Selon BFM Business, la Russie, frappée par des frappes ukrainiennes répétées contre ses infrastructures énergétiques, se trouve désormais contrainte d’importer de l’essence depuis l’Inde pour pallier une pénurie croissante de carburant dans le pays. Une stratégie qui s’ajoute aux livraisons accrues de la Biélorussie, autre allié de Moscou.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Ukraine a multiplié les frappes contre les raffineries russes, provoquant des perturbations majeures dans l’approvisionnement national en carburant.
  • En Crimée, annexée en 2014, la vente de carburant aux particuliers a été suspendue en raison de la crise.
  • La Russie a déjà importé au moins 60 000 tonnes d’essence depuis l’Inde, avec un objectif de 400 000 tonnes dans les mois à venir.
  • New Delhi a augmenté ses importations de pétrole russe, passant de 1 million de barils par jour en janvier-février à près de 2 millions en mars.
  • La Biélorussie a triplé ses livraisons de carburant à la Russie par voie ferroviaire pour atténuer la crise.
  • Vladimir Poutine a reconnu « une certaine pénurie » et promis d’assurer l’approvisionnement malgré les frappes ukrainiennes.

Des frappes ukrainiennes ciblent le cœur de l’industrie pétrolière russe

Ces dernières semaines, l’Ukraine a intensifié ses attaques contre les infrastructures pétrolières russes, y compris des raffineries situées à des centaines de kilomètres des zones de combat. Selon BFM Business, l’objectif est clair : priver le régime de Vladimir Poutine d’une source de revenus essentielle pour financer son économie de guerre. Pourtant, paradoxalement, la Russie reste l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde. Les conséquences de ces frappes se font déjà sentir à l’échelle nationale : rationnements, fermetures de stations-service et restrictions drastiques, notamment en Crimée, région annexée illégalement par Moscou en 2014.

Dans cette péninsule, les autorités locales ont même décidé de suspendre temporairement la vente de carburant aux particuliers, plaçant la région en « situation d’urgence ». Plusieurs autres régions russes ont instauré des mesures similaires, tandis que des dépôts, raffineries et centres logistiques ont été endommagés ou détruits par les frappes ukrainiennes.

L’Inde, nouveau fournisseur de carburant pour Moscou

Face à cette crise sans précédent, la Russie a trouvé un partenaire inattendu : l’Inde. D’après les informations rapportées par Reuters et relayées par BFM Business, Moscou aurait déjà importé 60 000 tonnes d’essence indienne, avec un objectif de 400 000 tonnes supplémentaires dans les mois à venir. Une transaction qui s’apparente à un échange de bons procédés : lors du blocage du détroit d’Ormuz, Moscou avait significativement augmenté ses exportations de pétrole vers New Delhi, alors fortement dépendante de cette route commerciale.

Les données de la société d’analyse Kpler confirment cette tendance. En mars 2026, les raffineurs indiens ont importé en moyenne près de 2 millions de barils de pétrole russe par jour, contre seulement 1 million en janvier et février. Cette hausse s’explique en partie par une dérogation accordée par les États-Unis à l’Inde, lui permettant d’acheter du pétrole russe malgré les sanctions internationales.

La Biélorussie, un allié logistique pour la Russie

Outre l’Inde, la Russie peut aussi compter sur son voisin et partenaire historique, la Biélorussie. En quelques jours seulement, Minsk a triplé ses livraisons de carburant vers la Russie par voie ferroviaire, selon BFM Business. Une aide précieuse pour Moscou, qui tente de stabiliser son approvisionnement malgré les perturbations causées par la guerre en Ukraine. Vladimir Poutine a d’ailleurs reconnu l’existence de « problèmes » liés aux frappes ukrainiennes, tout en affirmant que son gouvernement travaillait à « assurer » la sécurité énergétique des Russes.

Lors d’une réunion au Kremlin avec le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, le président russe a évoqué une « certaine pénurie » de carburant, sans pour autant préciser les mesures concrètes mises en place pour y remédier. Une déclaration qui intervient dans un contexte où les Russes font face à des difficultés croissantes pour se procurer de l’essence, même dans les grandes villes.

« Nous allons assurer la sécurité face aux frappes de l’Ukraine qui créent des problèmes. »
Vladimir Poutine, lors d’une rencontre au Kremlin le 29 avril 2026.

Et maintenant ?

La situation reste incertaine pour la Russie, qui doit désormais composer avec une dépendance accrue à des pays comme l’Inde et la Biélorussie pour son approvisionnement en carburant. Si les livraisons depuis ces deux pays pourraient atténuer temporairement la crise, elles ne résolvent pas le problème de fond : la vulnérabilité des infrastructures russes face aux frappes ukrainiennes. Les prochaines semaines seront déterminantes, notamment après les récentes déclarations de Moscou sur ses efforts pour sécuriser l’approvisionnement énergétique. Reste à voir si ces mesures suffiront à éviter une aggravation de la pénurie dans les mois à venir.

Un cercle vicieux pour l’économie russe

La crise du carburant s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés économiques pour la Russie. Les sanctions internationales, combinées aux frappes ukrainiennes, pèsent lourdement sur les finances du pays. Les raffineries, cibles privilégiées des drones et missiles ukrainiens, jouent un rôle clé dans l’économie russe : elles génèrent des revenus colossaux, notamment grâce aux exportations de produits pétroliers. Leur destruction ou leur mise hors service prive donc Moscou d’une manne financière essentielle pour financer sa guerre en Ukraine.

Par ailleurs, la suspension des ventes de carburant en Crimée illustre l’ampleur de la crise. Cette région, stratégique pour Moscou, est désormais placée sous tension maximale. Les autorités locales ont justifié cette mesure par la nécessité de « préserver les réserves stratégiques » du pays, une décision qui pourrait avoir des répercussions politiques et sociales à moyen terme.

Une dépendance énergétique qui s’accentue

L’achat de carburant à l’Inde et les livraisons accrues de la Biélorussie soulignent une réalité nouvelle pour la Russie : sa dépendance croissante à des partenaires externes pour assurer son approvisionnement énergétique. Un revirement de situation pour un pays qui, jusqu’à présent, était autosuffisant, voire exportateur net de pétrole et de gaz. Cette dépendance pourrait, à terme, affaiblir la position de Moscou sur la scène internationale, notamment face à ses alliés traditionnels.

En outre, cette stratégie d’importation expose la Russie à des risques géopolitiques. New Delhi, bien que partenaire de Moscou, entretient des relations complexes avec Washington. Une dégradation de ces relations pourrait, à l’avenir, compliquer les échanges commerciaux entre les deux pays. Quant à la Biélorussie, son soutien indéfectible à la Russie pourrait, lui aussi, être remis en question en cas de changement de régime à Minsk ou de pression accrue de l’Union européenne.

L’Ukraine attaque les infrastructures pétrolières russes dans le but de priver le régime de Vladimir Poutine d’une source majeure de revenus. Ces raffineries produisent des carburants et des produits pétroliers exportés, dont les recettes financent en partie l’économie de guerre russe. En ciblant ces sites, Kiev cherche à asphyxier financièrement Moscou et à réduire sa capacité à mener des opérations militaires prolongées.

Les conséquences sont multiples : rationnement dans certaines régions, fermetures de stations-service, difficultés pour les particuliers et les entreprises à se ravitailler, et tensions sociales potentielles. En Crimée, la suspension des ventes aux particuliers illustre l’urgence de la situation. Les prix pourraient également augmenter, aggravant le mécontentement de la population déjà touchée par les sanctions et l’inflation.

Si la Russie parvient, dans un premier temps, à atténuer la crise grâce à ses importations en provenance d’Inde et de Biélorussie, les défis à long terme restent nombreux. La guerre en Ukraine, les sanctions internationales et la fragilité des infrastructures énergétiques nationales rendent cette crise bien plus qu’un simple problème logistique. Elle s’annonce comme un enjeu majeur pour l’avenir économique et politique du pays.