Quarante-cinq ans jour pour jour après son élection à la présidence de la République, le Morvan rend hommage à François Mitterrand à travers une exposition inédite de ses cadeaux présidentiels. À Château-Chinon, dans la Nièvre, la Cité des présents — ancien Musée du septennat — a rouvert ses portes dimanche 10 mai 2026 après sept années de travaux, comme le rapporte Franceinfo - Culture avec l'AFP. Ce musée, installé dans un ancien couvent, présente désormais quelque 350 objets offerts au président entre 1981 et 1995, parmi une collection totale de 4 800 présents reçus lors de ses déplacements dans 86 pays.

Ce qu'il faut retenir

  • La Cité des présents, à Château-Chinon, a rouvert le 10 mai 2026 après sept ans de travaux, à l'occasion du 45e anniversaire de l'élection de François Mitterrand.
  • Le musée expose 350 des 4 800 cadeaux reçus par l'ancien président entre 1981 et 1995, issus de 86 pays différents.
  • Parmi les objets les plus marquants figurent une pendule saoudienne sertie de pierres précieuses, un poème japonais sur terre d'Hiroshima ou encore un bonnet tricoté pour son œuf à la coque.
  • François Mitterrand a été le premier président à rendre publics les cadeaux reçus, rompant avec la tradition de discrétion sur ces présents diplomatiques.
  • Les responsables espèrent accueillir 40 000 visiteurs par an dans un premier temps, avec une ambition de 100 000 visiteurs à terme.

Une collection éclectique mêlant prestige et anecdotes

La Cité des présents, située dans l'ancien fief politique de François Mitterrand, offre un voyage dans le temps à travers des objets aussi variés qu’inattendus. Dans les vitrines, on découvre des pièces de grande valeur, comme une pendule ornée d’un palmier en or, rehaussé de saphirs, diamants et rubis, offerte par l’Arabie saoudite. D’autres, plus symboliques, témoignent des échanges diplomatiques de l’époque, comme un poème japonais rédigé avec de la terre d’Hiroshima. Certains cadeaux, en revanche, prêtent à sourire : une paire de santiags noires brodées des initiales « FM », un couple de lions empaillés, ou encore un portrait fictif du président en « chef africain », coiffé d’une tenue traditionnelle ivoirienne.

« L’intérêt de ce cadeau offert par le président de la République de Côte d’Ivoire en 1982 réside justement dans cette correspondance entre un portrait fictif en tenue traditionnelle et un ensemble de militaria qui représentent la position de chef d’un peuple », a expliqué Thibaud Richard, responsable de la Cité des présents, à l’AFP. Ce mélange de sérieux et de fantaisie illustre la diversité des relations entretenues par la France sous la présidence de Mitterrand, entre diplomatie officielle et symboles plus personnels.

François Mitterrand, pionnier de la transparence sur les cadeaux présidentiels

Contrairement à ses prédécesseurs, François Mitterrand a choisi de rendre publics les cadeaux reçus durant ses deux mandats. Une décision qui s’inscrivait dans une volonté affichée de proximité avec les Français, mais aussi de rupture avec les scandales de son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, entaché par l’affaire des « diamants de Bokassa ». Élu le 10 mai 1981, il a ainsi offert à son département natal, la Nièvre — dont il fut maire de Château-Chinon pendant vingt-deux ans — ces présents, confiés à un musée inauguré dès 1986 sous le nom de Musée du septennat.

Ce musée, installé dans un ancien couvent, est rapidement devenu trop exigu pour accueillir l’ensemble des cadeaux. Après sa fermeture à la fin des années 2010 pour rénovation et agrandissement, il a rouvert ses portes en 2026 sous le nom de Cité des présents, intégrant désormais deux espaces : un musée de la mode et un musée des cadeaux. « Mitterrand a été le premier président français à avoir dévoilé les cadeaux qui lui étaient destinés », rappelle Thibaud Richard. Une transparence qui tranchait avec l’image d’un pouvoir parfois perçu comme distant ou monarchique.

Entre diplomatie et souvenirs populaires, une mémoire vivante

La collection des cadeaux de François Mitterrand ne se limite pas aux dons des États. Elle inclut également des présents offerts par des citoyens, illustrant l’engouement populaire dont bénéficiait « Tonton », surnom affectueux donné à l’ancien président. Parmi ces objets modestes mais touchants figure un minuscule bonnet bleu marine tricoté par une Savoyarde, portant l’inscription « François ». Ce bonnet était destiné à conserver au chaud l’œuf à la coque que l’ancien chef de l’État affectionnait pour son petit-déjeuner. Un détail qui rappelle l’importance des symboles dans la relation entre un dirigeant et les Français.

Les responsables du musée misent sur cette dimension humaine pour attirer un large public. « On espère 40 000 visiteurs par an dans un premier temps. On peut rêver à 100 000 par an », a estimé Fabien Bazin, président socialiste du département de la Nièvre. La Cité des présents entend ainsi devenir un lieu de mémoire, mais aussi un espace de découverte des relations internationales de la France sous Mitterrand, entre fastes diplomatiques et anecdotes du quotidien.

Et maintenant ?

La réouverture de la Cité des présents marque le début d’une nouvelle phase pour ce musée, dont l’avenir dépendra de l’engouement du public et de la capacité des organisateurs à valoriser cette collection unique. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si les objectifs de fréquentation seront atteints. Par ailleurs, des expositions temporaires pourraient être organisées pour mettre en lumière d’autres aspects de la présidence Mitterrand, comme ses voyages officiels ou ses relations avec les pays du Sud. Enfin, la question de la pérennité financière du site, dépendante des subventions publiques et du mécénat, restera un enjeu central dans les années à venir.

Trente ans après sa disparition, le 8 janvier 1996, François Mitterrand continue de fasciner à travers les traces matérielles de son action. À Château-Chinon, la Cité des présents offre une plongée dans une époque révolue, où les cadeaux présidentiels reflétaient autant les ambitions diplomatiques de la France que les rapports personnels tissés par son dirigeant. Une exposition qui, au-delà de son aspect muséographique, pose la question de la mémoire d’un homme d’État dont l’héritage reste encore débattu.

François Mitterrand a choisi de rendre publics les cadeaux reçus pour marquer une rupture avec la tradition de discrétion des présidents précédents, notamment Valéry Giscard d’Estaing, dont le nom était associé à l’affaire des « diamants de Bokassa ». Cette transparence s’inscrivait dans une volonté affichée de proximité avec les Français et de rejet de l’image monarchique du pouvoir.