La cour d’appel de Paris a ordonné, mardi 5 mai 2026, la reprise des investigations dans l’affaire Vivastreet, un site de petites annonces accusé d’avoir hébergé des centaines d’annonces de prostitution entre 2013 et 2018. Selon BFM - Faits Divers, cette décision intervient après l’annulation du non-lieu accordé en septembre 2025 aux trois anciens dirigeants du site, initialement jugés pour « proxénétisme aggravé ». Une procédure relancée à l’initiative du Mouvement du Nid, partie civile dans ce dossier.

Ce qu’il faut retenir

  • La cour d’appel de Paris a infirmé le non-lieu prononcé en septembre 2025 en faveur des dirigeants de Vivastreet, relançant ainsi l’enquête pour « proxénétisme aggravé ».
  • Le site avait fermé sa rubrique « Erotica » en juin 2018, après avoir généré plus de 33 millions d’euros de chiffre d’affaires entre 2013 et 2018 grâce à des annonces masquant des offres de prostitution.
  • En 2018, la rubrique comptait en moyenne 8 880 annonces proposant des « massages », des « moments de relaxation » ou des « rencontres courtoises », en réalité des services sexuels tarifés.
  • Le parquet de Paris avait été saisi d’irrégularités procédurales par le Mouvement du Nid, qui n’avait jamais reçu le réquisitoire définitif avant le non-lieu.
  • Les gendarmes de la section de recherches de Paris avaient identifié, lors de leur enquête initiale, 37 annonces par page sur 240 pages disponibles, soit un volume constant de propositions illicites.

Un site devenu une plateforme majeure de la prostitution en ligne

Entre 2013 et 2018, Vivastreet a transformé sa rubrique « Erotica » en un outil lucratif pour les réseaux de prostitution. Les annonces, bien que rédigées avec des euphémismes – « massages », « relaxation » ou « rencontres courtoises » –, masquaient en réalité des offres de rapports sexuels tarifés. Selon BFM - Faits Divers, un simple appel permettait de confirmer la nature des services proposés, comme en témoignait une annonce dans le 12e arrondissement de Paris : « C’est 120 euros la demi-heure, 180 euros l’heure. Je propose l’amour avec pénétration vaginale. Pas de sodo [sodomie] ».

Le modèle économique reposait sur un abonnement mensuel de 79,99 euros par annonce, contre 29,99 euros pour une annonce classique dans la catégorie « offre d’emploi ». Cette manne financière a fait de « Erotica » la colonne vertébrale du site, selon les déclarations d’anciens employés. « Dès mon arrivée, j’ai bien compris que c’est la section Erotica qui générait le plus d’argent et qui faisait tourner la boîte », a expliqué l’un d’eux à la justice.

Une enquête initiale riche en indices, mais un non-lieu contesté

Dès 2016, la loi pénalisant les clients de prostitués a poussé de nombreux travailleurs du sexe à se tourner vers Internet pour exercer leur activité. Vivastreet est ainsi devenu une porte d’entrée majeure pour cette économie souterraine. Les gendarmes de la section de recherches de Paris avaient mené une enquête approfondie, révélant un système organisé : sur certaines annonces de femmes, c’étaient souvent des hommes qui téléphonaient pour s’enquérir du refus de publication, laissant supposer la présence de « macs » derrière ces profils.

Malgré ces éléments, la juge parisienne chargée du dossier avait rendu un non-lieu en septembre 2025. Elle avait estimé que les dirigeants de Vivastreet avaient coopéré avec la police en signalant des réseaux et que la fermeture de la rubrique en 2018 suffisait à démontrer leur volonté de se conformer à la loi. Pourtant, la cour d’appel de Paris a considéré que la procédure initiale comportait des irrégularités, notamment l’absence de transmission du réquisitoire définitif au Mouvement du Nid, partie civile. Une décision que les avocats de l’association saluent : « Ce dossier a été délaissé pendant dix ans. Aujourd’hui, nous nous réjouissons de cette décision de la cour d’appel », a déclaré Sophie Obadia et Joachim Bokobsa, avocats du Mouvement du Nid.

Une affaire relancée, mais des zones d’ombre persistent

La décision de la cour d’appel ne se limite pas à un simple retour devant le juge d’instruction. Selon une source judiciaire citée par BFM - Faits Divers, les magistrats ont également infirmé une ordonnance par laquelle la juge initiale avait refusé un acte d’investigation. Autant dire que l’enquête pourrait désormais reprendre sur le fond, avec la possibilité de nouvelles perquisitions ou auditions.

Pour le Mouvement du Nid, cette relance est une victoire dans la lutte contre l’exploitation sexuelle en ligne. « La cour d’appel a bien en tête les enjeux liés à la prostitution et à la manne financière qu’elle représente. Nous espérons désormais que le nouveau juge d’instruction reprenne l’affaire en ce sens », ont-ils souligné. De son côté, la défense des anciens dirigeants n’a pas encore réagi publiquement à cette décision, qui pourrait leur être défavorable.

Et maintenant ?

Le dossier sera désormais transmis à un nouveau juge d’instruction, qui devra trancher sur la recevabilité des nouvelles preuves ou des actes d’investigation refusés en première instance. Une audience pourrait être fixée dans les prochains mois, mais aucune date précise n’a encore été communiquée. Si les investigations reprennent activement, il faudra attendre plusieurs années avant qu’un éventuel procès ne se tienne, compte tenu de la complexité du dossier.

Cette affaire rappelle l’ampleur des défis posés par la prostitution en ligne, un phénomène qui s’est amplifié depuis l’adoption de la loi de 2016. Les plateformes comme Vivastreet avaient alors profité de la discrétion offerte par Internet pour contourner les restrictions imposées aux travailleurs du sexe. Avec la relance de cette enquête, la justice pourrait envoyer un signal fort contre ces pratiques, même si le chemin vers une condamnation reste incertain.

La cour d’appel a estimé que la procédure initiale comportait une irrégularité : le parquet de Paris n’avait pas transmis le réquisitoire définitif au Mouvement du Nid, partie civile, avant de prononcer le non-lieu. Cette omission a justifié l’annulation de la décision.

Les annonces coûtaient 79,99 euros par mois, contre 29,99 euros pour une annonce classique dans la catégorie « offre d’emploi ». Entre 2013 et 2018, cette rubrique a généré plus de 33 millions d’euros de chiffre d’affaires.