Le gouvernement et plusieurs élus assurent que la réintroduction de deux pesticides, l’acétamipride et le flupyradifurone, sera uniquement décidée sur la base de critères scientifiques. Pourtant, selon Reporterre, les modalités retenues dans le texte adopté s’éloignent des pratiques habituelles de l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire désignée comme arbitre. Une affirmation répétée avec insistance lors des débats parlementaires, notamment par le sénateur Les Républicains (LR) Julien Dive, qui déclarait le 21 juillet dernier à l’Assemblée nationale : « La science, la science, rien que la science ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement et certains élus affirment que la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone reposera exclusivement sur des critères scientifiques.
  • Le texte adopté ne suit pas les procédures habituelles de l’Anses, l’agence sanitaire de référence.
  • Le sénateur LR Julien Dive a martelé ce principe lors des débats parlementaires du 21 juillet.
  • Les critères retenus dans la loi d’urgence agricole suscitent des interrogations sur leur rigueur scientifique.

Un débat parlementaire marqué par l’insistance sur la science

Lors des discussions sur la loi d’urgence agricole, le 21 juillet 2026, le sénateur Julien Dive a défendu avec force l’idée que seule la science devait guider les décisions concernant ces deux pesticides. Cette position a été réitérée le lendemain sur France Inter, où plusieurs responsables politiques ont souligné l’importance de s’en remettre à l’expertise scientifique pour trancher. Pourtant, selon Reporterre, les critères retenus dans le texte final ne correspondent pas aux protocoles standard de l’Anses.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) est traditionnellement chargée d’évaluer les risques liés aux produits phytosanitaires avant toute autorisation. Or, dans ce cas précis, les modalités prévues semblent contourner ses méthodes habituelles, sans que les raisons de ce changement n’aient été clairement exposées.

Des critères flous et une procédure inhabituelle

D’après Reporterre, les critères retenus pour la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone ne s’appuient pas sur les évaluations complètes et indépendantes menées par l’Anses. Autant dire que la référence à la « science » comme unique arbitre risque d’être mise à mal si les critères ne reflètent pas les normes établies en matière de santé publique et d’environnement. Les débats parlementaires n’ont pas permis d’éclaircir cette divergence, les élus ayant surtout insisté sur la nécessité d’agir rapidement pour soutenir le secteur agricole.

Cette approche soulève des questions sur la transparence du processus. Si le gouvernement mise sur la science pour justifier sa décision, encore faut-il que les critères appliqués soient à la hauteur des enjeux sanitaires et écologiques. Or, selon les observateurs, rien n’indique que les procédures envisagées soient aussi rigoureuses que celles de l’Anses.

Un contexte agricole sous tension

Cette réintroduction s’inscrit dans un contexte où le monde agricole fait face à des défis économiques et climatiques majeurs. Les filières végétales, en particulier, subissent de plein fouet les conséquences des restrictions sur l’usage des pesticides. Le gouvernement a justifié cette mesure par la nécessité de « protéger les rendements » et de « maintenir la compétitivité » des exploitations. Cependant, cette argumentation ne suffit pas à lever toutes les interrogations sur l’équilibre entre impératifs économiques et protection de la santé publique.

Les associations de défense de l’environnement et de la santé, ainsi que certains scientifiques, dénoncent une précipitation qui pourrait aboutir à une autorisation sans garantie suffisante. Elles rappellent que l’acétamipride et le flupyradifurone sont déjà pointés du doigt pour leurs effets potentiels sur les pollinisateurs et les écosystèmes aquatiques.

Et maintenant ?

La loi d’urgence agricole, une fois promulguée, pourrait être suivie d’un décret précisant les modalités de réintroduction de ces pesticides. Ce texte fera probablement l’objet de recours devant le Conseil d’État, notamment de la part d’associations et de collectivités territoriales. D’ici là, l’Anses pourrait être amenée à publier une note technique pour clarifier sa position. Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour savoir si la « science » sera effectivement au cœur de la décision, ou si les critères retenus prévaudront.

Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les tensions persistantes entre impératifs économiques et exigences sanitaires dans le débat sur les pesticides. Les prochaines échéances parlementaires et les prises de position de l’Anses seront scrutées de près par les observateurs.

L’Anses est l’agence publique française chargée d’évaluer les risques sanitaires et environnementaux des substances chimiques, dont les pesticides. Ses avis sont censés être indépendants et fondés sur des protocoles rigoureux. Dans le cas de l’acétamipride et du flupyradifurone, le gouvernement a promis de s’appuyer sur la science, ce qui implique normalement de suivre les recommandations de l’Anses. Pourtant, selon Reporterre, les critères retenus dans la loi ne correspondent pas à ses méthodes habituelles.