Un rapport conjoint des inspections générales des affaires sociales (IGAS) et de l’éducation (IGEN), publié le 26 juin 2026, révèle les mécanismes de rentabilité à l’œuvre dans les deux principaux groupes d’enseignement supérieur privé lucratif, Galileo et Collège de Paris. Ces enseignements, tirés de l’analyse de leur modèle économique, mettent en lumière à la fois leurs succès commerciaux et les risques structurels qui pèsent sur leur équilibre financier.

Selon Le Monde – Education, ce document de 80 pages s’appuie sur des données collectées entre 2023 et 2025. Il dresse un état des lieux sans concession des dérives potentielles d’un système où la rentabilité prime parfois sur la qualité pédagogique et l’accompagnement des étudiants. Les inspecteurs soulignent notamment les écarts entre les promesses d’insertion professionnelle et la réalité des parcours suivis par les apprenants.

Ce qu'il faut retenir

  • Un rapport des IGAS et IGEN, publié le 26 juin 2026, analyse les modèles économiques de Galileo et Collège de Paris.
  • Les deux groupes, leaders de l’enseignement privé lucratif, misent sur une stratégie de rentabilité basée sur l’augmentation des effectifs et la mutualisation des coûts.
  • Les inspecteurs pointent des écarts entre les promesses d’insertion professionnelle et la réalité des parcours des étudiants.
  • Le document évoque des risques financiers liés à une croissance parfois trop rapide et à des coûts fixes mal maîtrisés.

Des groupes en forte croissance, mais sous surveillance

Galileo et Collège de Paris figurent parmi les acteurs majeurs de l’enseignement supérieur privé en France. Leur développement s’est accéléré depuis la réforme de l’apprentissage de 2018, qui a élargi les possibilités de financement public pour les formations en alternance. Selon les données du rapport, Galileo, présent dans 12 académies, a vu ses effectifs bondir de 40 % entre 2020 et 2024, passant de 15 000 à 21 000 étudiants.

Collège de Paris, de son côté, affiche une progression similaire avec un portefeuille de 35 campus et une croissance annuelle moyenne de 15 % sur la même période. Ces chiffres s’expliquent en grande partie par une politique commerciale agressive, combinant publicités ciblées et partenariats avec des organismes de formation. Pourtant, les inspecteurs relèvent que cette expansion s’accompagne d’une détérioration des ratios étudiants/enseignants dans certaines filières, notamment en santé et en commerce.

Un modèle économique sous tension

Le rapport détaille comment les deux groupes ont optimisé leur rentabilité en mutualisant certains coûts fixes, comme les locaux ou les services administratifs. Galileo, par exemple, a centralisé sa gestion financière et logistique depuis son siège parisien, ce qui lui permet de réaliser des économies d’échelle. « Cette stratégie permet de dégager des marges significatives, mais elle expose aussi les groupes à des risques en cas de ralentissement économique », a expliqué l’un des auteurs du rapport, sous couvert d’anonymat.

Côté Collège de Paris, la diversification des formations – du BTS au master – a permis d’attirer des publics variés, mais au prix d’un taux d’abandon plus élevé dans les premières années. Les inspecteurs notent que 20 % des étudiants de première année dans les filières professionnelles quittent leur formation avant la fin de la première année, un chiffre bien supérieur à la moyenne nationale. « Cette fuite des effectifs met en péril la viabilité financière de certains campus », a précisé un responsable des IGAS.

Des promesses d’insertion professionnelle souvent surévaluées

L’un des points les plus critiques du rapport concerne l’adéquation entre les formations proposées et les besoins réels du marché du travail. Selon les données collectées, 60 % des diplômés de Galileo et 55 % de ceux de Collège de Paris déclarent occuper un emploi dans leur domaine de formation six mois après l’obtention de leur diplôme. Ces chiffres, bien qu’en apparence satisfaisants, cachent de fortes disparités selon les filières.

Dans les métiers du numérique, par exemple, le taux d’insertion atteint 80 %, contre seulement 30 % dans certaines formations en commerce ou en gestion. Les inspecteurs pointent du doigt les publicités trompeuses de certains établissements, qui mettent en avant des taux d’insertion flatteurs sans préciser les conditions réelles d’accès à ces emplois. « Il existe un décalage entre les attentes créées par les campagnes marketing et la réalité du marché », a souligné un membre de l’IGEN.

Et maintenant ?

Le gouvernement devrait prochainement présenter un projet de loi visant à renforcer le contrôle des établissements privés lucratifs. Une mission d’inspection supplémentaire est prévue pour la rentrée 2026, avec un focus sur les filières à fort taux d’abandon. Par ailleurs, les groupes concernés pourraient être contraints de publier des indicateurs plus transparents, notamment sur les taux d’insertion réels et les coûts pédagogiques par étudiant. Reste à voir si ces mesures suffiront à corriger les déséquilibres structurels identifiés dans le rapport.

Les réactions des deux groupes n’ont pas encore été rendues publiques. Galileo et Collège de Paris devraient réagir dans les prochains jours, probablement par voie de communiqué. Pour l’heure, les syndicats étudiants appellent à une refonte plus large du système de financement de l’apprentissage, afin d’éviter que la rentabilité ne prenne le pas sur la qualité de la formation.

Le rapport met en avant trois risques majeurs : une croissance trop rapide qui fragilise les équilibres financiers, une dépendance excessive aux subventions publiques pour les formations en alternance, et des coûts fixes mal maîtrisés, notamment dans la gestion des campus. La mutualisation des services, si elle permet des économies à court terme, expose aussi les groupes à des pertes en cas de baisse des effectifs.