L’eurodéputé Raphaël Glucksmann a annoncé ce mardi 8 août 2026 être la cible d’une opération de désinformation attribuée au réseau prorusse Storm-1516, directement piloté par le GRU, les services secrets militaires russes. Selon Le Figaro - Politique, l’attaque vise à discréditer des personnalités françaises perçues comme hostiles au Kremlin, dans le cadre des préparatifs de l’élection présidentielle de 2027.

Ce qu’il faut retenir

  • Raphaël Glucksmann, potentiel candidat à la présidentielle de 2027, dénonce une campagne de désinformation attribuée au réseau prorusse Storm-1516, lié au GRU russe.
  • Un faux site d’information, imitant Blast, diffuse de fausses allégations, dont une accusation infondée contre Léa Salamé.
  • Le réseau Storm-1516 est responsable de 205 opérations de désinformation en France depuis août 2023, selon le service Viginum.
  • Glucksmann, soutien historique de l’Ukraine, est visé pour son opposition à la Russie, notamment après avoir qualifié une chroniqueuse russe de « agent du régime ».
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait déjà alerté en juillet sur le risque d’ingérences étrangères lors des prochaines élections.

Une attaque ciblée contre un favori de la présidentielle

Dans un message publié sur X, Raphaël Glucksmann a confirmé avoir été informé par le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDN) de l’implication du groupe Storm-1516 dans cette campagne. « Nous ne laisserons pas des puissances étrangères hostiles voler une élection aussi cruciale pour l’avenir de la France », a-t-il déclaré. Selon Le Figaro - Politique, l’opération s’inscrit dans une stratégie plus large visant à déstabiliser les figures politiques françaises opposées à Moscou, notamment celles qui soutiennent activement l’Ukraine.

Côté russes, le Kremlin n’a pas réagi officiellement à ces accusations. Pour autant, l’enquête du Figaro révèle que Storm-1516 a déjà été impliqué dans d’autres tentatives d’ingérence, notamment contre des médias et des personnalités politiques en Europe. En juillet 2026, le même réseau avait ciblé l’ex-Premier ministre Édouard Philippe, alors en lice pour l’élection présidentielle, en diffusant de fausses informations sur sa santé.

Des méthodes sophistiquées : faux sites et usurpation d’identité

L’attaque contre Glucksmann prend la forme d’un faux média, reprenant l’identité visuelle du site d’information Blast. Le site truqué diffuse un article accusant Léa Salamé, journaliste et compagne de Glucksmann, d’avoir tenté de « soudoyer les médias » pour favoriser son mari. D’autres journalistes, comme Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, voient également leur identité usurpée pour légitimer des contenus fallacieux. « Le but est de rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe », a expliqué Glucksmann à la presse.

Les méthodes employées incluent également l’usage de l’intelligence artificielle pour générer des documents falsifiés et des comptes automatisés sur les réseaux sociaux. Selon les services français de renseignement, ces techniques visent à amplifier la portée des fausses informations et à créer une illusion de consensus autour de contenus mensongers. Le faux article incriminant Glucksmann reste accessible en ligne à ce jour.

Un contexte géopolitique tendu et des alertes répétées

Cette opération s’inscrit dans un contexte où Raphaël Glucksmann s’est imposé comme l’un des principaux soutiens de l’Ukraine en France. Depuis le début de la guerre en 2022, il milite pour une ligne de fermeté à l’égard de Moscou et plaide en faveur d’un renforcement du soutien européen à Kiev. En mai 2026, il avait déjà dénoncé publiquement Xenia Fedorova, une chroniqueuse russe installée en France, qu’il avait qualifiée de « journaliste » mais d’agent du régime russe », avant qu’elle ne soit expulsée du territoire français sur décision administrative.

Les autorités françaises n’ont pas attendu cette nouvelle affaire pour tirer la sonnette d’alarme. Dès juillet 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait évoqué un risque « très aigu » d’ingérences étrangères lors des prochaines élections, incluant non seulement la présidentielle de 2027, mais aussi les scrutins régionaux et départementaux de 2028. Selon Le Figaro - Politique, ces craintes s’appuient sur des rapports de Viginum, le service français chargé de lutter contre les ingérences numériques étrangères, qui a attribué à Storm-1516 205 opérations de désinformation depuis août 2023.

Une stratégie russe déjà bien rodée en Europe

Le réseau Storm-1516, dont l’existence avait été révélée par des enquêtes menées par des médias européens et des services de renseignement, est considéré comme l’un des principaux vecteurs des opérations d’influence russes en Occident. Ses cibles incluent des responsables politiques, des journalistes et des organisations de la société civile, avec pour objectif de semer la division et de discréditer les institutions démocratiques. En Allemagne, en Pologne ou encore aux États-Unis, des enquêtes similaires ont mis en lumière son rôle dans la diffusion de contenus manipulés.

Pour Glucksmann, cette attaque n’est qu’un début. « Cette attaque n’est qu’un avant-goût de ce qui va suivre. La campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives », a-t-il prévenu. Selon lui, les prochains mois pourraient voir une intensification des tentatives de déstabilisation, avec des méthodes encore plus sophistiquées, incluant l’usage accru de l’intelligence artificielle générative et des deepfakes.

Et maintenant ?

Face à l’ampleur des menaces, les autorités françaises préparent des contre-mesures. Le gouvernement pourrait renforcer les moyens alloués à Viginum et accélérer la mise en place d’un dispositif national de résilience contre les manipulations de l’information. Une réunion interministérielle sur la protection de l’élection présidentielle est d’ailleurs prévue en septembre 2026. Par ailleurs, les plateformes numériques, comme X ou Facebook, devraient être sollicitées pour identifier et supprimer plus rapidement les contenus issus de réseaux comme Storm-1516. Reste à savoir si ces mesures suffiront à contrer une stratégie russe qui, depuis 2014, n’a cessé de s’adapter aux évolutions technologiques.

Si l’implication du GRU dans ces opérations n’a pas encore fait l’objet d’une confirmation officielle de la part des autorités russes, les preuves recueillies par les services français et alliés laissent peu de place au doute. Pour Glucksmann, l’enjeu dépasse désormais la sphère politique : il s’agit de protéger l’intégrité du débat démocratique français face à des méthodes qui, selon lui, « menacent directement l’Europe ».

Storm-1516 est un réseau de désinformation lié au GRU, les services de renseignement militaires russes. Selon les autorités françaises, il est responsable de 205 opérations de ce type en France depuis août 2023. Ses activités visent à déstabiliser des personnalités et des institutions perçues comme hostiles au Kremlin.