Alors que le déficit public français s’élève à 5,1 % du PIB en 2026 — soit l’un des plus élevés de la zone euro — l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier un rapport détaillé pointant trois leviers d’action prioritaires. Selon Journal du Coin, qui reprend les conclusions de l’institution, ces mesures pourraient permettre de dégager jusqu’à 30 milliards d’euros d’économies annuelles d’ici 2030. Autant dire que la marge de manœuvre est serrée, d’autant que Paris s’est engagé à ramener le déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2027.

Ce qu'il faut retenir

  • L’OCDE recommande trois réformes structurelles : le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, la suppression de certaines niches fiscales et l’alignement progressif des taxes sur le diesel sur celles de l’essence.
  • Ces mesures pourraient générer 30 milliards d’euros d’économies annuelles d’ici 2030, selon les estimations de l’organisation.
  • La France affiche un déficit public de 5,1 % du PIB en 2026, l’un des plus élevés de la zone euro, ce qui limite sa marge de manœuvre budgétaire.
  • Paris s’est engagé à ramener le déficit sous 3 % du PIB d’ici 2027, un objectif jugé ambitieux par plusieurs économistes.

Un relèvement de l’âge de la retraite pour réduire les dépenses

Parmi les trois pistes avancées par l’OCDE, la réforme des retraites figure en tête de liste. L’organisation suggère de porter l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, contre 62 ans actuellement, et d’aligner la durée de cotisation sur celle des autres pays européens. « Un relèvement progressif de l’âge de départ permettrait de réduire les dépenses de retraite de 1 à 1,5 point de PIB d’ici 2030 », a déclaré un porte-parole de l’OCDE à Journal du Coin. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où le ratio actifs/retraités devrait passer de 1,7 à 1,4 d’ici 2030, selon les projections de la DREES.

Le gouvernement français, qui avait déjà repoussé l’âge légal à 64 ans dans le cadre de la réforme de 2023, pourrait être tenté d’aller plus loin. Cependant, cette piste risque de se heurter à une opposition politique et sociale déjà marquée, comme en témoignent les mouvements récents contre les réformes des retraites.

La chasse aux niches fiscales pour éponger le déficit

Deuxième axe majeur : la suppression ou la réduction de certaines niches fiscales, ces dispositifs qui coûtent chaque année plus de 100 milliards d’euros à l’État. L’OCDE cite en exemple le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), transformé en allègement de cotisations sociales permanentes, ou encore les dispositifs en faveur de l’investissement locatif, comme le Pinel. « Certaines niches, comme celles liées à l’immobilier ou aux entreprises, pourraient être recentrées sur des objectifs prioritaires », a précisé l’institution dans son rapport.

Selon Journal du Coin, l’OCDE estime que la suppression de seulement 10 % de ces dispositifs permettrait de dégager 15 à 20 milliards d’euros par an. Une somme non négligeable, alors que le gouvernement cherche désespérément des marges de manœuvre pour financer ses dépenses sociales et ses investissements verts. Reste à savoir quelles niches seront ciblées en priorité — une décision qui promet d’être politiquement explosive.

Aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence : une mesure impopulaire mais efficace

Enfin, l’OCDE propose de réduire l’écart entre la fiscalité du diesel et celle de l’essence, en alignant progressivement les taxes sur le premier sur celles du second. Aujourd’hui, le diesel bénéficie d’un avantage fiscal de 20 à 30 centimes par litre par rapport à l’essence, une différence qui coûte environ 6 milliards d’euros par an aux finances publiques. « Cette mesure, en plus de réduire les émissions de CO₂, permettrait de dégager des recettes supplémentaires de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros annually », a indiqué un expert de l’organisation.

Si cette proposition peut sembler technique, elle touche directement les ménages et les professionnels utilisant des véhicules diesel, notamment dans les zones rurales. D’ailleurs, cette piste avait déjà été évoquée lors des discussions sur la transition énergétique, mais elle avait été abandonnée face à la pression des lobbies agricoles et des transporteurs. Pourtant, avec la hausse des prix de l’énergie, cette mesure pourrait être réexaminée sous un angle différent.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront largement de la volonté politique du gouvernement français. Si les réformes des retraites et la remise en cause des niches fiscales nécessitent des lois, l’ajustement de la fiscalité du diesel pourrait être acté plus rapidement, via un décret ou une mesure budgétaire. Une chose est sûre : les arbitrages devront être rendus d’ici la fin de l’été 2026, alors que la France prépare son projet de loi de finances pour 2027. Le risque, bien sûr, est de voir ces mesures diluées ou reportées, comme cela a été le cas par le passé pour plusieurs réformes économiques.

En attendant, les économistes s’interrogent : ces trois leviers suffiront-ils à redresser les comptes publics sans étouffer la croissance ? Une question qui, pour l’instant, reste sans réponse.

Parmi les dispositifs les plus onéreux figurent le CICE (transformé en allègement de cotisations), les exonérations de charges pour les heures supplémentaires, ou encore les dispositifs d’investissement locatif comme le Pinel, qui coûtent à eux seuls plusieurs milliards d’euros par an. Selon la Cour des comptes, ces niches représentent un coût total de plus de 100 milliards d’euros chaque année pour les finances publiques.

L’OCDE met en avant deux arguments principaux. D’abord, l’écart fiscal entre le diesel et l’essence est jugé trop important et incohérent avec les objectifs de transition énergétique. Ensuite, cette mesure permettrait de dégager des recettes supplémentaires tout en réduisant les émissions de CO₂. Enfin, le diesel reste largement utilisé dans les transports routiers et l’agriculture, deux secteurs où la fiscalité est déjà sous pression.