La restauration rapide gagne du terrain en France, attirant les consommateurs par ses prix accessibles et ses portions généreuses. Selon BFM Business, cette dynamique menace la restauration traditionnelle, même si elle ne la fait pas disparaître. Début mai, Alain Fontaine, président de l’Association française des maîtres restaurateurs (AFMR), a alerté sur un risque de « disparition » des établissements traditionnels avec service à table.
Ce qu'il faut retenir
- Croissance de 6 à 7 % en 2025 pour les points de vente de restauration rapide, contre des ouvertures timides pour les restaurants traditionnels.
- Un repas en fast-food coûte 15 à 18 €, contre 30 € en moyenne dans un restaurant à table.
- La restauration rapide a limité ses hausses de prix à 5 à 10 % entre 2022 et 2025, contre 31 % pour la restauration traditionnelle.
- Le secteur de la restauration rapide affiche une rentabilité en baisse : 2,9 % de résultat net en 2023, contre 5,8 % en 2017.
- Les boulangeries-pâtisseries grignotent des parts de marché, passant de 11 % en 2023 à 13 % en 2025.
François Blouin, président du cabinet Food Service Vision, nuance cependant cette menace : « C’est plutôt que les nouveaux marchés s’ouvrent principalement en restauration rapide ». Il souligne que les ouvertures d’établissements traditionnels couvrent à peine les fermetures, tandis que la restauration rapide affiche une dynamique bien plus marquée. Entre 2023 et 2025, la part de marché de la restauration rapide est restée stable à 66 %, tandis que celle de la restauration à table a reculé de 23 % à 21 %.
Plusieurs facteurs expliquent l’attrait des consommateurs pour la restauration rapide. Esther Kalonji, déléguée générale du Syndicat national de l’alimentation et de la restauration rapide (Snarr), cite la flexibilité, l’accessibilité et la diversité de l’offre comme des atouts majeurs. « Nos consommateurs viennent et reviennent car nous répondons à leurs besoins de temps, de budget et de plaisir », explique-t-elle. Le Snarr fédère 200 enseignes qui ont généré 32 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024.
Des prix maîtrisés grâce à une compression des marges
Dans un contexte d’inflation persistante, les fast-foods limitent la hausse de leurs tarifs en rognant sur leurs marges. Selon une étude du cabinet Xerfi réalisée en 2025 pour le Snarr, le résultat net du secteur a été divisé par deux en cinq ans, passant de 5,8 % en 2017 à 2,9 % en 2023. Un tiers des entreprises du secteur affichaient même une rentabilité négative en 2023.
Bernard Boutboul, directeur du cabinet Gira Conseil, précise que la hausse des prix des matières premières a atteint 16 % entre fin 2022 et fin 2025. Alors que la restauration traditionnelle a largement répercuté cette augmentation sur ses prix (+31 % en moyenne pour l’addition), la restauration rapide a contenu la hausse à 5 à 10 %. Cette stratégie s’explique en partie par des charges de personnel moins élevées dans ce secteur.
Malik Mensour, directeur des opérations de la chaîne de burgers G La Dalle, confirme cette pression sur les marges : « Depuis une dizaine de mois, c’est un peu plus compliqué sur les ventes, notamment à cause du contexte économique morose ». Pour s’adapter, la chaîne a lancé il y a deux mois une offre de box de morceaux de poulet, surfant sur la tendance du poulet frit, dont la consommation explose depuis quelques années. « Il faut rester dynamique, d’autant plus que les acteurs, qu’ils soient nouveaux ou classiques, ont une tendance agressive sur les prix », ajoute-t-il.
La boulangerie-pâtisserie, un nouveau concurrent inattendu
La restauration traditionnelle n’est pas en reste pour se réinventer. François Blouin souligne que certains concepts fonctionnent, comme les bouillons, les restaurants à volonté ou les offres de planches et tapas. « Les différents types de restauration sont des concurrents indirects, car ils répondent à des besoins différents des consommateurs », estime-t-il.
Pourtant, un acteur inattendu grignote des parts de marché : la boulangerie-pâtisserie. Avec des offres de restauration de plus en plus variées, aux côtés des traditionnels sandwichs, elle est passée de 11 % en 2023 à 13 % en 2025. Cette progression se fait au détriment de la restauration à table, dont la part est passée de 23 % à 21 % sur la même période.
Parmi les exemples marquants, Tasty Crousty propose une barquette de riz avec du poulet frit à moins de 10 €, tandis que McDonald’s a lancé début mai une offre à 5 €, baptisée le McDeal. Ces initiatives illustrent la bataille tarifaire qui s’intensifie sur un marché déjà hyperconcurrentiel.
La restauration traditionnelle, quant à elle, devra poursuivre sa mue pour ne pas se faire distancer. Entre concepts innovants et service à table, elle cherche à se différencier dans un marché où la rapidité et l’accessibilité priment. Reste à voir si ces efforts suffiront à inverser la tendance.
La restauration rapide limite ses hausses de prix grâce à des charges de personnel moins élevées et à une compression de ses marges. Selon Bernard Boutboul, du cabinet Gira Conseil, ses tarifs ont augmenté de seulement 5 à 10 % entre 2022 et 2025, contre 31 % pour la restauration traditionnelle.
Outre la restauration rapide, la boulangerie-pâtisserie gagne des parts de marché. Ses offres de restauration variées (sandwichs, plats chauds) lui permettent de capter une partie de la clientèle, passant de 11 % en 2023 à 13 % en 2025.