Plus de cinquante ans après le dernier pas de l’homme sur la Lune, les États-Unis relancent leur ambition lunaire avec le programme Artemis, un projet international visant à y retourner durablement. Selon Franceinfo - Sciences, après le succès de la mission Artemis II en avril 2026, qui a emmené quatre astronautes autour de notre satellite naturel, la NASA a révisé son calendrier pour anticiper un alunissage habité dès 2028, au lieu de 2029 initialement prévu. Cette accélération s’inscrit dans un contexte de compétition spatiale accrue, notamment avec la Chine, dont les ambitions lunaires pourraient aboutir dès 2029, comme le souligne Olivier Sanguy, responsable des actualités spatiales à la Cité de l’Espace à Toulouse.
Ce qu'il faut retenir
- Artemis II, lancée le 7 avril 2026, a marqué le premier vol habité autour de la Lune depuis 1972, avec quatre astronautes à bord dont l’Européen Luca Parmitano.
- La mission Artemis III, initialement prévue pour 2027, est désormais considérée comme un test technique, à l’image d’Apollo 9, avant un alunissage en 2028.
- La Chine affiche des ambitions lunaires similaires, avec un possible alunissage habité en 2029, pour célébrer les 80 ans de la République populaire de Chine.
- Deux entreprises privées, SpaceX et Blue Origin, sont en compétition pour fournir l’atterrisseur lunaire, la NASA choisissant le premier disponible.
- L’Agence spatiale européenne participe activement au programme, avec un astronaute européen sélectionné pour Artemis III.
Artemis II : un succès historique avant une mission redéfinie
Le 7 avril 2026, en début de nuit, la mission Artemis II a marqué un jalon majeur du programme spatial américain. Quatre astronautes – trois Américains (Randolph Bresnik, Francisco Rubio et Andre Douglas) et un Européen (Luca Parmitano, de l’Agence spatiale européenne) – ont effectué un survol de la Lune, coupant toute communication avec la Terre pendant 40 minutes. Un moment symbolique, comme l’a rappelé l’équipage : « Nous allons bientôt ne plus pouvoir communiquer, mais nous espérons sentir votre amour depuis la Terre. Et à vous tous, en bas, nous vous aimons depuis la Lune. »
Ce vol avait pour objectif de valider les systèmes de navigation et de survie, préparant le terrain pour les missions suivantes. Pour la première fois depuis Apollo 17 en décembre 1972, des humains survolaient à nouveau la Lune, à 400 000 kilomètres de la Terre. Contrairement aux missions Apollo, menées dans un contexte de guerre froide, Artemis s’inscrit dans une coopération internationale, avec l’Europe, le Canada et le Japon comme partenaires clés.
Artemis III : une mission test avant l’alunissage de 2028
À l’origine, Artemis III devait être la première mission à faire atterrir des astronautes sur la Lune depuis 1972. Mais face aux retards techniques et aux ambitions chinoises, la NASA a revu sa stratégie. Selon Olivier Sanguy, « l’histoire de la mission Artemis III est assez surprenante. Au départ, on faisait un tour de Lune avec Artemis II, puis on se posait avec Artemis III. Or, en observant le programme Apollo, on constate qu’Apollo 9 a servi de test autour de la Terre, tandis qu’Apollo 10 a répété l’exercice autour de la Lune sans alunissage. »
Avec l’arrivée de Jared Isaacman à la tête de la NASA, cette approche a été officialisée. « Artemis III est devenue une sorte d’Apollo 9 bis, où l’on teste le matériel lunaire autour de la Terre avant de viser l’alunissage en 2028 », précise Sanguy. Ce calendrier reste « extrêmement ambitieux, pour ne pas dire trop serré », selon lui, avec une mission de test en 2027 et un atterrissage l’année suivante. Une décision qui pourrait accentuer la pression sur un programme déjà confronté à des défis logistiques.
La Chine, un rival spatial à surveiller
Alors que les États-Unis accélèrent leur calendrier, la Chine affiche des ambitions lunaires tout aussi audacieuses. Selon Olivier Sanguy, Pékin pourrait tenter un alunissage habité dès 2029, année charnière pour célébrer les 80 ans de la République populaire de Chine. « Cela permettrait au pouvoir chinois de démontrer sa maîtrise technologique, tant à l’international qu’en interne, en montrant que la Chine est une société unie et innovante », explique-t-il.
Pourtant, contrairement aux déclarations américaines, la Chine n’a jamais officiellement affirmé vouloir devancer les États-Unis. « Si on examine les communiqués officiels, Pékin n’a jamais déclaré : ‘Notre objectif est d’aller sur la Lune avant les Américains’ », souligne Sanguy. En revanche, aux États-Unis, certains responsables républicains, dont ceux soutenant l’administration Donald Trump, ont clairement mis en garde : un retard américain serait « un signe d’affaiblissement ». Une rhétorique qui pourrait encore complexifier la gestion du programme Artemis.
Une compétition interne entre milliardaires et agences spatiales
Derrière cette course vers la Lune se cache une autre bataille, cette fois-ci entre deux géants du secteur privé : SpaceX, dirigé par Elon Musk, et Blue Origin, fondé par Jeff Bezos. Les deux entreprises ont été retenues par la NASA pour développer un atterrisseur lunaire. « La NASA a été claire : nous choisirons l’atterrisseur qui sera prêt en premier », indique Sanguy. Une compétition qui rappelle les dynamiques du secteur spatial, où innovation rime parfois avec rivalité.
Côté européen, l’implication est également significative. L’astronaute Luca Parmitano, sélectionné pour Artemis III, est issu de la même promotion que Thomas Pesquet, symbole de la coopération transatlantique. Pour l’Europe, participer à Artemis représente une opportunité de renforcer son rôle dans l’exploration spatiale, après avoir contribué au module de service de la capsule Orion.
La Lune redevient ainsi le théâtre d’une nouvelle compétition spatiale, où enjeux technologiques, politiques et économiques s’entremêlent. Si les États-Unis visent désormais 2028 pour un retour sur le sol lunaire, la pression sera maximale pour concilier ambition et rigueur technique. Une chose est sûre : après des décennies d’absence, l’humanité ne semble plus vouloir laisser la Lune aux seuls robots.
La NASA a révisé son calendrier pour transformer Artemis III en une mission de test technique, à l’image d’Apollo 9, avant de tenter un alunissage en 2028. Cette décision fait suite à des retards techniques et à la nécessité de valider les systèmes d’atterrissage, comme l’a expliqué Olivier Sanguy de la Cité de l’Espace.
Les deux entreprises sont en lice pour fournir l’atterrisseur lunaire à la NASA. La NASA a indiqué qu’elle sélectionnerait le premier prototype prêt, ce qui crée une compétition technologique et financière entre SpaceX et Blue Origin pour décrocher ce contrat stratégique.