Jean-Marc Nicolle, ancien maire du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), comparaît à partir de ce 15 juin devant le tribunal correctionnel de Créteil. Il est jugé pour des faits présumés de corruption, trafic d’influence et détournement de fonds publics, liés à son addiction aux paris hippiques. Selon BFM - Faits Divers, l’enquête révèle qu’il aurait perçu des sommes importantes d’entreprises locales en échange de faveurs, puis utilisé cet argent pour financer son addiction.

Ce qu'il faut retenir

  • Jean-Marc Nicolle, 53 ans, est jugé à partir du 15 juin 2026 pour corruption, trafic d’influence et détournement présumé de fonds publics.
  • Il est soupçonné d’avoir détourné 240 000 euros de subventions via une association locale, Au sergent du Kremlin, pour financer ses paris hippiques.
  • Entre 2010 et 2017, il aurait effectué plus de 45 000 paris pour un montant total de 975 000 euros.
  • Mis en examen en mars 2018, il risque jusqu’à dix ans de prison et une amende d’un million d’euros.
  • Son mentor politique, Jean-Luc Laurent, a rompu tout lien avec lui après ces révélations.

Un parcours politique marqué par l’ascension et la chute

Jean-Marc Nicolle, entré en politique en 1988 aux côtés de Jean-Luc Laurent, a connu une carrière fulgurante. Devenu maire du Kremlin-Bicêtre en 2015 après avoir été premier adjoint, il occupait une place centrale dans la vie politique locale. Son mentor, député depuis 2012, lui avait confié la mairie pour se concentrer sur les élections législatives de 2017. Mais sa carrière s’est brutalement arrêtée en mai 2017, lorsque des perquisitions ont été menées à l’Hôtel de ville et à son domicile. Autant dire que la nouvelle est tombée en pleine campagne électorale, à trois semaines du premier tour des législatives.

À l’époque, l’opinion publique s’interrogeait sur d’éventuelles irrégularités financières à la mairie. Un rapport de la Cour des comptes publié le 31 mars 2017 avait pointé des manquements dans la gestion de la commune depuis 2009, notamment des achats de biens pour plusieurs millions d’euros sans appel d’offres. Pourtant, comme le précise BFM - Faits Divers, ce rapport n’avait aucun lien avec l’enquête du parquet de Créteil. C’est un signalement de Tracfin, reçu fin septembre 2016, qui a déclenché les investigations.

Une addiction aux paris hippiques financée par la corruption ?

Tracfin avait détecté des versements suspects de 240 000 euros versés par plusieurs entreprises liées à la commune. L’argent aurait servi à alimenter l’addiction de l’élu aux paris hippiques. Placé en garde à vue le 28 mars 2018, Jean-Marc Nicolle a été mis en examen deux jours plus tard. Les enquêteurs ont établi qu’entre 2010 et 2017, il avait joué plus de 45 000 fois pour un montant total de 975 000 euros.

Lors de son audition, il a admis ne pas avoir réalisé l’ampleur de ses dépenses. Il expliquera plus tard avoir joué de manière compulsive sur des plateformes en ligne, où les paris sont particulièrement addictifs en raison de leur rapidité. Pour se procurer des fonds, il aurait utilisé la trésorerie d’une association locale, Au sergent du Kremlin, spécialisée dans l’œnologie. Selon les enquêteurs, il aurait accordé des marchés publics à des entreprises en échange de subventions versées à cette association, dont il aurait détourné une partie pour financer ses jeux.

Une défense centrée sur la sphère privée

Dans une lettre ouverte adressée aux habitants du Kremlin-Bicêtre en avril 2018, Jean-Marc Nicolle a tenté de se justifier. « Chers concitoyens, je vous dois la vérité », écrivait-il avant de dénoncer une campagne de désinformation. Il affirmait que les faits qui lui étaient reprochés étaient « d’ordre strictement privé » et qu’il n’avait « pas utilisé un centime d’argent public ». Selon lui, les subventions versées par les entreprises à l’association étaient des parrainages légitimes, permettant aux sociétés de « valoriser leur image ».

Il assurait également être guéri de son addiction. Pourtant, son état de santé s’est rapidement dégradé. Hospitalisé quelques jours après sa mise en examen, il a subi un malaise. Son mentor, Jean-Luc Laurent, a réagi avec virulence, dénonçant une « trahison amicale, politique et éthique ». Le MRC (Mouvement républicain et citoyen), dont Laurent était alors président, a porté plainte contre Nicolle après avoir découvert que ce dernier avait perçu 64 500 euros de fonds du parti et de son centre de formation pour des contenus pédagogiques, ainsi que 4 500 euros de frais de restauration sans justificatifs.

Une fracture politique et une chute électorale

La relation entre les deux hommes, autrefois solide, s’est brisée. Lors des élections municipales de 2020, Jean-Luc Laurent s’est présenté contre Jean-Marc Nicolle et l’a battu de justesse. L’ancien maire, relégué au rang de simple conseiller municipal d’opposition, a quitté la vie politique locale. Aujourd’hui, il travaille pour un cabinet de conseil aux collectivités locales, mettant à profit son expertise en finances publiques.

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui, neuf ans après les premières investigations, intervient après une longue instruction. Un juge d’instruction a rendu en mars 2024 une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. Nicolle est poursuivi pour « abus de confiance, recel d’abus de confiance, escroquerie, favoritisme, corruption passive, trafic d’influence passif et blanchiment », pour des faits commis entre janvier et novembre 2017. Il encourt jusqu’à dix ans de prison et une amende d’un million d’euros.

Et maintenant ?

Ce procès devrait durer plusieurs jours, avec des auditions prévues pour établir les responsabilités de Jean-Marc Nicolle et de sa directrice de cabinet, également poursuivie. La ville du Kremlin-Bicêtre, partie civile, n’a pas encore réagi officiellement. L’issue du procès pourrait avoir des répercussions sur la perception de la probité des élus locaux, dans un contexte où les affaires de corruption alimentent régulièrement le débat public.

Me Vincent Brengarth, avocat de la fédération départementale du MRC, a réagi à cette affaire : « Ce dossier illustre de manière emblématique la confusion entretenue entre fonds personnels et fonds d’autrui, ainsi que le recours à des manœuvres frauduleuses. Au mépris notamment du MRC 94, dont l’image a été gravement affectée par de tels agissements, lesquels contribuent à discréditer l’action politique. »

Côté défense, l’avocat de Jean-Marc Nicolle n’a pas donné suite aux sollicitations de la presse. Quant à la ville du Kremlin-Bicêtre, elle n’a pas répondu aux demandes d’interview.

Jean-Marc Nicolle est poursuivi pour « abus de confiance, recel d’abus de confiance, escroquerie, favoritisme, corruption passive, trafic d’influence passif et blanchiment », pour des faits commis entre janvier et novembre 2017.