépasse le cadre de l’éducation
Au-delà des chiffres, cette crise interroge la capacité de la France à garantir les droits fondamentaux de ses enfants. Le droit à un logement décent, garanti par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), semble aujourd’hui bafoué pour des milliers de mineurs. Les conséquences sont multiples : décrochage scolaire, problèmes de santé, et surtout, une stigmatisation croissante des familles précaires.
Les experts s’accordent sur un point : sans une refonte profonde des politiques sociales et une augmentation significative des budgets dédiés, la situation continuera de se dégrader. Pour l’Unicef France, la priorité est claire : mettre fin aux nuitées à l’hôtel pour les enfants d’ici 2028, un objectif jugé réalisable… à condition d’agir sans délai.
D’après le baromètre de l’Unicef France et de la Fédération des acteurs de la solidarité, l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France concentrent à elles seules 60 % des cas d’enfants dormant dans la rue. Ces territoires, déjà sous tension sur le marché du logement, subissent une pression accrue en raison de l’afflux de travailleurs précaires et de familles en situation de grande précarité.