La question de l’adéquation entre la formation des professionnels de santé et les besoins réels des territoires reste au cœur des débats en France. Selon Le Monde - Education, la formation initiale des médecins, souvent réduite à sa première année sous forme de Parcours d’accès spécifique santé (Pass), soulève des enjeux majeurs en matière d’équité sociale et géographique. Dans une tribune publiée ce lundi 30 mars 2026, des acteurs du secteur s’interrogent sur l’impact d’un éventuel retour à un système de sélection unique, qui pourrait refermer une porte à peine entrouverte vers une plus grande diversité au sein des promotions médicales.
Ce qu'il faut retenir
- Jusqu’en 2020, le numerus clausus et le Pass constituaient une voie unique d’accès aux études de santé, critiquée pour son caractère socialement et géographiquement inéquitable.
- La réforme de 2020 a instauré deux voies d’accès distinctes (Pass et L.AS) et un oral commun pour tenter de corriger ces déséquilibres.
- Le modèle actuel du Pass, basé sur des QCM, favorise l’émergence de préparations privées coûteuses, concentrées dans les grandes métropoles.
- Un retour à une voie unique risquerait de réduire la diversité sociale des étudiants en santé, selon les auteurs de la tribune.
Une sélection initiale aux conséquences durables
La première année des études de santé, longtemps appelée « première année de médecine », joue un rôle clé dans l’orientation des futurs professionnels. Comme le rapporte Le Monde - Education, ce cursus s’apparente aux classes préparatoires aux grandes écoles par son exigence et son système de sélection drastique. Pourtant, il s’en distingue par une particularité : les amphithéâtres, souvent bondés, ne voient plus que des écrans. Les cours magistraux, désormais enregistrés, sont suivis en différé par les étudiants sur leur propre écran, une pratique devenue la norme depuis plusieurs années.
Cette organisation reflète les tensions autour d’un système jugé à la fois trop rigide et peu adapté aux réalités des territoires. Jusqu’en 2020, la voie d’accès unique au concours des études de santé reposait sur un numerus clausus national, instauré en 1971. Ce système, bien que visant à réguler le nombre de médecins, a été pointé du doigt pour avoir contribué à des pénuries dans certaines régions et à un gâchis humain pour les étudiants recalés après deux tentatives.
Le numerus clausus abandonné, mais les inégalités persistent
En 2018, le président de la République de l’époque, Emmanuel Macron, annonce la suppression du numerus clausus, une décision concrétisée en 2020. Cette réforme visait à corriger deux problèmes majeurs : d’une part, l’inadéquation entre le nombre de places disponibles et les besoins réels en professionnels de santé ; d’autre part, le sort des étudiants éliminés après deux échecs, contraints de recommencer un cursus universitaire sans aucune garantie de réussite. D’après Le Monde - Education, cette réforme a introduit deux voies distinctes pour accéder aux études de santé : le Pass (Parcours d’accès spécifique santé) et les Licences Accès Santé (L.AS).
Le Pass, qui reproduit dans une large mesure l’ancien modèle, repose sur des épreuves sous forme de questionnaires à choix multiples (QCM). Ce système a cependant donné naissance à un marché lucratif de préparations privées, principalement localisées dans les grandes métropoles. Les candidats issus de milieux modestes ou éloignés géographiquement se retrouvent souvent désavantagés, faute de pouvoir financer ces préparations onéreuses.
Un oral commun pour atténuer les inégalités
Pour tenter de rééquilibrer les chances, la réforme de 2020 a instauré un oral commun pour les candidats déclarés admissibles après les épreuves écrites. Cet oral devait permettre d’évaluer des compétences complémentaires, comme la motivation ou la capacité à travailler en équipe, et ainsi offrir une seconde chance aux étudiants dont le parcours scolaire ne reflétait pas toujours leur potentiel réel. Selon Le Monde - Education, cette mesure visait à élargir le recrutement en intégrant une dimension plus qualitative dans la sélection.
Pourtant, certains observateurs soulignent que ce dispositif reste insuffisant pour contrer les biais structurels du système. Les auteurs de la tribune publiée ce jour rappellent que la sélection par QCM dans le cadre du Pass favorise toujours les étudiants ayant bénéficié d’un accompagnement personnalisé ou de ressources éducatives supplémentaires. Autant dire que, sans une refonte plus profonde, les inégalités sociales et territoriales risquent de persister, voire de s’aggraver.
« La première année des études de santé ne doit pas devenir un simple filtre social, mais un levier pour une médecine plus proche des réalités de tous les territoires. »
— Tribune publiée dans Le Monde - Education, 30 mars 2026
La diversité sociale, un enjeu de santé publique
Le débat sur la diversité au sein des promotions médicales dépasse la question de l’équité sociale. Plusieurs études ont montré que la provenance géographique et le milieu socio-économique des médecins influencent directement leur installation future. Les médecins issus de milieux défavorisés ou de zones rurales ont statistiquement plus de chances de s’installer dans ces mêmes territoires, répondant ainsi aux besoins des populations les plus éloignées des grands centres hospitaliers. Comme l’indique Le Monde - Education, ce constat plaide en faveur d’un système de sélection qui ne reproduise pas les inégalités existantes.
Or, le Pass, tel qu’il est conçu aujourd’hui, tend à reproduire les schémas traditionnels. Les étudiants issus de familles aisées ou habitant dans les grandes villes disposent d’un avantage structurel : accès à des lycées mieux classés, possibilité de suivre des cours particuliers, ou encore participation à des stages en milieu hospitalier dès le lycée. Ces atouts, bien que non exclusifs, créent un écart difficile à combler pour les autres candidats.
En attendant, la question de la diversité sociale dans les études de santé reste entière. Les décideurs publics devront trancher : privilégier un système centralisé et uniformisé, ou opter pour une approche plus inclusive, quitte à revoir en profondeur les modalités de sélection. Une chose est certaine, comme le souligne la tribune : « Refermer la porte à une plus grande diversité, c’est prendre le risque d’une médecine à deux vitesses, où l’accès aux soins dépendrait une fois encore du lieu de résidence ou de la situation sociale. »
Le Parcours d’accès spécifique santé (Pass) est l’une des deux voies d’accès aux études de santé en France depuis la réforme de 2020. Il repose sur des épreuves sous forme de QCM, similaires à celles du numerus clausus avant son abolition. Le Pass est critiqué pour son caractère socialement inéquitable, car il favorise les étudiants disposant de ressources éducatives et financières importantes, souvent issus de milieux favorisés ou vivant dans les grandes métropoles. Les préparations privées, coûteuses, qui y sont associées renforcent cet avantage structurel.
La réforme de 2020 a introduit une seconde voie d’accès aux études de santé : les Licences Accès Santé (L.AS). Ces licences, accessibles après une première année de licence classique (comme la licence de droit ou de biologie), permettent aux étudiants de suivre des enseignements spécifiques en santé tout en validant leur année. Si l’étudiant n’est pas admis en deuxième année de santé, il peut poursuivre son cursus dans sa licence d’origine. Ce système vise à offrir une seconde chance aux candidats et à diversifier les profils des futurs professionnels de santé.
