Un an après le premier vol de son prototype Quarterhorse Mk 1, la société américaine Hermeus a franchi une nouvelle étape en réalisant le premier vol supersonique de son avion sans pilote Quarterhorse Mk 2.1. Selon Futura Sciences, l’appareil a atteint une vitesse de Mach 1,21 lors de son essai effectué dans le ciel du Nouveau-Mexique, le 30 mai 2025. Ce succès marque une accélération notable dans la course aux technologies hypersoniques, domaine où Hermeus ambitionne de s’imposer comme l’héritier spirituel du mythique SR-71 Blackbird.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Quarterhorse Mk 2.1, avion sans pilote de taille comparable à un F-16, a atteint Mach 1,21 lors de son premier vol, selon Hermeus.
  • Ce vol supersonique intervient un an après les premiers essais du prédécesseur, le Quarterhorse Mk 1, axé sur les phases de décollage et d’atterrissage.
  • Hermeus développe un système de propulsion hybride, le TBCC (Turbine-Based Combined Cycle), pour franchir la barrière hypersonique au-delà de Mach 5.
  • Le constructeur vise des vols commerciaux hypersoniques, comme un trajet Paris-New York en 90 minutes.
  • La technologie s’inspire du SR-71 Blackbird, recordman de vitesse et d’altitude, retiré du service il y a trente ans.

Un avion conçu pour révolutionner l’aviation supersonique

Avec son allure élancée et son aile delta, le Quarterhorse Mk 2.1 incarne une synthèse entre l’héritage des premiers vols supersoniques et les promesses de l’hypersonique. L’appareil, dont la taille se rapproche de celle d’un chasseur F-16, a effectué son baptême du feu en franchissant le mur du son lors d’un vol d’essai mené dans le désert du Nouveau-Mexique. Ce premier vol supersonique, réalisé le 30 mai 2025, s’inscrit dans une stratégie de développement rapide, où chaque prototype est conçu pour valider une phase spécifique du projet, explique Hermeus.

Cette approche, inédite dans le secteur aéronautique, permet à la société de progresser à un rythme soutenu. Le Mk 2.1, premier d’une lignée dédiée à la validation du vol supersonique, ouvre la voie à des essais plus ambitieux avec les versions Mk 2.2 et Mk 2.3. Ces futurs prototypes auront pour mission de tester la capacité de l’appareil à maintenir une vitesse supersonique sur de longues distances, en préparation du développement du Darkhorse, un drone militaire polyvalent.

Le SR-71 Blackbird comme modèle et inspiration

Depuis le lancement du projet Quarterhorse, Hermeus se présente comme le successeur spirituel et technologique du SR-71 Blackbird, l’avion espion américain retiré du service en 1998. Ce bijou de la guerre froide détient toujours les records de vitesse (Mach 3,32 en 1976) et d’altitude pour un vol horizontal. Pendant trois décennies, aucun appareil n’a égalé ces performances, jusqu’à aujourd’hui. Hermeus mise sur l’innovation technologique pour dépasser ces limites, notamment en développant un système de propulsion capable de basculer entre régime subsonique et hypersonique.

Le choix du Nouveau-Mexique comme terrain d’essai n’est pas anodin : cette région abrite le White Sands Missile Range, un site historique pour les tests aéronautiques et spatiaux aux États-Unis. La présence d’observateurs militaires lors du vol du Mk 2.1, visible sur les images publiées par Hermeus, témoigne de l’intérêt des armées pour cette technologie. Un signe qui confirme l’enjeu stratégique de ces développements.

Une motorisation hybride pour franchir le mur de l’hypersonique

Pour atteindre des vitesses dépassant Mach 5, Hermeus mise sur un système de propulsion innovant, le TBCC (Turbine-Based Combined Cycle). Ce moteur hybride combine un turboréacteur classique et un statoréacteur, permettant une transition fluide entre les régimes subsonique et hypersonique. Le turboréacteur assure les phases de décollage et d’accélération initiale, tandis que le statoréacteur prend le relais pour atteindre des vitesses supersoniques et hypersoniques.

Cette technologie, encore en phase de maturation, est au cœur du projet Quarterhorse. Elle pourrait également trouver des applications dans d’autres domaines, comme les missiles hypersoniques ou les avions de ligne de nouvelle génération. Les États-Unis et la Chine investissent massivement dans ces technologies, signe que la course à l’hypersonique s’intensifie. Récemment, des tests de moteurs à détonation rotative ont été menés avec succès, illustrant l’effervescence du secteur.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes du projet Quarterhorse s’articuleront autour des vols d’essai des versions Mk 2.2 et Mk 2.3, prévus pour 2026. Ces appareils devront démontrer leur capacité à maintenir un vol supersonique sur de longues distances, une condition indispensable avant d’envisager des applications militaires ou civiles. Hermeus prévoit également de lever des fonds supplémentaires pour accélérer le développement de son avion hypersonique commercial, qui ambitionne de relier Paris à New York en seulement 90 minutes. D’ici là, les observateurs scruteront chaque essai, car chaque étape franchie rapproche un peu plus l’aviation d’une nouvelle ère.

Un marché en pleine mutation

L’aviation hypersonique suscite un intérêt croissant, tant pour ses applications militaires que commerciales. Les défis techniques restent immenses : gestion de la chaleur, résistance des matériaux, et sécurité des passagers figurent parmi les principaux obstacles. Pourtant, plusieurs acteurs, dont Hermeus, sont convaincus que ces défis peuvent être surmontés dans les dix prochaines années. Le Department of Defense américain a déjà manifesté son intérêt pour des drones supersoniques, comme en témoigne le projet Darkhorse.

Dans le même temps, la Chine et les États-Unis accélèrent leurs programmes hypersoniques, chacun cherchant à prendre une longueur d’avance. Les technologies de propulsion, comme le moteur-fusée à détonation rotative, pourraient rendre les systèmes de défense actuels obsolètes. Une course aux armements hypersoniques est donc en cours, et l’aviation civile pourrait en être la première bénéficiaire.

Reste à voir si Hermeus parviendra à concrétiser ses ambitions dans les délais annoncés. Le prochain vol supersonique prolongé du Mk 2.2, prévu pour fin 2026, sera un indicateur clé de la maturité de la technologie. En attendant, le secteur aéronautique observe avec attention cette avancée, qui pourrait bien redéfinir les standards du transport aérien.

Le SR-71 Blackbird détient toujours les records de vitesse (Mach 3,32) et d’altitude pour un avion à réaction. Malgré son retrait en 1998, aucun appareil n’a égalé ses performances en vol horizontal. Son héritage technologique inspire encore les projets modernes, comme le Quarterhorse de Hermeus, qui vise à dépasser ces limites avec des technologies contemporaines.

Parmi les défis majeurs figurent la gestion thermique (la friction de l’air à Mach 5 génère des températures extrêmes), la résistance des matériaux, la propulsion (nécessitant des moteurs hybrides comme le TBCC), et la sécurité des passagers ou des équipages. Ces enjeux expliquent pourquoi les vols hypersoniques commerciaux ne sont pas attendus avant au moins une décennie.