Dans huit jours, le Rassemblement national (RN) connaîtra une échéance judiciaire et politique majeure. Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris rendra son verdict dans l'affaire des assistants parlementaires fictifs, un dossier qui pourrait contraindre Marine Le Pen à renoncer à sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Selon Franceinfo – Politique, ce jugement ne se limite pas à l'avenir de la présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale : il décidera également du programme, de la stratégie et des équilibres internes du parti pour les années à venir.
Ce qu'il faut retenir
- Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris statue sur l'appel de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires fictifs, risquant une peine de cinq ans d'inéligibilité.
- Si elle est condamnée à plus de deux ans d'inéligibilité, elle ne pourra pas se présenter en 2027 et sera remplacée par Jordan Bardella.
- Le RN doit choisir entre une candidature « survivante » de Marine Le Pen ou un « renouveau » porté par Bardella, avec des implications sur son programme et sa stratégie électorale.
- La décision du 7 juillet influence aussi les équilibres internes du parti, certains cadres doutant de la capacité de Bardella à fédérer l'électorat de droite.
Une condamnation qui engage l'avenir du RN
Le parquet a requis quatre ans de prison, dont un an ferme, ainsi que cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de Marine Le Pen. Accusée d'avoir organisé un système de financement frauduleux ayant détourné 1,4 million d'euros d'argent public, elle a déjà été condamnée en première instance le 31 mars 2025. Pour pouvoir concourir en 2027, elle doit éviter une peine supérieure à deux ans d'inéligibilité. Dans le cas contraire, Jordan Bardella, actuel président du RN, prendra sa place. Officiellement, les deux responsables ont acté cette transition, mais les enjeux politiques sont bien plus profonds.
Si Marine Le Pen obtient gain de cause, elle transformera sa campagne en un récit de résistance. Elle compte d'ailleurs lancer sa quatrième candidature présidentielle dès le soir de l'annonce du verdict, lors d'une intervention sur un plateau de journal télévisé de 20 heures. Son discours mettra en avant sa capacité à surmonter les obstacles, notamment la lutte contre un « système » qu'elle dénonce depuis des années. Le parti, lui, se rangerait sans réserve derrière elle, avec un programme axé sur le populisme social, comme la promesse de ramener l'âge légal de départ à la retraite à 60 ou 62 ans.
Bardella ou Le Pen : deux visions qui divisent le RN
Le scénario alternatif, celui d'une candidature Bardella, incarnerait une volonté de rupture. Après plus de cinquante ans de présence des Le Pen à chaque élection présidentielle, le RN chercherait à tourner la page. Jordan Bardella a d'ailleurs commencé à distancier sa ligne politique de celle de son prédécesseur. Il a récemment adouci certaines mesures phares du programme, comme les réformes des retraites ou la fiscalité, pour séduire les milieux patronaux. Pourtant, cette stratégie ne fait pas l'unanimité au sein du parti.
Certains cadres historiques du RN jugent cette évolution prématurée, voire risquée. Ils s'inquiètent de voir Bardella céder aux « sirènes du bling-bling » après son mariage avec la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, un choix perçu comme un virage éloigné des valeurs traditionnelles du parti. D'autres redoutent que le jeune candidat ne tienne pas la distance sur la durée d'une campagne présidentielle, malgré son image médiatique.
Un parti sous tension avant le verdict
Les tensions internes ne se limitent pas à la question du leadership. Le RN doit aussi gérer l'image que renvoie chacun de ses candidats potentiels. Marine Le Pen, malgré ses condamnations, conserve un électorat fidèle, mais son programme social pourrait effrayer une partie de la droite modérée et des chefs d'entreprise. À l'inverse, Bardella, bien que mieux perçu par ces milieux, peine à incarner une ligne cohérente et suscite des doutes sur sa capacité à fédérer l'ensemble du parti.
— Selon plusieurs sources internes, une partie de la direction du RN craint que Bardella ne parvienne pas à maintenir la discipline interne nécessaire pour une campagne réussie. —
Cette incertitude survient à un moment où le parti caracole en tête des intentions de vote pour les prochaines élections. Pourtant, la décision du 7 juillet pourrait tout bouleverser. Jamais un jugement judiciaire n'aura autant pesé sur le destin d'un parti politique en France.
Quel impact sur le paysage politique français ?
La décision du 7 juillet ne concerne pas uniquement le RN. Elle pourrait redessiner les rapports de force en vue de la présidentielle. Une candidature Bardella pourrait attirer un électorat plus large, notamment parmi les modérés, tandis qu'une Le Pen affaiblie pourrait limiter les ambitions du parti à l'Assemblée nationale et dans les régions. Le choix final du RN influencera aussi la stratégie des autres partis, notamment Les Républicains (LR) et Renaissance, qui devront adapter leur discours en fonction du candidat face à eux.
Le RN, parti autrefois marginalisé, est désormais un acteur incontournable de la vie politique française. Son avenir se jouera donc en partie dans les salles d'audience de la cour d'appel de Paris. Pour ses dirigeants, le verdict du 7 juillet sera bien plus qu'une simple décision de justice : ce sera le point de départ d'une nouvelle stratégie, voire d'une nouvelle ère.
Marine Le Pen risque quatre ans de prison, dont un an ferme, ainsi qu’une inéligibilité de cinq ans si la cour d’appel confirme la condamnation de première instance rendue le 31 mars 2025.
La loi française interdit à toute personne condamnée à une peine d’inéligibilité supérieure à deux ans de se présenter à une élection présidentielle. Cette règle s’applique même si la peine est assortie d’un sursis.