Un chantier exceptionnel mobilise depuis le 5 août les équipes de SNCF Réseau en plein cœur de Paris. Entre la gare du Nord et la gare de Lyon, 40 aiguillages doivent être remplacés en seulement trois semaines, un délai serré pour ce qui constitue « le plus grand chantier de remplacement d’aiguillages jamais réalisé en souterrain », selon BFM Business.
Ce projet, dont le coût s’élève à 60 millions d’euros, s’inscrit dans le cadre d’un programme de modernisation plus large du réseau francilien, évalué à 900 millions d’euros par an par SNCF Réseau. Les travaux, qui mobilisent 400 opérateurs, visent à régénérer un axe stratégique où transitent quotidiennement plus de 1 000 RER des lignes B et D.
Ce qu'il faut retenir
- 40 aiguillages remplacés en trois semaines, dont 26 à la gare du Nord et 14 à la gare de Lyon.
- Un chantier à 30 mètres sous terre, dans des tunnels où circulent quotidiennement plus de 1 000 RER.
- 60 millions d’euros investis, soit 50 % du programme annuel de renouvellement des aiguillages en Île-de-France.
- 400 opérateurs et 8 000 tonnes de ballast évacués pour ce projet.
- Aucun RER ne circulera entre les deux gares du 5 août 5h15 au 17 août à 5h15 inclus.
- Des améliorations technologiques prévues : capteurs intelligents pour une maintenance prédictive et renforcement du système d’alimentation électrique.
Un chantier technique et logistique sans précédent
À 30 mètres sous terre, dans l’obscurité des tunnels parisiens, les équipes de SNCF Réseau relèvent un défi technique et logistique d’envergure. Le remplacement de 40 aiguillages en une seule opération, une première en souterrain, nécessite une précision millimétrique. « Ces équipements sont intégralement renouvelés pour la toute première fois depuis la création de ces deux gares souterraines à la fin des années 70 et début des années 80 », a précisé SNCF Réseau à BFM Business.
Pour mener à bien cette opération, 400 opérateurs interviennent en continu, sept jours sur sept et 24 heures sur 24. Les grues ferroviaires, comme la grue Kirow, soulèvent et positionnent avec une grande précision des aiguillages de plusieurs dizaines de tonnes, directement dans le tunnel. « Pour faciliter et accélérer les opérations, une grande partie des aiguillages ont été livrés préfabriqués et acheminés à l’aide de wagons-pupitres », a indiqué SNCF Réseau.
Parmi les défis techniques, la coexistence de deux systèmes d’alimentation distincts — 1 500 volts côté RATP et 25 000 volts côté SNCF — complique la tâche. Cette cohabitation crée fréquemment des perturbations de signalisation, notamment à la gare du Nord. Pour y remédier, les connexions entre les aiguillages et le dispositif de signalisation seront doublées, ce qui facilitera la circulation du courant et réduira les risques de conflits électriques.
Une logistique millimétrée pour limiter les perturbations
La préparation de ce chantier a nécessité quatre ans de coordination avec les entreprises concernées, dont TSO, filiale du groupe de BTP NGE. L’objectif était de minimiser l’impact sur les usagers, un enjeu majeur pour SNCF Réseau. « Le gros défi de ce chantier, c’est sa durée : 23 jours en continu, sept jours sur sept et 24 heures sur 24. Cela nécessite une organisation au millimètre », a expliqué Olivier Armillotta, chef du projet, à BFM Business.
L’alternative envisagée — des interruptions hebdomadaires comme lors d’un précédent chantier avant les Jeux olympiques — aurait prolongé la gêne pour les usagers sur plusieurs mois. « La gêne pour les usagers aurait été beaucoup plus longue », a tranché Olivier Armillotta. Pendant toute la durée des travaux, aucun RER ne circulera sur le tronçon de ligne D entre les deux gares, du 5 août 5h15 au 17 août 5h15. Les voyageurs devront se rabattre sur le métro ou les bus de substitution.
Le week-end dernier, l’afflux massif de voyageurs sur la ligne 4 du métro a suscité les plaintes de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Cette dernière a demandé à la RATP et à la SNCF, exploitantes des lignes B et D, de renforcer les transports de substitution pendant la durée du chantier.
Des innovations pour une meilleure résilience du réseau
Ce chantier ne se limite pas à un simple remplacement d’aiguillages. Il intègre plusieurs évolutions technologiques destinées à améliorer la résilience du réseau. « Nous rendons les aiguillages plus robustes et plus intelligents en ajoutant des capteurs qui mesurent en temps réel les paramètres permettant de détecter une avarie naissante », a détaillé Gilles Gautrin, directeur de la modernisation et du développement chez SNCF Réseau Île-de-France. L’objectif ? Mettre en place une « maintenance prédictive » pour éviter les arrêts de ligne imprévus, « exécrés par les Parisiens ».
Trois leviers clés guident cette opération : le rajeunissement des aiguillages, la maintenance prédictive grâce aux capteurs intelligents et le renforcement du système d’alimentation électrique. « En agissant sur ces trois leviers, SNCF Réseau réalise une avancée majeure dans la résilience de l’un des points les plus stratégiques du réseau francilien », a souligné l’entreprise. L’enjeu est de taille : anticiper les aléas pour éviter qu’ils ne se transforment en incidents majeurs.
« Ce chantier représente un investissement majeur pour l’avenir du réseau francilien », a conclu Gilles Gautrin. Pour les usagers, l’espoir est de voir ces travaux porter leurs fruits rapidement, afin de limiter les interruptions futures.
SNCF Réseau a choisi de réaliser l’ensemble des travaux en une seule fois pour minimiser la durée totale des perturbations pour les usagers. Une interruption hebdomadaire, comme lors d’un précédent chantier, aurait prolongé la gêne sur plusieurs mois, selon Olivier Armillotta, chef du projet.
Les nouveaux aiguillages seront équipés de capteurs intelligents permettant une maintenance prédictive. Ils mesureront en temps réel les paramètres pour détecter d’éventuelles avaries avant qu’elles ne provoquent des incidents. Le système d’alimentation électrique sera également renforcé pour limiter les risques de perturbations.