Alors que l’économie française tente de stabiliser sa trajectoire après une période marquée par des tensions inflationnistes et des incertitudes géopolitiques, les dernières projections de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) s’imposent comme une référence pour les décideurs publics et privés. Selon BFM Business, Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, a détaillé ce mercredi 8 avril 2026 les grandes lignes des anticipations macroéconomiques pour les mois à venir. Une intervention qui s’inscrit dans le cadre de la série d’interviews économiques diffusées sur la chaîne.
Ce qu'il faut retenir
- L’OFCE table sur une croissance du PIB français de 1,2 % en 2026, en léger ralentissement par rapport à 2025 (+1,5 %).
- L’inflation devrait reculer à 2,1 % en moyenne annuelle, après avoir atteint 3,4 % en 2025, grâce à un apaisement des tensions sur les prix de l’énergie.
- Le chômage pourrait atteindre 7,8 % d’ici fin 2026, soit une hausse de 0,3 point par rapport à 2025, en raison d’un ralentissement de l’emploi dans certains secteurs.
- Les dépenses publiques resteront le principal levier de soutien à l’activité, avec une progression de 2,3 % prévue en volume, malgré les pressions budgétaires.
- La balance commerciale devrait rester déficitaire, à hauteur de 12 milliards d’euros, en raison d’une demande intérieure toujours dynamique.
Une croissance modérée sous l’effet des contraintes externes
Interrogé par BFM Business, Éric Heyer a souligné que l’économie française conserve une dynamique positive en 2026, mais à un rythme moins soutenu qu’en 2025. « Le rebond post-crise sanitaire a permis une croissance de 1,5 % l’an dernier, mais les effets de base s’épuisent », a-t-il expliqué. Selon lui, la consommation des ménages, principal moteur de la croissance depuis 2023, montre des signes de fragilité, notamment en raison d’un pouvoir d’achat encore contraint par l’inflation résiduelle et la hausse des taux d’intérêt.
Les investissements des entreprises, eux, restent « atones », en raison d’un environnement réglementaire complexe et d’une incertitude persistante sur la politique monétaire européenne. « On observe une prudence marquée des chefs d’entreprise, qui reportent certains projets en attendant une meilleure visibilité », a précisé le directeur de l’OFCE. Côté commerce extérieur, la dégradation du solde commercial s’explique par une demande intérieure toujours élevée, tirée par les services, tandis que les exportations peinent à suivre, freinées par un euro fort et une concurrence accrue des pays émergents.
L’emploi et les finances publiques au cœur des préoccupations
Autre point saillant des prévisions de l’OFCE : le marché du travail devrait se dégrader légèrement en 2026. Après une année 2025 marquée par une baisse du chômage à 7,5 %, la tendance pourrait s’inverser, avec un taux atteignant 7,8 % en décembre 2026. Éric Heyer a rappelé que « les secteurs les plus exposés à la transition écologique, comme l’industrie lourde, subissent déjà des restructurations ». Les créations d’emplois dans les services, notamment dans la santé et les nouvelles technologies, ne suffiront pas à compenser ces pertes.
Côté finances publiques, l’OFCE anticipe une poursuite de la hausse des dépenses de l’État, notamment en matière de transition énergétique et de soutien à l’innovation. « Les dépenses publiques progresseront de 2,3 % en volume, soit un rythme légèrement supérieur à la moyenne européenne », a indiqué Heyer. Le déficit public devrait donc se maintenir autour de 4,5 % du PIB, un niveau jugé « acceptable » par l’économiste, à condition que la croissance ne faiblisse pas davantage. « Une détérioration supplémentaire de la conjoncture pourrait rendre ce déficit insoutenable à moyen terme », a-t-il prévenu.
Inflation : un apaisement progressif, mais des risques persistants
Le scénario central de l’OFCE table sur une baisse de l’inflation à 2,1 % en 2026, contre 3,4 % en 2025. Cette amélioration s’explique principalement par le reflux des prix de l’énergie, dont les cours devraient se stabiliser après les pics observés depuis 2022. « Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement se sont relâchées, et les prix des matières premières ne devraient plus peser sur l’inflation », a noté Éric Heyer. Cependant, il a pointé du doigt « les risques de rebond liés à une éventuelle escalade des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient ou en Ukraine ».
Côté salaires, l’OFCE anticipe une progression modérée des rémunérations, « insuffisante pour compenser pleinement la perte de pouvoir d’achat enregistrée depuis 2022 ». Les négociations annuelles obligatoires (NAO) de 2026 pourraient donc être tendues, avec des revendications salariales soutenues dans les secteurs en tension, comme la santé ou l’éducation.
Pour l’instant, le scénario de l’OFCE reste celui d’une croissance « molle mais résiliente », selon les termes d’Éric Heyer. Autant dire que la France devra composer avec un environnement économique moins porteur que par le passé, où chaque point de croissance comptera. Les prochains indicateurs, notamment ceux du premier trimestre 2026, donneront une indication plus précise de la trajectoire réelle de l’économie française.
D’après Éric Heyer, ce ralentissement s’explique principalement par l’épuisement des effets de rebond post-crise, un environnement réglementaire complexe pour les entreprises, et une consommation des ménages encore contrainte par un pouvoir d’achat fragile. « Les ménages ont puisé dans leur épargne ces dernières années, et leur capacité à dépenser davantage est désormais limitée », a-t-il souligné.
Les secteurs les plus exposés à la transition écologique, comme l’industrie lourde ou l’automobile traditionnelle, devraient subir des restructurations. Éric Heyer cite notamment « les industries énergivores ou celles dépendantes des énergies fossiles », qui peinent à s’adapter à la nouvelle donne climatique et réglementaire.
