Le procès en destitution de Sara Duterte, vice-présidente des Philippines, s’est ouvert aujourd’hui devant le Sénat de Manille. Candidate potentielle à l’élection présidentielle de 2028, elle risque une inéligibilité à vie dans le cadre de cette procédure judiciaire, selon Le Monde. Les accusations portées à son encontre incluent des faits de malversations, de corruption et de menaces de mort envers le président en exercice, Ferdinand Marcos Jr.
Ce qu'il faut retenir
- Sara Duterte, vice-présidente des Philippines, est visée par un procès en destitution devant le Sénat.
- Elle encourt une inéligibilité à vie si les charges sont retenues.
- Les accusations portent sur des malversations, de la corruption et des menaces de mort contre le président Ferdinand Marcos Jr.
- Sara Duterte et Ferdinand Marcos Jr. figuraient sur le même ticket électoral lors de l’élection présidentielle de 2022.
- Cette procédure intervient alors qu’elle est considérée comme une figure majeure de l’opposition pour le scrutin de 2028.
Une procédure judiciaire aux implications politiques
Le procès s’ouvre dans un contexte politique tendu aux Philippines. Sara Duterte, fille de l’ancien président Rodrigo Duterte, a longtemps occupé le poste de maire de Davao avant de devenir vice-présidente en tandem avec Ferdinand Marcos Jr. lors des élections de 2022. Les accusations de malversations et de corruption visent notamment des contrats publics attribués pendant son mandat de maire, ainsi que des détournements présumés de fonds destinés à des projets sociaux. Les menaces de mort contre le président Marcos Jr., évoquées dans l’acte d’accusation, ajoutent une dimension explosive à ce dossier, autant dire que les tensions au sein de l’exécutif sont à leur comble.
Selon Le Monde, l’acte d’accusation précise que Sara Duterte aurait proféré ces menaces en 2023, après que Marcos Jr. eut limogé son allié proche, le secrétaire à la Défense, ce qui aurait été perçu comme une trahison par la vice-présidente. Les procureurs s’appuient sur des enregistrements audio et des témoignages pour étayer leurs accusations, tandis que ses avocats dénoncent une « instrumentalisation politique » de la justice.
Les chefs d’accusation et les risques encourus
Les charges retenues contre Sara Duterte s’articulent autour de trois axes principaux. D’abord, les malversations, avec des soupçons de détournement de fonds publics estimés à plusieurs millions de pesos philippins lors de la gestion de contrats municipaux à Davao. Ensuite, les faits de corruption, incluant des allégations de pots-de-vin versés à des fonctionnaires pour faciliter l’attribution de marchés publics. Enfin, les menaces de mort contre le président Marcos Jr., un chef d’accusation passible de peines pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité en vertu du droit pénal philippin.
Si la procédure aboutit à une condamnation, Sara Duterte s’exposerait non seulement à une peine de prison, mais aussi à une inéligibilité à vie, ce qui la priverait de facto de toute candidature aux prochaines élections présidentielles. Ses partisans, parmi lesquels figurent des membres de la famille Duterte, dénoncent une « chasse aux sorcières » orchestrée par l’administration Marcos Jr. pour écarter une rivale politique de premier plan.
Un enjeu politique qui dépasse le cadre judiciaire
Au-delà des aspects juridiques, ce procès s’inscrit dans une lutte d’influence entre les héritiers des deux grandes dynasties politiques philippines. D’un côté, la famille Marcos, revenue au pouvoir en 2022 après des décennies d’opposition, cherche à consolider son emprise sur l’État. De l’autre, les Duterte, bien que divisés depuis le départ de Rodrigo Duterte de la présidence, conservent une base électorale solide dans le sud du pays. Bref, cette affaire pourrait redéfinir les équilibres politiques à l’approche de 2028, où Sara Duterte est donnée favorite dans plusieurs sondages.
Pour l’heure, l’administration Marcos Jr. se refuse à tout commentaire direct sur l’affaire, invoquant l’indépendance de la justice. Pourtant, les observateurs politiques s’interrogent sur l’opportunité de cette procédure, alors que les tensions entre les deux camps ne cessent de s’aggraver. La suite des événements dépendra largement de la capacité des sénateurs à trancher en toute impartialité — un défi de taille dans un pays où la politique et la justice sont souvent intimement liées.
Les audiences doivent se poursuivre jusqu’à la mi-août au Sénat de Manille. Une condamnation nécessiterait une majorité des deux tiers des sénateurs. Sara Duterte a annoncé qu’elle ferait appel en cas de verdict défavorable.