« Je ne prends plus les gens loin », confie une infirmière libérale du pays de Lorient, illustrant ainsi l’impact de la hausse des prix des carburants sur leur activité quotidienne. Selon Ouest France, ces professionnelles, qui parcourent jusqu’à 150 km par jour pour rendre visite à leurs patients, dénoncent un déséquilibre croissant entre leurs revenus et leurs dépenses.
Ce qu'il faut retenir
- 150 km par jour parcourus en moyenne par les infirmières libérales du pays de Lorient pour leurs tournées.
- Des trajets devenus financièrement insoutenables en raison de l’augmentation du prix du carburant.
- Des infirmières qui estiment être « les oubliées du carburant », sans compensation adaptée.
- Un secteur déjà fragilisé par des conditions de travail exigeantes et des tarifs de soins contraints.
- Un risque accru de réduction des visites à domicile, notamment pour les patients éloignés.
Des tournées de plus en plus coûteuses
Les infirmières libérales du pays de Lorient, comme leurs consœurs dans d’autres régions, dépendent largement de leur véhicule pour assurer leurs missions. « Avant, je pouvais me permettre de faire des allers-retours sur plusieurs communes sans trop réfléchir au coût, explique l’une d’elles. Aujourd’hui, avec le prix à la pompe, chaque trajet représente une dépense significative. » Selon les données disponibles, le litre de carburant a augmenté de près de 30 % en deux ans dans le Morbihan, une hausse qui pèse lourdement sur leur budget.
Un secteur sous tension
Le métier d’infirmière libérale est déjà exigeant : horaires décalés, charge mentale importante et responsabilité directe auprès des patients. « On est en première ligne, mais on n’est pas des oublieuses du système », souligne une professionnelle. Elle rappelle que leurs tarifs de consultation, fixés par l’Assurance maladie, n’ont pas évolué depuis des années. « On cumule les contraintes sans compensation. Le carburant, c’est juste le dernier clou dans le cercueil. » D’après les témoignages recueillis par Ouest France, certaines envisagent de limiter leurs déplacements ou de regrouper les visites pour économiser.
L’absence de mesures concrètes
Alors que le gouvernement a mis en place des aides ponctuelles pour les secteurs les plus touchés par la crise énergétique, les infirmières libérales n’ont bénéficié d’aucune mesure spécifique. « On a entendu parler de chèques énergie pour les ménages, mais rien pour nous, alors qu’on roule plus que le commun des mortels », déplore une infirmière. Une situation d’autant plus frustrante que leur activité est essentielle, notamment pour les personnes âgées ou à mobilité réduite qui ne peuvent se déplacer.
« Sans une prise en compte de notre situation, c’est toute la prise en charge à domicile qui est menacée. On risque de voir des patients se retrouver sans soins faute de moyens de transport. »
— Une infirmière libérale, anonymat demandé
Dans l’attente, certaines infirmières envisagent de mutualiser leurs trajets avec des collègues, une pratique déjà observée dans d’autres régions. Une solution temporaire qui ne résout pas le fond du problème, mais qui permet de tenir encore quelques mois.
Elles dépendent entièrement de leur véhicule pour se rendre chez leurs patients, souvent dispersés sur de vastes zones rurales ou périurbaines. Contrairement à d’autres professions, elles ne peuvent pas reporter leurs déplacements ou utiliser les transports en commun. Avec un prix du carburant en forte hausse et des tarifs de soins fixes depuis des années, leur équilibre financier est directement menacé.
