Dans une tribune publiée par Le Monde - Education, Mathias Bernard, président de l’université Clermont-Auvergne, alerte sur les conséquences des droits d’inscription différenciés pour les étudiants étrangers. Ces mesures, introduites ces dernières années, marquent selon lui une rupture avec la conception historique de l’université publique française, fondée sur l’universalisme et l’accessibilité.

Cette prise de position intervient alors que le débat sur le financement de l’enseignement supérieur français s’intensifie, notamment face à la concurrence internationale. Mathias Bernard souligne que ces droits, qui varient selon les filières et les nationalités, pénalisent particulièrement les étudiants étrangers et risquent d’affaiblir l’attractivité de la France dans le paysage académique mondial.

Ce qu'il faut retenir

  • Les droits d’inscription différenciés introduisent une sélection par l’argent, selon Mathias Bernard, président de l’université Clermont-Auvergne.
  • Ces mesures sont présentées comme une rupture avec l’universalisme de l’université publique française, un principe historique du système éducatif national.
  • Les étudiants étrangers seraient les plus pénalisés, avec un risque accru de désaffection pour les formations françaises.
  • L’attractivité internationale de l’enseignement supérieur français pourrait s’en trouver affaiblie, face à des concurrents comme l’Allemagne ou les pays nordiques.

Une conception historique mise à mal

Depuis des décennies, l’université française s’est construite sur un modèle d’universalisme, où l’accès aux études supérieures était fondé sur le mérite et non sur la capacité financière des étudiants. Mathias Bernard rappelle que cette tradition, héritée des Lumières et de la Révolution, a permis à des générations d’étudiants de tous horizons de bénéficier d’un enseignement de qualité, largement subventionné par l’État.

Avec l’introduction des droits d’inscription différenciés, ce principe est remis en cause. « Ces mesures marquent une rupture avec la conception universaliste de l’université publique française », écrit-il dans sa tribune. Il précise que cette évolution s’inscrit dans un contexte où les universités françaises doivent faire face à des défis financiers croissants, mais que le recours à une sélection par l’argent pourrait avoir des conséquences durables sur leur modèle.

Un impact disproportionné sur les étudiants étrangers

Parmi les étudiants les plus touchés par cette réforme, les étrangers occupent une place centrale. Selon Mathias Bernard, les droits d’inscription différenciés, souvent bien plus élevés pour les non-Européens, créent une barrière financière difficilement surmontable. « Pénaliser lourdement les étudiants étrangers, c’est affaiblir l’attractivité internationale de l’enseignement supérieur français », explique-t-il.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que la France mise traditionnellement sur son attractivité académique pour attirer des talents du monde entier. Des pays comme l’Allemagne, les pays nordiques ou même le Canada ont, ces dernières années, renforcé leurs politiques d’accueil des étudiants internationaux, offrant des conditions financières plus avantageuses. « Face à cette concurrence, la France risque de perdre des parts de marché dans un secteur stratégique », estime le président de Clermont-Auvergne.

L’attractivité française en jeu

L’enseignement supérieur français, longtemps perçu comme un modèle d’excellence et d’accessibilité, pourrait voir son rayonnement international décliner. Mathias Bernard met en garde contre les effets à long terme de cette politique : « Une université qui sélectionne par l’argent perd une partie de sa légitimité ». Il rappelle que les droits d’inscription élevés pour les étudiants étrangers ne se justifient pas uniquement par des raisons budgétaires, mais qu’ils remettent en cause un principe fondamental du système éducatif français.

Cette position s’inscrit dans un débat plus large sur le financement de l’enseignement supérieur en France. Alors que les universités font face à des budgets serrés et que l’État cherche à réduire ses dépenses, le recours aux droits différenciés apparaît comme une solution rapide, mais aux conséquences potentiellement graves. « Le risque est de transformer l’université en un service à deux vitesses », souligne Mathias Bernard.

Et maintenant ?

La tribune de Mathias Bernard intervient à un moment charnière pour l’enseignement supérieur français. Alors que le gouvernement devrait prochainement présenter ses orientations pour la prochaine loi de programmation de l’enseignement supérieur, la question des droits d’inscription différenciés pourrait revenir sur le devant de la scène. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si cette politique sera maintenue, ajustée ou abandonnée. Dans tous les cas, les universités, déjà en première ligne face aux défis financiers, devront trouver un équilibre entre équité et viabilité économique.

Cette prise de position du président de Clermont-Auvergne rappelle que le modèle français d’université publique, fondé sur l’universalisme, reste un enjeu de société. Entre impératifs budgétaires et principes fondateurs, le débat est loin d’être clos.

Les montants varient selon les filières et les établissements. En 2026, ils peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros par an pour les non-Européens, contre quelques centaines d’euros pour les étudiants européens. Par exemple, en licence, les droits pour les étrangers hors UE s’élèvent souvent entre 2 770 et 3 770 euros, tandis qu’en master, ils peuvent dépasser 3 770 euros. Ces tarifs sont fixés librement par chaque université depuis la loi ORE de 2018.