Le maire de Béziers, Robert Ménard, est visé par une plainte pour diffamation publique déposée par un ressortissant algérien qu’il avait refusé de marier en 2023, rapporte BFM - Faits Divers. L’homme, aujourd’hui âgé de 25 ans, lui reproche d’avoir affirmé à la télévision qu’il avait été « condamné à de la prison pour des viols en réunion », une déclaration qu’il conteste formellement.

Ce qu'il faut retenir

  • Robert Ménard, maire de Béziers, est poursuivi pour diffamation publique par un Algérien qu’il a refusé d’épouser en 2023.
  • L’intéressé nie toute condamnation pour viol ou agression sexuelle, selon son avocate, Me Vanessa Edberg.
  • Ménard affirme avoir « fourché » lors de ses déclarations télévisées, évoquant à la place un vol avec violences et escroquerie pour lequel l’homme a été condamné en 2021.
  • Le maire de Béziers sera jugé le 30 septembre 2026 pour avoir refusé de célébrer ce mariage, sous OQTF à l’époque.
  • L’affaire soulève à nouveau la question des mariages impliquant des étrangers en situation irrégulière en France.

Une plainte déposée pour des propos tenus en direct

L’avocate de l’Algérien, Me Vanessa Edberg, a déposé vendredi 12 juin une plainte pour diffamation publique contre Robert Ménard auprès du procureur de Montpellier. Selon BFM - Faits Divers, cette démarche fait suite à des déclarations du maire de Béziers, prononcées jeudi sur les chaînes CNews et BFMTV. Robert Ménard y avait affirmé que l’homme, alors sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), avait été « condamné à de la prison pour des viols en réunion ».

Dans sa plainte, Me Edberg souligne que aucune trace d’une telle condamnation n’apparaît dans le dossier judiciaire de son client. Elle dénonce une « image publiquement dégradée auprès de millions de téléspectateurs et d’internautes », exigeant du procureur qu’il « engage toute poursuite utile à l’encontre de Monsieur Robert Ménard ».

Des propos contestés, un lapsus reconnu

Robert Ménard a reconnu une erreur dans ses déclarations. Contacté par téléphone, il a indiqué à BFM - Faits Divers : « J’ai dit 10 fois, 20 fois dans les médias qu’il avait été condamné à huit mois de prison avec sursis pour vol avec violences en réunion. Et là, ma langue a fourché. J’en suis navré, ce n’est évidemment pas ce que je voulais dire. »

L’homme, aujourd’hui âgé de 25 ans, avait été condamné en septembre 2021 à une peine de huit mois d’emprisonnement avec sursis pour « vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n’excédant pas huit jours » et pour « escroquerie », précise Me Edberg dans sa plainte. Deux infractions bien éloignées des accusations de violences sexuelles portées par Robert Ménard.

Un refus de mariage qui avait fait polémique en 2023

L’affaire remonte à 2023, lorsque le jeune Algérien, alors sous OQTF, avait tenté de se marier avec une ressortissante française. Robert Ménard, en tant qu’officier d’état civil, avait refusé de célébrer cette union au motif que l’homme était en situation irrégulière. Une décision qui avait suscité une vive polémique, certains estimant que le maire outrepassait ses prérogatives.

Deux semaines après l’annulation du mariage, l’intéressé avait été expulsé vers l’Algérie. Aujourd’hui, il poursuit le maire de Béziers devant le tribunal judiciaire de Montpellier pour « avoir pris, dans l’exercice de ses fonctions, des mesures visant à faire obstacle à l’exécution de la loi ». Robert Ménard encourt jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros, ainsi qu’une peine d’inéligibilité.

Un débat récurrent sur les mariages impliquant des étrangers sous OQTF

Cette affaire relance une fois de plus le débat sur la possibilité pour les étrangers en situation irrégulière de se marier en France. La loi française autorise en effet le mariage civil, quel que soit le statut administratif des futurs époux. Cependant, certains maires, comme Robert Ménard, refusent parfois de célébrer ces unions, arguant que le mariage pourrait servir de levier pour régulariser le séjour de l’un des conjoints.

En 2021, le Conseil d’État avait rappelé que « le maire ne peut refuser de célébrer un mariage au motif que l’un des futurs époux est en situation irrégulière ». Une position confirmée à plusieurs reprises par la justice administrative, qui rappelle que l’officier d’état civil n’a pas à se substituer à l’administration pour contrôler la régularité du séjour des futurs époux. Pourtant, des cas de refus persistent, souvent médiatisés, alimentant les tensions autour de cette question.

Et maintenant ?

Le tribunal judiciaire de Montpellier devra se prononcer sur deux dossiers distincts à partir du 30 septembre 2026. D’une part, l’affaire concernant le refus de mariage, où Robert Ménard risque une peine d’inéligibilité en plus des sanctions pénales. D’autre part, l’action en diffamation initiée par l’Algérien, qui pourrait aboutir à une condamnation du maire pour ses propos télévisés. Dans l’attente de ces décisions, le débat sur les mariages impliquant des étrangers sous OQTF devrait rester au cœur des discussions politiques et juridiques.

Cette affaire illustre les tensions persistantes autour des questions migratoires en France, où la frontière entre respect de la loi et application de mesures restrictives reste souvent floue. Elle pose également la question de la responsabilité des élus locaux dans la mise en œuvre des politiques d’intégration, alors que les préfectures peinent à traiter les demandes de régularisation dans des délais raisonnables.

Le maire de Béziers avait justifié son refus par le fait que l’homme était sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) à l’époque. Il estimait que célébrer ce mariage reviendrait à faciliter une régularisation indirecte, ce que la loi interdit formellement. Cette position s’inscrit dans une logique de fermeté affichée par Robert Ménard sur les questions migratoires.

Robert Ménard encourt jusqu’à cinq ans de prison, une amende de 75 000 euros et une peine d’inéligibilité pour avoir refusé de célébrer le mariage en 2023. Dans le cadre de la plainte pour diffamation, il risque également une condamnation pour « diffamation publique », un délit passible d’une peine d’emprisonnement et d’une amende, selon la gravité des propos tenus.