Un paradoxe persistant caractérise aujourd’hui les anticipations des actifs français face à leur future retraite. Selon la 8e édition du baromètre de l’Épargne en France et en régions, réalisé par Ifop pour Altaprofits et dévoilé ce 4 juin 2026, 75 % des actifs anticipent une baisse de leurs revenus une fois à la retraite. Pourtant, 43 % d’entre eux comptent désormais exclusivement sur le système de retraite par répartition pour assurer l’intégralité de leurs futurs revenus. Ce chiffre marque une hausse de 15 points en un an, tandis que 39 % des actifs misent principalement sur le système français, complété par un plan de capitalisation.
Ce qu'il faut retenir
- 75 % des actifs anticipent une baisse de leurs revenus à la retraite, selon le baromètre Ifop-Altaprofits publié le 4 juin 2026.
- 43 % des actifs misent uniquement sur le système de répartition pour leur retraite, soit une progression de 15 points en un an.
- 70 % des actifs ignorent le montant de leur future pension, et 82 % des 50-64 ans craignent une baisse de leurs revenus.
- Le Plan d’épargne retraite (PER) a dépassé 150 milliards d’euros d’encours fin 2025, avec 12,9 millions de titulaires, en hausse de 20 % sur un an.
- Les actifs les plus modestes (moins de 1 080 € par mois) sont 57 % à ne compter que sur la répartition, contre 55 % des ouvriers et 64 % de ceux qui n’épargnent jamais.
Cette contradiction s’inscrit dans un contexte morose, où la question des retraites reste un sujet de préoccupation majeur. 70 % des actifs ignorent le montant qu’ils toucheront une fois retraités, d’après l’enquête menée fin mars auprès de 2 412 personnes. Parmi les 50-64 ans, cette proportion atteint 82 %, révélant une méconnaissance généralisée des droits futurs. Pourtant, malgré cette incertitude, une part croissante de la population active se tourne vers l’État pour garantir l’intégralité de ses revenus futurs.
Pour Catherine Baudeneau, porte-parole d’Altaprofits, cette bascule ne s’explique pas par un regain de confiance dans le système de répartition, mais bien par l’absence de choix. « Ce n’est pas par regain de confiance dans le système, c’est par contrainte », déclare-t-elle. « Cette année, on compte davantage sur le système, mais c’est surtout le cas des populations qui n’ont pas le choix. » Autrement dit, de nombreux actifs souhaiteraient épargner pour compléter leur future pension, mais en sont empêchés par leurs ressources limitées. Faute de pouvoir mettre de l’argent de côté, ils se rabattent sur la seule pension publique, par défaut.
Les chiffres illustrent cette tendance. Les actifs les plus vulnérables sont ceux qui misent le plus exclusivement sur la répartition. 57 % des actifs gagnant moins de 1 080 € par mois comptent sur elle seule, soit une hausse de 19 points par rapport à 2025. Cette proportion atteint 55 % chez les ouvriers et 64 % chez ceux qui n’épargnent jamais ou rarement. Les femmes de 35 ans et plus sont également plus concernées que les hommes, avec un taux de 51 %.
Pourtant, une prise de conscience existe bel et bien. Le marché de l’épargne individuelle confirme cette évolution. Altaprofits observe une croissance significative du Plan d’épargne retraite (PER), produit phare de l’épargne retraite individuelle. Fin 2025, le PER dépassait 150 milliards d’euros d’encours et comptait 12,9 millions de titulaires, en hausse de 20 % sur un an, selon les données de Bercy et France Assureurs. Le PER est ainsi devenu la pierre angulaire de l’épargne retraite individuelle.
« Les souscripteurs du PER sont les populations aisées. Les catégories moins aisées, tout aussi pessimistes sur leur niveau de vie à la retraite, comptent sur la répartition car elles n’ont pas le choix. »
Catherine Baudeneau, porte-parole d’Altaprofits
Ce paradoxe souligne un enjeu de taille : ceux qui auraient le plus besoin d’un complément de revenus sont ceux qui ont le moins les moyens de le constituer. Le système actuel semble donc favoriser les actifs capables d’épargner, tandis que les plus précaires, bien que conscients de l’insuffisance de leur future pension, n’ont d’autre recours que de se reposer sur la solidarité nationale.
Face à ce constat, Catherine Baudeneau insiste sur l’importance de commencer à épargner le plus tôt possible, même avec de petites sommes. Selon elle, il est essentiel de profiter de l’effet boule de neige des intérêts composés. Pourtant, la moyenne d’âge à la souscription d’un PER reste élevée : 51 ans. « Un euro placé à 25 ans travaille bien plus longtemps qu’un euro placé à 50 ans », rappelle-t-elle. « On essaye de faire comprendre qu’il faudrait commencer à préparer sa retraite très tôt. Même avec seulement 50 euros par mois, ça suffit. Mais ce n’est pas encore entré dans les pratiques. »
En attendant, les pouvoirs publics et les acteurs financiers pourraient renforcer les campagnes d’information pour inciter les actifs à épargner dès que possible. L’objectif ? Limiter la dépendance future envers le système par répartition et offrir à chacun les moyens de construire une retraite plus sereine. Pour l’instant, le constat reste celui d’un système à deux vitesses, où la préparation individuelle de la retraite reste un privilège.
Selon l’étude Ifop-Altaprofits, 57 % des actifs gagnant moins de 1 080 € par mois misent uniquement sur la répartition. Ce choix s’explique par l’impossibilité d’épargner : faute de ressources suffisantes, ces populations n’ont d’autre recours que de compter sur la pension publique, sans possibilité de compléter leurs revenus par un plan d’épargne retraite ou une capitalisation.
Le PER permet de se constituer une rente à la retraite grâce à des versements volontaires, défiscalisés sous certains plafonds. Avec un encours dépassant 150 milliards d’euros fin 2025 et 12,9 millions de titulaires, il est devenu le produit de référence pour l’épargne retraite individuelle. Son principal atout réside dans la possibilité de bénéficier d’un complément de revenus, sous forme de rente ou de capital, en plus de la pension publique.