Quatorze proches des 170 victimes de l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989 ont été entendues lors du procès en appel du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, selon RFI. Parmi eux, des parents et conjoints des victimes de l’explosion de l’avion au-dessus du désert du Ténéré, en septembre 1989. Cet attentat, attribué à des agents libyens proches de Mouammar Kadhafi, avait déjà valu à Abdallah Senoussi, beau-frère du guide libyen, une condamnation à perpétuité en France.

Ce qu'il faut retenir

  • 14 proches des 170 victimes du DC-10 d’UTA, détruit en 1989, ont témoigné lors du procès en appel sur le financement libyen de la campagne de 2007.
  • L’attentat, attribué à des agents libyens, avait causé la mort des 170 passagers et membres d’équipage, dont une majorité de Français.
  • Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité pour son rôle dans l’attentat, aurait été une contrepartie envisagée en échange de fonds pour la campagne Sarkozy.
  • Le procès en appel examine les liens entre le régime de Kadhafi et le financement occulte de la campagne électorale de 2007.

Les parties civiles, représentées par leurs avocats, ont saisi cette audience pour rappeler l’impact dévastateur de l’attentat du DC-10 d’UTA. Selon les éléments du dossier, les 170 passagers, principalement des Français et des Africains, avaient péri dans l’explosion de l’avion, qui avait décollé de Brazzaville pour rejoindre Paris via N’Djamena. L’enquête avait rapidement pointé du doigt des agents libyens, agissant sous les ordres d’Abdallah Senoussi, alors responsable des services de renseignement du régime de Kadhafi. La justice française avait confirmé cette piste en condamnant Senoussi par contumace en 1999, puis en appel en 2001.

L’un des enjeux centraux de ce procès en appel réside dans les accusations de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Selon les investigations, des intermédiaires auraient proposé un pacte à l’équipe de campagne : en échange de fonds estimés à plusieurs millions d’euros, le régime de Kadhafi aurait obtenu une libération anticipée d’Abdallah Senoussi, emprisonné en Libye. Ce dernier, aujourd’hui âgé de 71 ans, purge toujours une peine de perpétuité en France, mais son sort judiciaire pourrait être réexaminé dans le cadre des négociations évoquées.

« Nous sommes là pour rappeler que derrière chaque chiffre, il y a une vie brisée, un deuil qui ne se referme pas. Ces familles méritent des réponses, pas des arrangements politiques », a déclaré l’un des avocats des parties civiles, sans citer de nom.

Les débats en appel s’annoncent tendus, les familles des victimes exigeant la vérité sur les éventuels échanges entre l’Élysée de l’époque et le régime de Kadhafi. Les proches des victimes rappellent que l’attentat de 1989 reste l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire de l’aviation civile française, avec un bilan humain sans équivalent dans les années 1980. Les enquêtes ultérieures, menées notamment par les juges antiterroristes français, avaient confirmé l’implication directe d’agents libyens dans la préparation de l’attentat.

Et maintenant ?

Les prochaines audiences du procès en appel devraient permettre d’entendre les représentants de l’accusation, ainsi que d’éventuels témoins clés liés aux négociations entre la France et la Libye dans les années 2000. Une décision pourrait intervenir d’ici la fin du printemps 2026, selon les observateurs. Par ailleurs, les parties civiles ont demandé la transmission du dossier à la Cour de justice de la République, estimant que des responsabilités politiques pourraient être engagées. Reste à voir si cette demande sera suivie d’effets.

Ce procès en appel s’inscrit dans une série d’audiences visant à faire la lumière sur les liens troubles entre certains cercles du pouvoir français et des régimes autoritaires au début des années 2000. Les familles des victimes, quant à elles, espèrent que cette procédure permettra enfin de solder un dossier judiciaire ouvert il y a plus de trente-cinq ans. Pour elles, l’enjeu n’est pas seulement financier, mais bien moral : obtenir une reconnaissance officielle des responsabilités dans cet attentat, quel qu’en soit le prix politique.

Abdallah Senoussi est le beau-frère de Mouammar Kadhafi et un haut dignitaire du régime libyen. Il a été condamné à perpétuité en France pour son rôle dans l’organisation de l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989, attribué à des agents libyens. Senoussi, qui purge toujours sa peine, aurait été au cœur des négociations visant à échanger sa libération contre un financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.