Le géant allemand de l’armement Rheinmetall, basé à Düsseldorf, fait face à un manque à gagner de 300 millions d’euros après l’abandon par Berlin du programme de frégates F-126, un projet stratégique en difficulté depuis 2020. Selon BFM Business, le gouvernement dirigé par Friedrich Merz a annoncé en juin dernier l’arrêt définitif de ce méga-contrat, alors que Rheinmetall était pressenti pour en reprendre la gestion, initialement porté par le chantier naval néerlandais Damen.
Ce qu'il faut retenir
- Rheinmetall perd un contrat potentiel de plusieurs milliards d’euros avec l’abandon du programme F-126 en juin 2026
- Le groupe revoit à la baisse ses prévisions de chiffre d’affaires 2026, désormais comprises entre 13,7 et 14,2 milliards d’euros
- Ses prévisions de résultat opérationnel pour 2026 restent inchangées, entre 1,4 et 1,6 milliard d’euros
- Le carnet de commandes dépasse les 80 milliards d’euros au deuxième trimestre 2026, boosté par des contrats avec la Roumanie
- Le programme « Arminius » pour équiper la Bundeswehr en blindés Boxer pourrait représenter 12,4 milliards d’euros, avec un contrat de services de 2 milliards supplémentaires
Un revers stratégique pour Rheinmetall
L’abandon du programme F-126, qui devait être l’un des plus importants contrats navals de la décennie pour l’Allemagne, a pris de court Rheinmetall. « Pour nous, ça a été vraiment sidérant […] nous avions indiqué que nous pouvions réaliser le projet », a réagi Armin Papperger, président du directoire du groupe, lors de la présentation des résultats semestriels. Depuis 2020, le projet accumulait les retards et les surcoûts, poussant Damen à jeter l’éponge avant que Rheinmetall ne soit désigné comme repreneur potentiel.
Cet échec contractuel intervient alors que Rheinmetall mise sur une expansion de sa division navale, un secteur en pleine mutation avec la montée des tensions en Europe de l’Est. Le groupe, spécialisé dans les munitions, les chars et les systèmes navals, devait s’appuyer sur ce contrat pour renforcer sa position sur le marché européen. Mais Berlin a choisi une autre voie, laissant le groupe allemand chercher des compensations ailleurs.
Des prévisions revues à la baisse, mais un carnet de commandes record
Pour limiter l’impact financier, Rheinmetall a ajusté ses anticipations pour 2026. Le chiffre d’affaires annuel est désormais attendu entre 13,7 et 14,2 milliards d’euros, contre une fourchette initiale de 14 à 15 milliards. À la Bourse de Francfort, l’action du groupe a réagi négativement à cette annonce, perdant 1,28 % en milieu de journée.
Pourtant, le groupe affiche une santé globale solide. Au premier semestre 2026, son chiffre d’affaires a bondi de 39 % par rapport à la même période en 2025, atteignant 5,2 milliards d’euros. Le résultat opérationnel a quant à lui progressé de 74 %, s’établissant à 786 millions d’euros. Ces performances s’expliquent en grande partie par le réarmement européen accéléré depuis l’invasion russe de l’Ukraine et le désengagement américain sous l’administration Trump, deux facteurs ayant dopé les commandes militaires sur le continent.
Des contrats compensatoires en Allemagne et à l’international
Pour combler le vide laissé par le F-126, Armin Papperger a détaillé plusieurs pistes. À l’international, le groupe mise sur des commandes de frégates dans d’autres pays européens ou auprès de partenaires OTAN. En Allemagne, Rheinmetall a déjà sécurisé des contrats pour la livraison de chasseurs de mines et de bateaux-drones destinés à la marine allemande. Ces projets, bien que moins ambitieux en valeur absolue, devraient permettre de stabiliser une partie des activités navales.
Parallèlement, le groupe mise sur un autre pilier : le programme « Arminius ». Ce contrat, actuellement en négociation, prévoit l’équipement massif de la Bundeswehr en véhicules blindés Boxer, utilisés notamment pour le transport de troupes. Selon Papperger, ce projet pourrait représenter un montant minimal de 12,4 milliards d’euros, auxquels s’ajouteraient 2 milliards d’euros pour des services associés. Si ce contrat est finalisé, il deviendrait l’un des plus importants de l’histoire récente de Rheinmetall.
Un carnet de commandes historique, porté par la Roumanie
Le dynamisme de Rheinmetall se reflète aussi dans son carnet de commandes, qui a franchi le cap symbolique des 80 milliards d’euros au deuxième trimestre 2026. Cette performance est notamment portée par des contrats signés en juin avec l’armée roumaine, d’une valeur totale de 5,7 milliards d’euros. Il s’agit de la plus importante commande internationale jamais enregistrée par le groupe en une seule opération.
Ces succès commerciaux s’inscrivent dans un contexte de demande accrue en Europe, où les pays membres de l’OTAN accélèrent leurs investissements pour renforcer leurs capacités militaires face à la menace russe. Rheinmetall, qui bénéficie d’une position dominante sur le marché des chars (avec des modèles comme le Leopard 2) et des systèmes d’artillerie, en profite pour diversifier ses sources de revenus.
Autant dire que pour Rheinmetall, l’enjeu n’est pas seulement financier, mais aussi stratégique. En misant sur une diversification de ses activités et de ses clients, le groupe cherche à confirmer son statut de leader européen de l’armement, malgré les aléas des grands programmes nationaux.
En plus des contrats pour chasseurs de mines et bateaux-drones en Allemagne, Rheinmetall prospecte des commandes de frégates en Europe et auprès de partenaires OTAN. Le groupe n’a pas détaillé de projets spécifiques en cours de négociation, mais a évoqué des opportunités en Europe de l’Est et du Nord.
Selon les informations disponibles, Berlin a justifié cette décision par les retards accumulés et les surcoûts depuis 2020, rendant le projet non viable dans sa forme initiale. Le gouvernement n’a pas communiqué de détails supplémentaires sur les raisons précises de l’abandon.