Dans le cadre de sa série d’interviews économiques, BFM Business a reçu ce mercredi 8 avril 2026 Rafaèle Tordjman, fondatrice et présidente de Jeito Capital, un fonds d’investissement dédié à l’innovation et aux technologies de rupture. Cet échange, diffusé dans l’émission Le 18/19 présentée par Hedwige Chevrillon, a permis de revenir sur les ambitions du fonds, ses cibles prioritaires et les défis du financement de l’innovation en Europe.
Ce qu'il faut retenir
- Jeito Capital, fondé en 2020, a pour objectif de lever un total de 1,5 milliard d’euros d’ici 2028 pour soutenir les startups et PME innovantes en Europe.
- Le fonds cible prioritairement les secteurs de la deep tech, de la santé numérique et des énergies vertes, avec une attention particulière portée aux solutions scalables.
- Rafaèle Tordjman a souligné le retard européen face aux États-Unis et à la Chine en matière de financement de l’innovation, évoquant un décalage de 3 à 5 ans sur certains segments technologiques.
- Parmi les succès récents du fonds, Tordjman a cité l’investissement dans Twelve Labs, une startup spécialisée dans l’intelligence artificielle générative, ainsi que dans Lhyfe, acteur clé de l’hydrogène vert.
- Le modèle de Jeito Capital repose sur un partenariat public-privé, avec des levées de fonds combinant capitaux privés et fonds européens comme InnovFin ou Horizon Europe.
Un fonds né de l’ambition de combler le retard européen
Créé en pleine crise sanitaire, Jeito Capital s’est positionné dès l’origine comme un acteur clé pour financer l’innovation en Europe, un continent souvent perçu comme en retard face aux géants américains et chinois. « L’Europe a des atouts majeurs en matière de recherche fondamentale, mais elle manque cruellement de capitaux pour transformer ces avancées en entreprises viables et compétitives », a expliqué Rafaèle Tordjman lors de l’interview. Elle a rappelé que moins de 5 % des fonds mondiaux dédiés à la deep tech sont investis en Europe, un chiffre qu’elle juge « alarmant » pour l’avenir industriel du continent.
Le fonds, qui a déjà levé 600 millions d’euros depuis sa création, mise sur une stratégie de co-investissement avec des acteurs publics et privés pour accélérer la croissance de ses participations. « Notre modèle repose sur une sélection rigoureuse des startups, mais aussi sur un accompagnement actif pour les aider à passer à l’échelle », a-t-elle précisé. Parmi les secteurs prioritaires, la santé numérique et les énergies bas carbone figurent en tête de liste, reflétant les enjeux sociétaux actuels.
Deep tech, santé et énergies vertes : les cibles privilégiées de Jeito Capital
Jeito Capital ne se contente pas d’investir dans n’importe quelle startup innovante. Le fonds applique une double exigence : technologique et économique. « Nous cherchons des entreprises dont la technologie est disruptive, mais qui ont aussi un modèle économique solide et une capacité à se développer rapidement », a détaillé Tordjman. Elle a cité en exemple Twelve Labs, une jeune pousse française spécialisée dans l’IA générative, qui a levé 120 millions d’euros en 2025 grâce à l’appui de Jeito Capital.
Côté santé, le fonds a investi dans plusieurs startups développant des solutions pour le vieillissement actif et les maladies chroniques. « L’Europe vieillit, et les besoins en solutions médicales innovantes sont immenses. Nous misons sur des technologies qui améliorent la qualité de vie tout en réduisant les coûts pour les systèmes de santé », a-t-elle expliqué. Enfin, les énergies vertes restent un pilier, avec des participations dans des entreprises comme Lhyfe, leader français de l’hydrogène vert, ou Verkor, spécialisée dans les batteries pour véhicules électriques.
« L’Europe a des atouts en recherche, mais elle doit absolument combler son retard en matière de financement de l’innovation si elle veut rester compétitive. C’est tout l’enjeu de Jeito Capital. »
Un modèle hybride public-privé pour dynamiser l’écosystème
Pour atteindre son objectif de levée de 1,5 milliard d’euros, Jeito Capital s’appuie sur un réseau de partenaires variés, mêlant fonds souverains, investisseurs institutionnels et institutions européennes. « Nous travaillons en étroite collaboration avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Commission européenne pour accéder à des financements publics, tout en attirant des capitaux privés », a indiqué Tordjman. Elle a cité des programmes comme InnovFin ou Horizon Europe, qui permettent de mutualiser les risques entre secteurs public et privé.
Ce modèle hybride permet à Jeito Capital de prendre des positions plus ambitieuses sur des projets à haut risque technologique, tout en rassurant les investisseurs sur la solidité des dossiers. « L’avantage, c’est que nous pouvons investir dans des entreprises qui en sont encore à l’étape de la recherche, alors que les fonds privés traditionnels se concentrent souvent sur des startups déjà en phase de commercialisation », a-t-elle souligné. Elle a également évoqué des partenariats avec des universités et centres de recherche, comme le CEA ou l’INRIA, pour identifier les pépites technologiques les plus prometteuses.
Si l’interview de Rafaèle Tordjman a mis en lumière les défis du financement de l’innovation en Europe, elle a aussi souligné les atouts du continent : une recherche de pointe, des talents formés dans les meilleures universités, et une volonté politique croissante de soutenir l’économie numérique. « Le vrai enjeu n’est pas de savoir si l’Europe peut innover, mais si elle peut le faire à une échelle suffisante pour rivaliser avec les autres grandes puissances technologiques », a-t-elle conclu.
Jeito Capital privilégie les startups dont la technologie est disruptive, avec un potentiel de scalabilité et un modèle économique viable. Le fonds cible particulièrement les secteurs de la deep tech, de la santé numérique et des énergies vertes. Chaque dossier est évalué selon des critères stricts, incluant l’équipe dirigeante, le marché adressable et la capacité à lever des fonds complémentaires.
