La Russie, troisième producteur mondial de pétrole et géant du raffinage, fait face à des pénuries de carburant qui s’aggravent sous l’effet des frappes ukrainiennes ciblant ses infrastructures pétrolières. Une situation paradoxale que Vladimir Poutine a reconnue publiquement pour la première fois, tout en affirmant que la crise restait « sous contrôle ». Selon BFM Business, les files d’attente aux stations-service s’allongent dans les grandes villes, tandis que les autorités envisagent de restreindre les exportations de diesel pour prioriser le marché intérieur.

Ce qu'il faut retenir

  • La Russie, troisième producteur mondial de brut, subit des pénuries de carburant malgré son industrie pétrolière et de raffinage parmi les plus importantes au monde.
  • Les frappes ukrainiennes sur les raffineries et dépôts pétroliers russes ont provoqué des files d’attente interminables dans les stations-service, notamment à Moscou.
  • Vladimir Poutine a reconnu des « difficultés d’approvisionnement » et évoqué un déficit temporaire, tout en promettant des mesures correctives.
  • Les autorités russes envisagent d’interdire les exportations de diesel pour réserver ce carburant au marché national.
  • L’Ukraine multiplie les attaques ciblées sur les infrastructures énergétiques russes, visant à affaiblir les revenus énergétiques de Moscou.

Des files d’attente de plus d’une heure pour quelques litres de carburant

Dans la capitale russe, les stations-service affichent des files d’attente de plus d’une heure, parfois une heure et demie, pour obtenir à peine 10 litres de carburant. Certains automobilistes rapportent avoir parcouru 200 km en dehors de Moscou sans succès, tandis que d’autres stations ne distribuent plus rien du tout. Ces témoignages, recueillis par BFM Business, illustrent l’ampleur des perturbations sur le marché intérieur russe.

« C’est vraiment serré, on fait la queue pendant une heure, une heure et demie parfois, ça devient ingérable. On fait 200 km en dehors de Moscou, on ne vous donne pas plus de 10 litres. Dans certains endroits, on ne vous en donne même pas du tout », a expliqué un automobiliste russe à la chaîne d’information. Depuis une semaine environ, ces files d’attente se multiplient, signe d’un approvisionnement de plus en plus tendu.

Poutine reconnaît l’impact des frappes ukrainiennes sur la production nationale

Lors d’un entretien diffusé dimanche à la télévision d’État, Vladimir Poutine a admis que la Russie faisait face à des « pénuries de carburant provoquées par les frappes de drones ukrainiens ». Pour la première fois, le président russe a décrit clairement l’impact de la campagne ukrainienne de frappes sur les infrastructures pétrolières et de raffinage du pays. Selon l’agence AP, rapportée par BFM Business, Moscou compte augmenter ses importations de carburant et accélérer la remise en état des installations endommagées pour résorber ce qu’il qualifie de « déficit temporaire ».

« Toutes les installations endommagées sont remises en état assez rapidement, et les problèmes rencontrés ne sont pas critiques », a-t-il affirmé, tout en promettant de renforcer les systèmes de défense aérienne pour protéger les sites stratégiques. Une déclaration rassurante, mais qui contraste avec la réalité des files d’attente et des restrictions d’approvisionnement sur le terrain.

Une campagne ukrainienne ciblant les revenus énergétiques russes

Depuis plusieurs semaines, l’Ukraine intensifie ses frappes contre les raffineries et dépôts pétroliers russes, dans le but d’affaiblir les revenus énergétiques de Moscou et de compliquer son effort de guerre. Parmi les attaques les plus marquantes figure l’explosion survenue début juillet dans une raffinerie de Gazprom près de Moscou. Ces opérations, qui s’étendent également à la Crimée, sont analysées par des experts comme un nouveau levier de pression sur l’économie russe.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé dimanche que les forces ukrainiennes avaient frappé deux nouvelles raffineries russes, dans les régions de Krasnodar et de Iaroslavl, situées respectivement à 300 et 700 km de la ligne de front. « Chacune de nos sanctions à long terme représente une réduction des ressources au service de la machine de guerre russe, et un pas de plus vers la paix », a-t-il déclaré sur Telegram, soulignant la stratégie de déstabilisation économique menée par Kiev.

Des mesures d’urgence pour limiter l’exportation de diesel

Face à cette crise, les autorités russes envisagent désormais d’interdire totalement les exportations de diesel afin de privilégier l’approvisionnement du marché intérieur. Cette décision, évoquée par Vladimir Poutine lors d’une réunion avec son gouvernement, vise à atténuer les tensions sur les stations-service et à éviter une pénurie généralisée. Jusqu’ici, la Russie était le premier exportateur mondial de diesel, une position désormais menacée par les attaques répétées sur ses infrastructures.

Le Kremlin a également mis en avant la résilience de ses installations énergétiques, affirmant que les réparations étaient engagées « assez rapidement ». Pourtant, les témoignages des automobilistes et les rapports des médias locaux montrent que la situation reste précaire, avec des ruptures d’approvisionnement dans plusieurs régions. Une contradiction que le gouvernement peine à expliquer.

« Oui, nous voyons et prenons conscience de nos problèmes et nous y répondons. Le pays saura relever tous les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, y compris les attaques contre notre territoire et nos infrastructures. »
— Vladimir Poutine, lors d’une réunion avec son gouvernement

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’efficacité des mesures annoncées par Moscou. Si les réparations des raffineries s’accélèrent et que les importations de carburant augmentent comme prévu, la situation pourrait se stabiliser d’ici la fin du mois. En revanche, une escalade des frappes ukrainiennes ou un retard dans les travaux de réparation risquerait d’aggraver les pénuries. La Russie, qui dépend fortement de ses exportations énergétiques, devra aussi arbitrer entre maintenir ses livraisons à l’international et répondre aux besoins de sa population.

Enfin, l’Ukraine devrait poursuivre sa campagne de frappes ciblées, avec pour objectif d’asphyxier davantage l’économie russe. Une stratégie qui, si elle se prolonge, pourrait contraindre Moscou à revoir ses priorités industrielles et énergétiques dans les mois à venir.

Autant dire que la crise actuelle dépasse le simple cadre des files d’attente aux stations-service. Elle s’inscrit dans une logique de guerre économique où chaque camp tente d’affaiblir l’autre, avec des conséquences directes sur la vie quotidienne des citoyens russes.

Les frappes ukrainiennes répétées contre les raffineries et dépôts pétroliers russes ont réduit les capacités de production et de distribution du pays. Malgré ses réserves et son industrie de raffinage, la Russie peine à maintenir un approvisionnement stable en carburant sur son territoire, ce qui provoque des files d’attente et des restrictions locales.

Le gouvernement russe a annoncé plusieurs mesures : augmentation des importations de carburant, accélération des réparations des raffineries endommagées, renforcement des défenses aériennes contre les drones ukrainiens, et éventuellement une interdiction totale des exportations de diesel pour prioriser le marché intérieur. L’efficacité de ces actions dépendra de l’évolution du conflit et de la rapidité des travaux.