Depuis mardi 16 juin 2026, la cour d’appel de Versailles examine le cas de Marie-Thérèse Garcia, 79 ans, jugée pour le meurtre de son ex-belle-sœur, Corinne Di Dio, dont le corps démembré avait été retrouvé dans une malle métallique en 1995. L’accusée, incarcérée depuis 2023, clame son innocence et dénonce des conditions de détention qu’elle juge inhumaines pour une femme de son âge.

Selon BFM - Faits Divers, l’audience, prévue pour durer trois semaines, doit permettre d’établir si Marie-Thérèse Garcia, surnommée « Ma Dalton » en raison de son caractère autoritaire, est responsable de l’enlèvement, de la séquestration et du meurtre de Corinne Di Dio, disparue en juin 1995. Son co-accusé, Antonio Marquez-Gomez, ex-compagnon de la victime, est toujours recherché et ne devrait pas assister au procès, malgré un mandat d’arrêt international.

Ce qu'il faut retenir

  • Marie-Thérèse Garcia, 79 ans, est jugée à partir du 16 juin 2026 pour le meurtre de son ex-belle-sœur Corinne Di Dio, dont le corps démembré avait été retrouvé dans une malle métallique en 1995.
  • L’accusée, incarcérée depuis 2023, nie toute implication et dénonce des conditions de détention qu’elle juge incompatibles avec son âge et son état de santé.
  • Le corps de Corinne Di Dio, 37 ans, avait été découvert le 28 juin 1995 dans la Seine, au niveau de La Roquette (Eure), sa tête et ses mains restant introuvables.
  • Un ADN mitochondrial compatible avec celui de Marie-Thérèse Garcia ou d’une femme de sa lignée maternelle a été retrouvé sur les cheveux présents dans la malle.
  • L’accusée est également mise en cause dans l’affaire des disparitions de Kévin Trompat et Leslie Hoorelbeke en 2022, en raison de propos tenus lors d’un appel intercepté.
  • Le verdict est attendu pour le 3 juillet 2026.

Une affaire criminelle qui a traversé plus de trois décennies

Le 28 juin 1995, un pêcheur découvre une malle métallique flottant sur la Seine, dans l’Eure. À l’intérieur, les autorités retrouvent le corps démembré d’une femme. Seuls le torse, les jambes et un bras sont identifiables. La tête et les mains manquent à l’appel. L’enquête met plusieurs mois à identifier la victime : il s’agit de Corinne Di Dio, 37 ans, commerciale chez Bouygues dans les Yvelines.

Disparue depuis le 19 juin 1995, Corinne Di Dio avait quitté son bureau en déclarant se rendre à un rendez-vous « étrange ». Son compagnon de l’époque, Antonio Marquez-Gomez, avait signalé sa disparition quelques jours plus tard. Dès le début, les enquêteurs envisagent plusieurs pistes : fugue volontaire, suicide ou enlèvement, la victime fréquentant le milieu du grand banditisme.

Parmi les proches interrogés figure Marie-Thérèse Garcia, ex-belle-sœur de la victime. Celle-ci évoque une possible fugue, évoquant un divorce compliqué et des troubles du comportement chez Corinne Di Dio. À l’époque, elle présente les faits comme une disparition volontaire, sans exclure l’hypothèse d’un suicide. Antonio Marquez-Gomez, lui, assure que sa compagne avait l’habitude de disparaître ainsi et réapparaître « aussi subitement qu’elle était partie ».

Les témoignages qui ont relancé l’enquête en 2004

En 2004, neuf ans après les faits, une nouvelle piste émerge. Nancy H., fille de Marie-Thérèse Garcia, se présente aux autorités et affirme avoir entendu sa mère planifier le meurtre de Corinne Di Dio par téléphone avant sa disparition. Selon ses déclarations, Marie-Thérèse Garcia aurait convaincu sa victime de se rendre chez elle à Saint-Hilarion le jour de sa disparition. C’est là que Corinne Di Dio aurait été tuée dans le salon, avant que son corps ne soit transporté dans le garage pour y être démembré.

Un autre témoin, Francisco Marquez-Gomez, frère d’Antonio et ex-compagnon de Marie-Thérèse Garcia, confirme cette version. Il évoque un mobile : Marie-Thérèse Garcia aurait découvert que Corinne Di Dio avait eu une relation sexuelle avec lui des années auparavant. Il affirme avoir entendu l’accusée déclarer avoir « eu sa vengeance » et s’être « occupée de Corinne ».

Ces éléments poussent les enquêteurs à relancer l’enquête. Marie-Thérèse Garcia est placée en garde à vue, mais elle nie catégoriquement toute implication. « Je n’ai jamais touché à un cheveu de Corinne Di Dio. Tout cela n’est qu’une vengeance personnelle de ma fille, avec qui j’ai des rapports très difficiles », déclare-t-elle.

Les preuves matérielles et les zones d’ombre persistantes

En 2008, une perquisition est menée dans la maison de Marie-Thérèse Garcia. L’utilisation du Bluestar, un réactif chimique révélant des traces de sang même essuyées, met en évidence des traces suspectes dans la laverie et jusqu’à l’évier. Des prélèvements sont effectués, mais les analyses ne donnent aucun résultat exploitable. Un nouveau non-lieu est prononcé.

En 2023, l’affaire prend un tournant inattendu. Dans les Deux-Sèvres, le couple Kévin Trompat et Leslie Hoorelbeke disparaît en novembre 2022. Par un hasard troublant, Marie-Thérèse Garcia est la grande-tante de la jeune femme disparue. Lors d’un appel intercepté avec la belle-mère de Leslie, l’accusée aurait tenu des propos glaçants : « Il vaut mieux qu’ils les chopent avant qu’on sache qui c’est (...) parce que moi je vais leur emmener mais en morceaux, dans une valise. »

Ces déclarations, associées au mode opératoire (valise, morceaux de corps), rappellent étrangement l’affaire Di Dio. Marie-Thérèse Garcia est alors interpellée et placée en détention provisoire. Pour son avocate, Me Najwa El Haïté, ces mots ne constituent en rien un aveu. « Quand vous avez un proche qui disparaît, la colère froide peut parler. Marie-Thérèse Garcia a vécu avec cette affaire depuis 1995. Cela l’a marquée, mais cela ne fait pas d’elle une coupable », explique-t-elle à BFM - Faits Divers.

Les éléments à charge et les arguments de la défense

Malgré ses dénégations, Marie-Thérèse Garcia doit répondre du « meurtre » et de « l’enlèvement et la séquestration » de Corinne Di Dio. La justice retient notamment le témoignage de sa fille et celui de Francisco Marquez-Gomez. Un élément matériel interpelle également les enquêteurs : deux cheveux retrouvés dans la malle métallique en 1995. L’ADN mitochondrial correspond à celui de Marie-Thérèse Garcia ou d’une femme de sa lignée maternelle. Pour les avocats de la défense, cette preuve est « imparfaite ». « Il s’agit de deux cheveux, l’un châtain clair et l’autre châtain foncé. Or, sur les photos de Marie-Thérèse Garcia à l’époque, ses cheveux étaient noir corbeau », souligne Me Najwa El Haïté.

La défense avance une autre piste, peu exploitée par les enquêteurs : l’implication possible de Jean-Jacques Maurice, un braqueur notoire ayant entretenu une relation avec Corinne Di Dio avant qu’elle ne le dénonce à la police après un casse en 1981. Certains témoins évoquent une haine tenace du criminel envers la victime. « La manière dont Corinne Di Dio a été tuée rappelle les méthodes de la pègre : une tête et des mains manquantes. Ce ne sont pas les méthodes de Marie-Thérèse Garcia, qui n’a aucun antécédent judiciaire », insiste Me Najwa El Haïté.

Et maintenant ?

Le procès de Marie-Thérèse Garcia, initialement prévu pour durer dix jours, a été étalé sur trois semaines pour permettre un examen approfondi des éléments à charge et à décharge. Le verdict est attendu pour le 3 juillet 2026. En cas de condamnation, la septuagénaire, déjà incarcérée depuis trois ans, pourrait voir sa peine aggravée, notamment en raison de la gravité des faits et de son âge. La défense, de son côté, continue de plaider pour l’acquittement, évoquant un dossier « très à charge » et des investigations marquées par des biais. Reste à savoir si la cour d’appel de Versailles donnera raison à l’accusation ou à la défense.

Cette affaire, qui mêle vengeance supposée, milieu criminel et lacunes judiciaires, illustre les défis des enquêtes rétrospectives. Trente et un ans après les faits, la question de la preuve et de la présomption d’innocence reste au cœur du débat. Le procès de Marie-Thérèse Garcia pourrait, quoi qu’il advienne, apporter un éclairage définitif sur une des affaires les plus sordides de l’histoire judiciaire française récente.

Ce surnom lui a été attribué en raison de son caractère autoritaire et intransigeant, des traits de personnalité qui rappellent ceux du personnage de bande dessinée « Ma Dalton », la sœur du célèbre bandit.

Antonio Marquez-Gomez était le compagnon de Corinne Di Dio au moment de sa disparition en 1995. Il a été accusé des mêmes faits que Marie-Thérèse Garcia et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, mais il n’a jamais été retrouvé. Il a toujours nié toute implication dans la mort de son ex-compagne.