Depuis quelques mois, les professionnels des ressources humaines et les managers doivent composer avec une nouvelle donne lors des entretiens d’embauche : l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle par les candidats, parfois même en temps réel. Selon Le Figaro, cette pratique, qui consiste à s’appuyer sur des outils capables de souffler des réponses pendant un entretien en visioconférence, place les recruteurs face à un défi inédit. « Je me suis fait piéger par l’IA. J’ai été un peu naïve car je n’avais jamais été confrontée à ce cas », a reconnu Manon*, chef d’équipe dans une entreprise américaine de la tech basée à Paris, après avoir embauché un candidat dont les compétences techniques se sont révélées illusoires dès les premiers jours.

Ce qu'il faut retenir

  • Un phénomène en hausse : de plus en plus de chercheurs d’emploi recourent à l’IA durant les entretiens, notamment en visioconférence, pour obtenir des réponses en direct.
  • Des pratiques difficiles à détecter : certains candidats envoient des synthèses manifestement générées par ChatGPT ou des outils similaires, ce qui complique l’évaluation réelle de leurs compétences.
  • Un risque pour les entreprises : l’embauche de profils surévalués peut entraîner des désillusions rapides, comme l’a constaté Manon* après seulement quelques jours de collaboration.

Une embauche qui tourne au fiasco

Manon*, 30 ans, a passé un entretien en visioconférence avec un candidat junior pour un poste de commercial. Rapidement séduite par son profil, elle a validé son embauche en moins de trente minutes. Pourtant, dès le premier jour de travail, des incohérences sont apparues. « J’ai fait référence à des notions techniques mentionnées lors de l’entretien : il ne savait pas de quoi je parlais », explique-t-elle. Autre indice troublant : le nouvel employé envoyait des synthèses manifestement réalisées par ChatGPT, sans réelle maîtrise. La période d’essai a été interrompue dans la foulée, révélant l’ampleur de la supercherie.

Cette situation n’est pas isolée. Selon plusieurs responsables RH interrogés par Le Figaro, ce type de cas se multiplie depuis le début de l’année. Les recruteurs, souvent pressés par des délais serrés, peinent à identifier ces pratiques, d’autant plus que les outils d’IA deviennent de plus en plus sophistiqués et accessibles.

Des outils d’IA de plus en plus performants – et accessibles

Les candidats utilisent désormais des logiciels capables de transcrire et d’analyser les questions posées en temps réel, avant de proposer des réponses adaptées. Certains outils vont jusqu’à générer des synthèses ou des présentations en quelques secondes, comme l’a observé Manon* avec les documents envoyés par son nouvel employé. « Il avait une utilisation de l’IA très systématique, mais peu maîtrisée », précise-t-elle. Ces pratiques, autrefois réservées à une minorité, se démocratisent grâce à la baisse des coûts et à la simplicité d’utilisation de ces technologies.

Pour les recruteurs, la tâche se complique. Comment distinguer un candidat réellement compétent d’un autre qui se cache derrière une IA ? Les méthodes traditionnelles d’évaluation, comme les tests techniques ou les mises en situation, restent indispensables, mais elles ne suffisent plus toujours à déjouer ces nouvelles stratégies.

Un marché du travail sous tension

Cette tendance s’inscrit dans un contexte où le marché de l’emploi reste tendu, notamment dans les secteurs comme la tech. Les entreprises, souvent en compétition pour attirer les meilleurs profils, sont sous pression pour recruter rapidement. Manon* a reconnu avoir été « un peu naïve » en n’ayant jamais été confrontée à ce type de situation auparavant. « Il fallait que je recrute rapidement », explique-t-elle, soulignant la difficulté pour les recruteurs de concilier réactivité et vigilance.

Les responsables RH interrogés par Le Figaro confirment que ces pratiques, bien que minoritaires, tendent à se généraliser. Certains y voient une forme de « tricherie » qui fausse la compétition entre candidats, tandis que d’autres estiment que cette évolution reflète simplement l’adaptation des méthodes de travail à l’ère du numérique.

« Je me suis fait piéger par l’IA. J’ai été un peu naïve car je n’avais jamais été confrontée à ce cas et il fallait que je recrute rapidement. »
— Manon*, chef d’équipe dans une entreprise de la tech basée à Paris

Et maintenant ?

Face à cette évolution, les entreprises commencent à adapter leurs processus de recrutement. Certaines intègrent désormais des tests en direct, sans connexion internet, ou des mises en situation concrètes pour évaluer les compétences réelles des candidats. D’autres envisagent de former leurs recruteurs à la détection de ces pratiques. Une chose est sûre : l’IA, déjà omniprésente dans de nombreux domaines professionnels, s’invite désormais au cœur des processus d’embauche – et les entreprises devront s’adapter pour éviter les mauvaises surprises.

Reste à voir si ces ajustements suffiront à endiguer ce phénomène, ou si les recruteurs devront à leur tour se tourner vers l’IA pour contrer ces stratégies. Une chose est certaine : le jeu du chat et de la souris entre candidats et recruteurs ne fait que commencer.

D’après les retours de recruteurs, les candidats s’appuient principalement sur des outils de transcription et d’analyse en temps réel, comme ceux intégrés à Zoom ou Teams, ainsi que sur des générateurs de texte comme ChatGPT ou des alternatives comme Mistral AI. Certains utilisent aussi des logiciels de synthèse automatique pour produire des documents à la volée.

Plusieurs pistes sont envisagées : intégrer des tests techniques en présentiel sans accès internet, multiplier les mises en situation pratiques, ou encore former les recruteurs à repérer les signes d’une utilisation excessive de l’IA (réponses trop fluides, documents générés trop rapidement, etc.). Certaines entreprises testent aussi des outils de détection d’IA, bien que leur fiabilité reste à prouver.